mercredi 2 avril 2025

La vie que tu t'es imaginée?...

Il y a bien des « vivre » a traverser dans notre existence: joyeux, douloureux, paisibles, patients, animés - très animés (si vous avez été parents, par exemple). Des « vivre » à offrir, à consentir, ... et à choisir.

Cette citation d’Henry James m’accompagne depuis longtemps et elle m’a encouragé à persévérer dans des « vivre » à changer, à transformer, pour passer de la frustration à la création... avec ce brin d’utopie qui précède bien des changements.
 
« La vie que tu t’es imaginée ». Ces passages vers un autre « vivre », j’en ai vécu quelques uns... Jamais facile, comme la pub pour un remède miracle ! 
 
Hésitant et craintif - même incrédule parfois, j'ai fais un premier pas qui semblais me coûter un bras... et puis ça tient, et ça craque, et tu recules, et tu te dis qu'il vaut mieux abandonner. Mais tu reprends, et tu fais deux pas de plus... et encore et encore. 
 
Et puis soudain c’est arrivé! Tu te sens comme après une randonnée en montagne : aussi heureux qu'éreinté... ébloui par le paysage que tu découvres !
 
Et tu découvres le sourire amical de celles et ceux qui, près de toi, ont osé te dire « essaye »... Oui : ce chemin vers ma vie désirée, je pense ne l'avoir jamais atteint seul, même si personne n’a marché à ma place. Encore que parfois... je me rappelle avoir été porté...
 
Alors « vivre la vie que tu t'es imaginée » ce fut pour moi des « ce n'est pas possible » ou des " c'est trop compliqués » qui furent dépassés pourtant. 

J’ai aujourd’hui, ce regard en arrière qui me rappelle que ce "vivre", il m’a fallut autant le conquérir que l’accueillir.


Photo: Eric Imseng



lundi 31 mars 2025

Rancœur... ou Grand cœur?

Lors de mes accompagnements auprès de personnes détenues, je fais face, parfois, aux sentiments négatifs et émotions douloureuses qui les habitent. Par exemple:

La tristesse en parlant des actes délictueux - grave ou moins - qu'ils ont commis.  

La colère lorsque leurs conditions de détentions sont injustes ou brutales. Ou que leur honte ou regrets sont déniés.

La peur à la perspective d'une audience ou d'un jugement. 

Ainsi, les infracteurs de la Loi ne coulent pas forcément des jours tranquilles, comme on pourrait le penser. 

Et j'ai coutume de dire que "je n'ai pas pitié d'eux, car ils méritent bien mieux que ça." Je ne suis pas auprès d'eux pour les plaindre (ce qu’ils ne comprendraient pas d'ailleurs) mais pour leur offrir une main qu'ils peuvent saisir pour s'aider à se relever.

Dans ma petite boîte à outils de l'accompagnant spirituel, j'ai de courtes histoires que je partage avec eux. Elles ont pour tâche de "poser à côté" de la situation ou de leur vécu (comme une parabole) un récit qui ouvrira peut-être à une compréhension nouvelle.

Pour favoriser des émotions pacifiées. Pour faire face et aller de l'avant. Pour progresser vers toujours plus d'authenticité, de courage et de patience.

Voici l'une d'entre elles. Elle m’a été rapportée au sujet de Nelson Mandela :  

"Après être devenu président de l’Afrique du Sud, j'ai demandé à certains membres de mon garde du corps d'aller faire une promenade en ville. Après la promenade, nous sommes allés déjeuner dans un restaurant.

Après un peu d'attente, le serveur est apparu qui portait nos menus. A ce moment-là, j'ai réalisé qu’il y avait un homme seul, à la table d’à côté. J'ai demandé à un de mes garde du corps: va inviter cet homme à nous rejoindre pour le repas.

L'homme s'est levé, a pris son assiette, et il s'est assis à côté de moi. Pendant qu'il mangeait, ses mains tremblaient constamment et il ne relevait pas la tête de sa nourriture. Quand nous avons fini, il m'a salué sans même me regarder. Je lui ai serré la main et il est parti !

Le garde du corps m'a dit : Madiba, cet homme doit être très malade, car ses mains n'arrêtaient pas de trembler en mangeant. Pas du tout, ai-je répondu, la raison de son tremblement est autre. 

Il m’a regardé bizarrement et je lui ai dit: Cet homme était le gardien de prison où j'ai été enfermé. Souvent, après la torture à laquelle j'ai été soumis, je criais et pleurais pour avoir de l'eau et il venait m'humilier :  il riait de moi et au lieu de me donner de l'eau il urinait sur ma tête. 

Non, il n'était pas malade, il avait peur et tremblait en craignant que, maintenant que je suis président, je l'envoie en prison et lui fasse la même chose qu'il a faite avec moi. Mais je ne suis pas comme ça, ce comportement ne fait pas partie de mes choix de vie.

Les esprits qui cherchent à se venger détruisent les États, tandis que ceux qui recherchent la réconciliation construisent les Nations.    

(Source: mur Facebook de Chicali Echeverría Martínez)·

J'ignore si cette anecdote est authentique. Mais elle soutient la conviction qui m’accompagne en écoutant ces moments sombres (et parfois révoltants) de leur vie en prison : leur liberté à faire des choix demeure, quel que soit leur vécu.

Ils ont (et nous avons) toujours le choix de nourrir la force plutôt que la violence, l'autorité plutôt que la brutalité... chercher un cours d'eau qui conduira à la mer plutôt que de jeter notre eau-vive dans un bassin mortifère pour qu'elle y croupisse ! Et qui pourrait ignorer le dur combat que ce choix peut exiger de nous?...

...L’Évangile ne l’ignore pas non plus.

Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez à cœur de faire le bien devant tous les hommes. S’il est possible, pour autant que cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez pas vous-mêmes, mes bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s’il a soif, donne-lui à boire, car, ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. 

 (L’apôtre Paul, dans sa lettre écrite aux chrétiens de la ville de Rome. Rm 12,21)




lundi 17 mars 2025

JESUS TRANSFIGURÉ... (Luc 9,28-36)

Mais qui es-tu, quand tu parais dans ce vêtement si extraordinaire… ? Quel est ce visage, portant une expression ignorée par ceux qui te voyaient pourtant chaque jour ?

Que signifie tant d’éclat, « brillant comme un éclair » ? C’est le mot de l’Evangéliste Luc, celui dont on use pour décrire les éclats de lumières lorsqu’ils frappent la terre pendant l’orage.
Si ton visage est autre c'est pour m'inviter à te chercher au cœur de mon être. Si ton vêtement n’est pas seulement lumineux… C'est qu'il est comme la foudre qui frappe mon entendement.
Et tous deux viennent ensemble bouleverser ma connaissance du « Christ de Dieu » !
Et me voici de même... transfiguré !


Photo: Eric Imseng

dimanche 2 mars 2025

Les raisins de la colère ?...

Arrivée sur le chant populaire : « Te voici, vigneron », 1 min. puis chuinter après quelques minutes… Mesdames, Messieurs, chers estimés – et estimées – collègues de notre Fédération vaudoise vigneronne, section de Lavaux, je vous salue. 

Ce n’est un secret pour personne :  nous avons le privilège d’œuvrer aux travaux de la vigne dans ce magnifique écrin de lumière et son admirable panorama ; hommes et femmes associés, car on ignore plus la qualité des vins dont sont capable nos vigneronnes, par ici !

Prédication offerte à l’assemblée paroissiale de Lutry, dans une « prédication en JE ». C’est une forme qui fait place à un personnage ou un objet témoin qui se trouve ou non dans le texte biblique que nous lisons. Le projet est de donner à la prédication un relief particulier du fait de cette « mise en scène » – un peu théâtrale…

La vigne n’est pas d’hier… vous avez pu vous en rendre compte à la lecture des textes bibliques qui accompagnaient l’invitation à vous joindre à notre réunion.  Vous n’ignorez pas non plus que, quand la vigne m’en laisse le temps, j’aime à méditer les Ecritures.

Et comment ne pas être ému par ce magnifique poème du bien-aimé et de sa vigne. Hélas : les histoires d’amour finissent mal, en général… comme dit la chanson. Ce chant d’amour est celui d’une espérance déçue, et il se conclue dans la désolation !

Nous savons tous combien notre ouvrage, malgré nos soins et notre compétence, peut être fragile. Et nous pouvons partager la déception du vigneron d’Esaïe : Il en attendait de beaux raisins, il n'en eut que de mauvais. (2) 

Si la vigne est une réalité quotidienne pour nous, pour Esaïe, la vigne est une image… pour parler de la relation de Dieu avec son peuple. Et à cet instant, elle est décevante et produit de l’irritation. Mais avec ou sans vigne, n’en est-il pas de même pour nous : combien de soins portés à nos relations, combien d’affections entretenus avec nos proches ou lointains, nous ont-ils déçus ?

La vigne peut être saccagée par la nature, mais elle l’est plus encore par les lois injustes du marché, les exigences cupides de profit, et tous cela nous donne bien du tourment…  Mais il y a aussi le saccage de nos amours, de nos amitiés, de nos liens, par des lois tout aussi nocives que l’on doit principalement à la dureté de notre cœur. 

La conclusion d’Esaïe en dit la douleur : « Il en attendait le droit, et c'est l'injustice. Il en attendait la justice, et il ne trouve que les cris des malheureux. » (7) Une telle désolation va bien au-delà des regrets que j’ai pu avoir dans mes travaux de la vigne. Comment ne pas penser à notre actualité ? Comment ne pas regretter de voir la patience et la fraternité dans nos liens avec autrui… être de plus en plus laissé à l’abandon ? Mais faut-il renoncer à tout espoir pour autant ?

Les travaux de la vigne sont exigeants : la taille, l’ébourgeonnage, l’effeuillage, et enfin les vendanges… Pour autant que les éléments naturels ne fichent pas tout par terre ! Dans notre métier, il ne faut pas craindre le dur labeur, ni manquer de patience, avoir de la passion pour son ouvrage et le faire avec soin 

Essentiel aussi, il faut pourvoir compter sur de bons ouvriers… Pas des bracaillons, comme on dit chez nous, des ouvriers peu soigneux ou maladroits. Ces gâche métier sont parfois si malhabiles que l’on se demande bien s’ils ont des yeux pour voir…

Tiens, nous y revoilà : les mots de Jésus que nous avons lus tout à l’heure : « Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans un trou ? » (39) Quelle efficacité du rabbi de Nazareth : en quelques mots, dire à quel point nous pouvons manquer de bon sens…

Alors comment y voir clair ? Comment prendre soin de sa vigne ? Et plus encore de son prochain ? Mais il y a plus grave que d’être non voyant physiquement, à savoir être aveugle spirituellement : « Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? (41)

Si j’entends bien, Jésus s’adresse à qui PEUT voir, mais qui a dans son œil quelque chose qui l’en empêchent. Et pas peu de chose : une poutre dans l’œil ! Vous imaginez l’énormité de la chose… et il y a plus énorme encore : c’est que cet œil du frère (ou de la sœur) qui semble poser tant de problèmes… ce n’est pourtant qu’une paille ! Dans nos relations, nous pouvons être aveuglé par notre suffisance, notre vanité à savoir mieux que quiconque ce qui est bien pour lui, ce qu’il doit penser, dire, faire, changer… croire ? 

Jésus a eu, lui aussi, ses bracaillons : ils les nomment Pharisiens. Leur aveuglement à eux est de se perdre dans les méandres de la Loi au lieu de voir l’essentiel de la miséricorde du Père  : « Guides aveugles, vous filtrez le moucheron mais vous avalez le chameau ! (Mt 23, 24-28) Comme il y va ! Mais que dire d’autre à des exigences et autres bons conseils qui ne mèneront nulle part … sauf au fond du trou ?

Parce que l’enjeu ici est bien de prendre soin de cette vigne qui n’est autre que la vie de Dieu en notre prochain. A ne pas négliger absolument, car notre ignorance, notre cécité, peut coûter cher !

Mais alors, cet « homme au jugement perverti » (42) peut-il être guéri de sa cécité ?  Jésus parle aussi du « vrai disciple », du bon ouvrier du Christ ! D’un arbre qui produira de bons fruits et un trésor dont on recevra du bien ! Et un homme bon qui tirera de son cœur le bien ! Mais comment être « bon » comme un disciple, sans être « vaniteux » comme un pharisien ? Qui est ce disciple « bien formé comme son maître » (41), comment travailler avec le Christ et non contre lui ? 

En reconnaissant que nous sommes aveugles, nous les premiers, que nous avons besoin de recevoir de lui, nous les premiers, la clarté de son Evangile, par grâce et non par mérite. Ce sont les vertus du Christ qui nous rendent aptes à prendre soin d’autrui… et peut-être, si nécessaire, de lui ôter la paille qui est dans son œil.

« Un homme avait un figuier planté dans sa vigne » (Lc 13,9ss). Dans ce même Evangile, Jésus raconte aussi SA parabole du bien-aimé et de sa vigne. Lui aussi décrit l’insuffisance du figuier, mais au « Coupe-le. Pourquoi faut-il encore qu'il épuise la terre ? » (13,7) de SON vigneron, Jésus fait dire au propriétaire de la vigne : « Laisse-le encore cette année, le temps que je bêche tout autour et que je mette du fumier.  Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas.” » (8)

Jésus dit une parabole de la patience et de l’amour. Il dit une parabole des soins qu’il sait nous donner et qui doivent inspirés les nôtres envers notre prochain. Il nous gardera ainsi d’un zèle amer et stérile… « Car il faut de l'espoir chez celui qui laboure, et celui qui foule le grain doit avoir l'espoir d'en recevoir sa part. (1 Co 9), conclut la lettre de Paul aux Corinthiens. 

Et cet espoir est dans le Christ. Que ce soit la vigne ou le figuier, que nous nous reconnaissions aveugles ou enfin voyant, que les circonstances ou nos relations soient favorables ou non, vivons et travaillons avec l’espoir que tôt ou tard… ça va payer !




dimanche 23 février 2025

Aimez vos ennemis... Au secours!

Mesdames, Messieurs, chers actionnaires, je vous ai convoqué pour une assemblée générale extraordinaire de notre association pour la préservation de la violence dans le monde, car il y a péril en la demeure !

Il était urgent que je vous fasse part de ma vive inquiétude ! Vous avez entendu comme moi, les propos de ce Jésus de Nazareth qui mettent fortement en danger l’avenir de notre association !

En ma qualité de président, vous savez combien j’aime mon métier. Et si je suis d’abord la gifle, la claque, la baffe, avec mon gabarit, je pourrais même être le coup de poing !

Ma motivation pour le geste brutal reste entière ! Mais je dois reconnaître humblement que ma réussite, je la dois aussi à la fructueuse collaboration des humains qui ont souvent cédé à mes sollicitations !

La gifle, la claque, la baffe, pour montrer que l’on ne se laisse pas faire, pour rendre coup pour coup : la brutalité, la violence, et pourquoi pas la guerre ! Ouh, ça me donne des frissons… Bien sûr, cela se produit la plupart du temps si vous leur êtes hostile, mais reconnaissons que parfois, cela peut arriver parce qu’ils sont blessés ou humiliés... Mais quoiqu’il en soit, le but est de faire mal !

Prédication offerte à l’assemblée paroissiale, dans une « prédication en JE ». C’est une forme qui fait place à un personnage ou un objet témoin qui se trouve ou non dans le texte biblique que nous lisons. Le projet est de donner à la prédication un relief particulier du fait de cette « mise en scène » – un peu théâtrale…

D’ailleurs, je m’étonne du choix de notre secrétaire d’assemblée pour les textes que nous avons lu ce matin avant d’ouvrir notre séance : tous semblent aller dans le même sens que ce prophète juif.

Par exemple, tout avait bien commencer pour ce roi David : la main de son lieutenant aurait pu être décisive…Magnifique : une vengeance ! Le roi qui lui faisait du mal était à sa merci, il n’y avait plus qu’à le tuer ! Eh bien non, David l’a épargné et a volé la lance du roi Saül, celle-là même avec laquelle ce roi avait tenté de tuer David…! Qu’est-ce qui a bien lui inspirer une telle attitude envers son ennemi ?

Même un des apôtres du Christ, Paul, dans sa lettre aux romains, s’y met, lui aussi : ne pas se venger, ne pas rendre le mal pour le mal… être vainqueur du mal par le bien ! (Rm 12) Mais où allons-nous, je vous le demande ?

Cependant, je reviens à la principale raison de ma vive inquiétude : dans ses propos, ce prophète galiléen laisse entendre que l’on pourrait ne pas faire mal quand on nous fait mal ! J’espère ne pas trop vous choquer en disant cela, mais il parle d’amour ! À quoi pense ce Jésus en nous appelant à aimer nos ennemis ? 

Certes, il ne s’agit pas d’un amour-passion ni d’un amour-affection, mais tout de même d’une attitude de bienveillance ! Un refus de la violence en réponse à l’hostilité. Excusez-moi de le dire ainsi… mais une action sans haine envers son opposant voire même son bourreau ! Faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. (27-28) Vous l’avez entendu comme moi : ses disciples ne resteront pas les bras croisés à subir passivement notre violence ! 

Et je vous le dis tout net : s’il réussit, ce Jésus va nous mettre sur la paille !

Et pourtant, tout avait si bien commencé : « A qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre (29) Comme c’est bien dit : Jésus nous donnait du boulot ! 

Après une claque, accepter une autre claque, cela nous permettait d’ajouter à cette autre claque, une injure ; et à cette injure, un coup de poing ; et à ce coup de poing… Vous connaissez la suite : l’escalade de la violence, le rêve quoi !

Oui mais, il aurait fallu qu’il s’arrête là ! Je me suis renseigné : il semble bien que l’interprétation de ses paroles ne serait qu’une métaphore pour parler d’autre chose, d’une attitude intérieure, d’une disponibilité justement à ne pas rendre le mal par le mal, de répondre à l’hostilité en réagissant au-delà même des intentions nocives de qui nous ferait du mal ! 

Comme je vous le disais : ce Jésus de Nazareth va nous mettre sur la paille !

Heureusement, il y a un petit espoir : que la plupart des gens qui entendront ses paroles pourraient penser que cela n’a pas de sens, que c’est excessif,  impossible à réaliser !

Mais ce Jésus emploie un mot qui fait un peu chanceler cet espoir, lorsqu’il s’adresse à qui l’écoute : Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? (32). Et bien que je ne sois qu’une gifle, une claque, une baffe, je suis un peu versée dans l’étude de la langue grecque… 

Et lorsque le texte parle de reconnaissance, c’est un mot qui ne signifie grâce et bienveillance, un mot qui invite à la générosité, la patience, une offre sans mérite pour qui la reçoit ! La grace est une voie ouverte pour vivre l’impossible de Dieu, un chemin libérateur pour qui se reconnait incapable de le suivre. 

Ce sont des mains vides qui reçoive cette grace et ce sont des cœurs humbles qu’elle rend créatifs et féconds ! 

Mais je m’emballe, je m’emballe… Voyez : quand je vous disais que ce Jésus de Nazareth va nous mettre sur la paille !

Mesdames, Messieurs, chers actionnaires de notre société pour la préservation de la violence dans le monde, nous allons passer au vote pour lequel vous avez été convoqués en urgence. 

Mais auparavant, je vous soumets encore la question grave qui se pose à nous :  si l’humanité se mettait à suivre les enseignements de ce Jésus de Nazareth, ne risquons-nous pas de disparaître ? Prendrons-nous la mesure de la menace qu’il représente pour nous ? 

D’ailleurs, vous avez entendu comme moi, ce qu’il en dit : c'est la mesure dont nous nous servons qui servira aussi de mesure pour nous. » (38). Que pensez-vous de cette ultime provocation ?

Quelle sera notre mesure, sa capacité, sa générosité ou sa dureté, sa patience ou sa brutalité ? Je ne vous cacherai pas que notre vote n’est pas sans risque, que notre réponse sera cruciale pour notre prospérité. 

Si Jésus de Nazareth l’emporte sur nos cœurs, aurons-nous encore un avenir ici-bas ?


La gifle, par le peintre Arcabas

dimanche 26 janvier 2025

Une parole au bord d’un puits…

Puisque ce culte est celui du « Dimanche missionnaire » et que, le département missionnaire, le DM, a choisi de mette un accent particulier sur le dialogue interreligieux avec l’Islam, pourrions-nous trouver dans le texte de Jn 4 une inspiration sur comment entrer en dialogue avec celle ou celui qui ne croit pas comme nous ? Comment cette parole au bord d’un puits peut-elle nous éclairer ? Assurément, de bien des manières… Et, nous allons le voir, à la manière de Jésus de Nazareth.

Nous sommes en plein midi, c’est l’heure la plus chaude du jour, une heure où l’on cherche à se tenir à l’ombre pour un peu de fraîcheur, plutôt qu’en plein soleil !

Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de Belmont-Lutry, pour le "Dimanche missionnaire" du DM. Textes du jour: Evangile de Jean au chapitre 4; Esaïe 44,1-5

Et on peut dire qu’il y avait du beau monde autour de ce puits… A commencer par Jésus bien sûr mais, pour les besoins de la narration, il n’est pour l’instant qu’un juif, exténué, assis au bord du puits (6)

Avec lui, est encore présent, dans la mémoire, Jacob le patriarche, car le sol où se trouve ce puits qui porte son nom, il l’a acquis pour cent pièces d’argent aux fils d’Hamor, à son retour sain et sauf de sa fuite devant Laban. Et le texte de la Genèse note que Jacob y érigea même un autel qu’il nomma « El, Dieu d’Israël » (Gn 33,18-20)

Notre passage d’Evangile précise à son tour que, sur cette terre, les os de Joseph y reposent. Joseph l’a reçu en héritage de son père Jacob, comme une part de choix (Jn 4 7-9, cf. Gn 48,21-22). Des ossements de Joseph qui furent ramenés d’Egypte lors de la libération de l’exode sous la conduite de Moïse…

Jacob, Joseph, Moïse… Autant de mémoires prestigieuses qui habitent ce lieu. Autant de valeurs spirituelles, héritées de l’histoire et de la foi d’Israël, désormais dans une terre étrangère, parmi un peuple méprisé…

Bien sûr, les tourments de l’histoire ont attribué cette terre aux Samaritains dans les circonstances tragiques de l’exil. Bien sûr, leur vie et leur choix, les ont éloignés de la foi et du Temple d’Israël, mais les mépriser fut sans doute la plus mauvaise réponse à leur adresser ? 

Le thème du culte de ce matin, nous appel à renoncer au mépris dans notre dialogue avec d’autres religions, à entendre les valeurs qui s’y vivent, là où nous pensions qu’il ne pouvait en avoir. Nous sommes exhortés d’accueillir le fait que des croyant qui ne vive pas leur foi comme nous pourraient bien nous apporter quelque chose de cette eau de Dieu dont nous parlions tout à l’heure.

Une source jaillissante au fond d’un puits profond… C’est le moment de revenir au bord de ce puits pour écouter le messie d’Israël rencontrer une femme méprisée justement, non seulement à cause de sa foi, mais encore par la conduite de son existence. Jésus s’est assis au bord de ce puits, comme pour s’assoir auprès de la vie d’une personne. Avec elle, à son écoute, ils vont « creuser leur puits ».

« Donne-moi à boire… » (7) Une demande qui peut surprendre. Le verbe de Dieu, le Logos (Jn 1,1), non seulement est fatigué, mais il a soif, et il ne peut y satisfaire lui-même… C’est une intention de cet Evangile de ne pas ignorer l’humanité du Christ, car le « Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (1,14). Mais il ne s’agissait pas pour lui de venir parader parmi nous et nous éblouir de son origine… Sa présence vient nous révéler l’amour du Père et dire sa solidarité avec la valeur de notre humanité. Christian de Chergé, encore lui, l’a dit en quelques mots, admirables : « Et le Verbe s’est fait frère. » 

Dans ce puits, il y de l’eau, et c’est par elle qu’un premier malentendu a lieu entre Jésus et la Samaritaine. A la demande de Jésus, elle s’étonne : « Comment toi un juif tu me demande à boire ? » (9) Et le texte précise qu’un juif « normal » n’aurait jamais fait une telle demande !

Avec la question qui nous préoccupe ce matin, nous pouvons dire : et pourquoi pas ? Pourquoi ne pas goûter et cultiver une soif de la vie d’autrui, de ses coutumes, de sa foi, de sa religion… ? Pourquoi ne pas goûter de l’eau de Dieu qui viendrait d’une autre foi ? Et s’il-vous plaît… ne me dites pas : « Une autre fois ! »

Dans le proche Orient d’alors, l’eau est un bien très précieux. Mais l’est-elle moins aujourd’hui pour nous ? On peut vivre 30 jours sans manger… Mais pas plus de 3 jours sans boire ! Alors, peut-être pourrions-nous ce matin envisager qu’il y a quelque chose de vital pour notre propre foi à goûter à la foi d’autrui ?

Mais Jésus poursuit : « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive. » (10) 

Le malentendu vient du sens littéral de l’eau, entendu par la femme, et le sens spirituel auquel pense Jésus. Dans la tradition biblique, un langage symbolique de l’eau, n’est pas nouveau : l’eau est la vie (Es 12,3 ; Jr 2,13 ; 17,13), mais c’est aussi la Loi ou même l’Esprit (Es 44,3 ; Jl 3,1). 

Dans notre Evangile, Jésus ne parle pas d’une eau courante, comme nous en avons aujourd’hui dans nos foyers, il parle du don de l’Esprit (cf. 7,38-39). Il rappelle et accomplit la promesse que nous lisions tout à l’heure dans Es 44,3 : Car je répandrai des eaux sur l'assoiffé, des ruissellements sur la desséchée ; je répandrai mon Esprit sur ta descendance, ma bénédiction sur tes rejetons. L’Esprit Saint est le véritable sujet de l’eau que Jésus promet !

La vraie adoration? Mais… qui a tort ? Qui a raison ? Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous affirmez qu'à Jérusalem se trouve le lieu où il faut adorer. » (20) Un malentendu encore, auquel Jésus va faire mieux que répondre. 

21« Crois-moi, femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. (…) 23 Mais l'heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité...  Cette heure qui vient et qui est là rend désuètes toutes les querelles à venir entre juifs et Samaritains de « tous poils »… Cette heure qui vient et qui est là, vide de toute pertinence la question d’une prédominance d’un lieu pour adorer Dieu. Sa parole nous contraint à quitter la pierre pour le souffle. Pour marcher avec confiance dans le Souffle de l’Esprit.

« Il n’y a pas de terre sainte, écrivait Jean-Yves Leloup, c’est la manière que nous avons de marcher sur cette terre qui la rend sainte » La vraie manière de croire à fait couler beaucoup d’encre vaine et parfois, à notre honte, beaucoup de sang ! 

Adorer le Père en Esprit et en vérité n’est pas le fait de l’esprit humain qui ne produit en général qu’exclusions, banalités ou interdits, avec son vocabulaire grecque de pacotille : Yfô, Yfôpà ; Yaka, Yakapa, Yavèkapà…. Etc. !

Si … Dieu est esprit ... et qu’il faille l’adorer…  En esprit et en vérité. » (24), alors, profitons pleinement de cette heure qui vient et qui est là : goûtons constamment à l’eau de Dieu que le Christ nous offre généreusement, laissons sa source jaillissante nous emporter vers des terres est des rencontres inattendues.

Amen.


Peinture de Berna.




samedi 21 décembre 2024

Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et il a élevé les humbles...

C'est l'histoire d'une trêve. Que j'avais demandée. C'est l'histoire d'un soleil. Que j'avais espéré. C'est l'histoire d'un amour. Que je croyais vivant. C'est l'histoire d'un beau jour. Que moi petit enfant. Je voulais très heureux. Pour toute la planète. Je voulais, j'espérais. Que la paix règne en maître. En ce soir de Noël. Mais tout a continué. Oui tout a continué. Tout a continué...

Si vous êtes de ma génération, vous avez peut-être reconnus les paroles d’une chanson des Poppys, ce groupe d’enfants chanteurs des années 70. Alors que la guerre du Viêt Nam fait rage, leur chanson disait l’incompréhension de l’enfance face à la violence des adultes. Elle était un appel à la fraternité et la paix. Elle était un cri de révolte de la foi adressé à la folie du monde. Elle disait le dépit de l’amour face à la persistance du mal.

« Tremblez peuples, et soyez écrasés ! » (9), ce sont les mots terribles d’Esaïe. Un mot, écrasés, qui revient même par trois fois ! Dans le temps de l’Avent, est-ce bien le moment d’entendre de telles paroles ? Mais ce n’est pas le premier dimanche où nous entendons ce genre de textes dans notre lectionnaire : ces choix chercheraient-ils à nous rappeler ce que la magie de Noël tenterait de nous cacher ?

Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de Lutry - Belmont, le quatrième dimanche de l'Avent. Textes du jour: Esaïe 8,9-15.23; Philippiens 4,4-7;  Luc 1,46-55.

Les mots d’Esaïe rejoignent le cri de la chanson des Poppys… Les peuples peuvent poursuivre la violence des armes, avoir des projets vaniteux, tenir des propos insensés… Tout cela restera sans effet, tout cela prendra fin, car « Dieu est avec nous » (10). Non pas le Dieu avec nous inscrit sur les bombes des soldats, mais la promesse de sa présence au milieu des fracas du monde . 

Un peu plus haut dans le livre d’Esaïe, nous lisons la promesse d’un signe, celui de l’Emmanuel : « Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel. » (7,14). Emmanuel, Dieu avec nous. La promesse que le deuil du monde sera consolé par une naissance. Emmanuel, Dieu, avec nous. La promesse que le malheur du monde n’empêchera pas un nouvel avenir. 

Aussi, permettez-moi de vous souhaiter un Joyeux Noël dans l’amour du Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation (2 Co 1,3)

Moi je pense à l'enfant. Entouré de soldats. Moi je pense à l'enfant. Qui demande pourquoi. Tout le temps, oui tout le temps. Moi je pense à tout ça. Mais je ne devrais pas. Toutes ces choses-là. Ne me regardent pas. Et pourtant, oui et pourtant. Et pourtant, je chante, je chante... Non, non, rien n'a changé. Tout, tout a continué

Au contraire de la suite de cette chanson des Poppys, dans le chant de Marie, Tout, tout a changé. Parce qu’une femme ordinaire a dit oui à l’extraordinaire de Dieu, tout, tout change, tout est en train de changer, « … parce qu’il a porté son regard sur son humble servante » (48) Et j'ai pensé à Agar, dans le livre de la Genèse, chassée au désert et dans une grande détresse, réfugiée au puit qui portera le nom de Lahaï Roï, le Dieu qui me voit. Pour elle comme pour Marie, ce regard de Dieu lui ouvrit un avenir, une descendance issue de la faveur accordée à Abraham (55) et dont nous sommes nous aussi, encore aujourd'hui.

Dans le Magnificat, Marie exulte à cause de cette intervention de la puissance de Dieu en faveur des humbles. Une intervention qui « réhabilite celles et ceux que la société « écrase » (Marguerat). Elle chante sa gratitude de voir les orgueilleux dispersés, les puissants détrônés, les riches dépouillés… et les humbles élevés, les affamés nourris… mais le chant de Marie, n’est-il que le chant de la revanche des faibles sur les forts ?

« Heureux celles et ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés » (Mt 5,6). Le chant de Marie est celui de la dignité retrouvée, de l’humilité respectée. Un chant qui salue la bonté de Dieu pour qui se laisse trouver par lui. Un chant de louange parce que le Très-Haut, est devenu le Très-Bas… le Très proche de nous ! 

Joyeux Noël dans la générosité de notre Seigneur Jésus Christ qui, pour nous, de riche qu'il était, s'est fait pauvre, afin de nous enrichir de sa pauvreté. (2 Co 8,9)

Et pourtant bien des gens. Ont chanté avec nous. Et pourtant bien des gens. Se sont mis à genoux. Pour prier, oui pour prier. Mais j'ai vu tous les jours. A la télévision. Même le soir de Noël. Des fusils, des canons. J'ai pleuré, oui j'ai pleuré... Qui pourra m'expliquer ?...

Qui pourra expliquer la souffrance ? Sans doute personne… Je repense aux mots de Paul Claudel : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. » Dieu avec nous...

Renoncer à l’impossible est sans doute une source de la joie à laquelle nous invite l’apôtre Paul dans la lettre aux Philippiens : « Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous. » (4,4) Vous le savez, j’ai été pasteur de jeunesse de nombreuses années et en catéchèse, j’ai présenté ce verset de Philippiens 4, 4 comme le verset « tout-terrains »… Eh oui : puisque c’est un 4X4!

La joie en toute circonstance, vraiment ? Mais quelle joie peut ainsi s’affranchir des circonstances ? Dietrich Bonhoeffer écrivait : « la joie de Dieu est passée par le dénuement de la crèche et la détresse de la croix ; c’est pourquoi elle est invincible, irrésistible. Elle ne nie pas la détresse là où elle se trouve, mais au sein de cette détresse, en elle, elle trouve Dieu » Dieu avec nous...

Dieu qui répond au milieu de la tempête, ce sont les mots du livre de Job. Et le Seigneur souffle encore à Job : Ceins donc tes reins, comme un brave. Je vais t'interroger et tu m'instruiras. (40,6-7). Autrement dit : sonde ton être intérieure dans un dialogue intime et franc avec Dieu. Autrement dit : la prière, à laquelle Paul nous invite, mais quelle prière ?

La prière communautaire, celle du cœur, la prière intime dans l’agonie, dans le silence. Une prière qui n’est pas que des mots adressés ou récités, mais simplement le fait de se tenir près de notre Père qui voit dans le secret (Mt 7,6,6) En tout temps, il y a une prière pour chacune de nos joies comme pour chacune de nos inquiétudes. 

Joyeux Noël dans la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, et qui gardera nos cœurs et nos pensées en Jésus Christ. (Ph 4,7)




samedi 30 novembre 2024

Relevez la tête, car votre délivrance est proche...

Dans sa lettre, Paul encourage les chrétiens de Rome à vivre un Evangile qui soit empreint d’honnêteté, à vivre leur foi au quotidien comme « en plein jour » (Rm 13,13)

Et il en précise la nécessité : « D’autant que vous savez en quel temps nous sommes… » (Rm 13,1)

Et nous, aujourd’hui, le savons-nous, en quel temps nous sommes ? Dans son Evangile, Luc rapporte cette comparaison de Jésus sur la maturation d’un figuier : « Dès qu’ils bourgeonnent vous savez de vous-même, à les voir, que déjà l’été est proche. » (29-30)

Et cette saison qui vient, cet été qui arrive bientôt, est une bonne nouvelle : « le Règne de Dieu est proche. » (21,31)

Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de St-Saphorin, en la chapelle de Puidoux, le premier dimanche de l'Avent 2014.

Être capable de lire le temps que nous vivons comme nous le faisons des saisons qui passent… ? Dans nos pays, l’été c’est le temps des moissons, celui de récolter les fruits de son travail. 

Et si le Règne de Dieu est proche, c’est aussi l’annonce que le temps de goûter aux fruits de notre persévérance est sur le point d’arriver. Le Règne de Dieu est un déjà et un pas encore. Savoir qu’il est proche, c’est vivre de sa présence au quotidien et c’est vivre aussi dans la conscience de l’imminence de sa venue.

Le texte de Luc nous le rappelle encore : le Règne de Dieu est une bonne nouvelle au milieu de beaucoup de mauvaises. Dans le contexte immédiat, Jésus annonce rien moins que la ruine du Temple de Jérusalem ! Et c’est à la question troublée des disciples : « Maître, quand donc cela arrivera-t-il et quel sera le signe que cela va avoir lieu ? » (21,7) qu’il leur répond par tout une page de bouleversements violents « qui feront défaillir les hommes de frayeur. » (21,26)

Ouvrir le temps de l’Avent avec de tels textes peut nous mettre dans la perplexité… Car nous sommes bien loin du Noël enrubanné et doucereux de la publicité !

Mais si Luc a composé cette page, ce n’est pas pour en faire un film d’épouvante, car dans l’ombre de ces jours, il y a aussi de l’espoir et de la confiance : « relevez la tête, car votre délivrance est proche. » (21,28)

Le Christ sur le seuil de sa Passion, ne s’amuse pas à nous faire peur… il nous appelle à vivre une vigilance plutôt que la négligence, une patience plutôt que le découragement, la foi plutôt que le désespoir !

Qui supportera le jour de sa venue ? Qui se tiendra debout lors de son apparition ? (Ml 3,2)

Ces mots de Malachie rejoignent ceux de Paul et de Luc : il y aura des temps difficiles, mais nous ne sommes pas abandonnés aux fracas de la violence des humains, « le maître que vous cherchez, l’Ange de l’Alliance que vous désirez » vient… » (Ml 3,2) Le Seigneur ne nous oublie pas !

Mais les trois textes que nous lisons ce matin regorgent d’encoubles à la santé spirituelle de notre foi, autant de pièges tendus à sa vigueur et à sa fertilité : 

Ils sont dissimulés, comme le mensonge et les manipulations dénoncés par Malachie. Ils sont abrutissants, comme les ripailles et beuveries dont nous prévient Paul. Ils sont menaçants, comme les soucis de la vie qui alourdissent notre cœur, nous en avertit Jésus.

Ces jours mauvais ont leur durée et leurs œuvres ont leur effet nocif, mais ces textes annoncent qu’un jour de délivrance est préparé, qu’il vient et qu’il sera subit, il tombera sur nous à l’improviste, comme le filet d’un pêcheur. (Ml et Lc)

Un jour qui vient comme une (mauvaise) surprise ? Cette arrivée à l’improviste est sans doute une manière de rappeler que nous ne savons ni le jour ni l’heure. Mais cette ignorance n’est pas une fatalité, elle préserve la souveraineté de Dieu. 

Quant à nous, ne pas savoir nous mobilise et non l’inverse. Notre ignorance nous dégage de la prétention futile de connaitre l’agenda de sa venue pour préférer une conscience de sa venue qui nous engage à le vivre en tout temps : cet improviste nous garde de l’imprévoyance !

Comme le fut celle de la parabole, celle des vierges insensées de l’Evangile (Mt 25,1ss) qui, « en prenant leur lampes (…) n’avaient pas emporté d’huiles. » (Mt 25,3). A l’arrivée soudaine de l’époux qui « tardait », prise au dépourvu, elles ne purent l’accompagner « dans la salle de noces, et on ferma la porte. » (25,10) L’huile à cette époque, était le carburant de la lumière… si l’on veut la porter avec le Christ, il faut veillez à avoir assez de stock. Apprendre à prévoir sans savoir. Et la conclusion est lumineuse… « Veillez donc, car nous ne savez ni le jour ni l’heure. » (12)

La conclusion de la lettre aux romains que nous lisons peut étonner : « revêtez le Seigneur Jésus Christ » (13,14)

Parler de notre probité à vivre l’Evangile en usant d’une expression qui habille l’extérieur de notre personne et non son intérieur… N’est-ce pas manquer l’essentiel ?

Certes, revêtir le Christ est une image du baptême (Ga 3,27) mais, à l’inverse de ma question, l’image du vêtement décrit la transformation profonde de notre être spirituel et une pleine communion avec le Christ! (Ep 4,24),

Et peut-être bien que l’arrivée de l’hiver nous offre une illustration très parlante : pour lutter contre le froid, il est nécessaire d’être revêtu de manière adéquate ! La protection de notre habit nous permettra d’affronter sans crainte le froid si mordant du dehors. Et d’aller « revêtu du Christ », à la rencontre de nos semblables qui crèvent de froid dans la nuit du monde… En attendant d’être vêtu !


Photo: Eric Imseng


dimanche 24 novembre 2024

AVANT L’AVENT...

Tes pas vont et viennent
Sur la terre comme au ciel

Tes pas dansent ou chancellent
Selon que tu chantes ou pleures

Accueille le rythme de tes pas
Qui te rappelle que tu es vivant

Laisse-les t’inviter au repos
Qui te rappelle que tu es humain

Ne repousse pas ton humble Seigneur
Quand il veut en prendre soin

Et fais de même pour celles et ceux
Dont les pas croiseront ton chemin  


Le lavement des pieds des disciples par Jésus. Arcabas

mardi 19 novembre 2024

Le final du Notre Père du prisonnier... (8 - Et délivre-nous du mal...)

C'est la dernière de mes courtes prédications offertes aux détenus.e.s des prisons à Genève sur chacune des paroles du Notre Père, dans l’Évangile selon Matthieu (6, 9-13). 


Le temps ne me permis pas d'aller jusqu'à la louange finale - que certains manuscrits ajouteraient en reproduisant une formule d'une ancienne liturgie chrétienne, ni  de méditer la surprenante conclusion à propos du pardon accordé ou non et ses conséquences. 


J'en dirais tout de même quelques mots plus tard, mais pour le moment...    

 

"Notre Père ...,  et ne nous conduis pas dans la tentation, mais délivre-nous du mal." (13)

Ces mots, nous les diront tout à l’heure, dans la prière du Notre Père. Ce sont des mots un peu étranges : « Ne nous conduis pas dans la tentation. » Les traductions hésitent entre la tentation et l’épreuve.

Et je me demande : Si la tentation est mauvaise, pourquoi Dieu nous y conduirait-il ? Et si l’épreuve est bonne, pourquoi demander à Dieu de nous l’éviter ? (Echanges avec les détenu.e.s)

Il y a une certaine difficulté à faire la différence entre tentation et mise à l’épreuve…  Il faut prendre un peu de distances avec ces mots et relire ce que la Bible nous en dit.

La mise à l’épreuve est une difficulté à traverser dont la foi en sortira renforcée…Par exemple Abraham. En Gn 22,1-19, nous lisons Après ces choses, Dieu mit Abraham à l'épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici!

Et quelle épreuve ! Car ce texte introduit le récit dit du « sacrifice d’Isaac » ou Dieu semble demander à Abraham de lui sacrifier son unique fils! La mise à l’épreuve d’Abraham ? Être prêt à renoncer à ce qu’il a de plus précieux si Dieu le lui demande. Abraham n’a pas perdu son fils dans la mort, mais cette mise à l’épreuve lui a permis de le retrouver dans une relation où la confiance en Dieu est complète.

La tentation, elle, dans l’Evangile de Matthieu, presque systématiquement, est diabolique, et là, il ne s’agit pas de faire grandir la foi, mais de la faire échouer, d’exploiter l’épreuve pour détourner l’homme de Dieu…

Dans l’Evangile, il y a un texte important à ce sujet : la tentation de Jésus dans le désert (je décris le récit pas à pas pour le détenu.e.s).

Le début du récit en Matthieu 4, qui commence avec ces mots surprenants) : 1Alors Jésus fut conduit par l’Esprit au désert, pour être tenté par le diable. (Puis il poursuit avec l’épreuve) : 2Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il finit par avoir faim. (Et voici la tentation) : 3Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » (Tentation qui va échouer) : 4Mais (Jésus) répliqua : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. »

Si Jésus avait accepté de prouver qu’il est Fils de Dieu en changeant des pierres en pain, il renonçait à son humanité dépendante de Dieu qu’il est venu nous offrir. Il n’est plus « l’Emmanuel, Dieu avec nous », mais par un extraordinaire numéro de magie, qui va nous épater peut-être, il perd le but de sa venue parmi les humains : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. »

Et je me demande : Qu’est-ce qui fait la différence entre l’épreuve et la tentation ? (Echanges avec les détenu.e.s)

Le commentateur Pierre Bonnard rappelle la conviction qui se tient dans cette demande : elle exprime « tout ce que le Premier Testament et le bas judaïsme pensent : c’est Dieu qui conduit son peuple ; plus exactement qui l’introduit là où il doit passer. La seule question qui se pose est celle-ci :  va-t-il maintenant le faire entrer ? »

Je pense que l’intention fait la différence : faire grandir ? ou faire tomber ?

Le Dieu de la tentation peut éprouver son peuple et, au cœur de la tentation, lui faire connaître sa puissance et sa grâce ; car, et c’est la confiance qui nous anime lorsque nous disons ces mots de la prière de Jésus : Dieu demeure le maitre de la tentation et du Tentateur.

Et je me demande : Quand nous prions cette demande est-ce parce que l’on craint que Dieu nous tende un piège ? (Echange avec les détenu.e.s)

Il y a une réponse très claire à cette question dans la lettre de Jacques 1,13 : « Que nul, quand il est tenté, ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. »

Dans notre chemin de foi, nous ne sommes pas des enfants gâtés. Il suffit d’avoir été père – ou mère – pendant quelques minutes pour savoir le mal que nous ferions à nos enfants en leur épargnant toute difficultés.

C’est ce qui fait dire à un théologien protestant, Antoine Nouis : céder à « la tentation de demander à Dieu de nous épargner toute tentation, ce serait en faire un Dieu en guimauve dont le royaume ne serait fait de coton et de sucre d’orge… » Mais si lui adressons cette demande, c’est par humilité : nous reconnaissons la fragilité de notre humanité, à la manière de ce que dit un Psaume : lI sait bien de quelle pâte nous sommes faits, il se souvient que nous sommes poussière. (103, 14)

En tout cas, il y a quelque chose ou quelqu’un dont on ne veut pas clairement : le Malin ! Le mot ponèros dans l’Evangile de Matthieu : « peut désigner soit ce qui est mauvais, défectueux, méchant, soit l’homme violent ou méchant, soit le Diable.

Et là c’est clair, il n’y a pas de bien dans le mal ! En prononçant cette demande, nous voulons être arrachés à la puissance diabolique qui agresse le monde et l’Eglise ! Et nous affirmons que nous ne sommes pas le jouet d’un combat entre le bien et le mal…

Mais nous suivant l’exemple du Christ : si Jésus a résisté à la tentation diabolique de renoncer à son humanité en s’appuyant sur l’Ecriture ; nous, dans la prière, nous entrons dans ce même combat.

Avec cette conclusion, que je saisis dans cet encouragement de Jésus : « Veillez et priez… » (Mt 26,31)



 

La vie que tu t'es imaginée?...

Il y a bien des « vivre » a traverser dans notre existence: joyeux, douloureux, paisibles, patients, animés - très animés (si vous avez été ...