lundi 5 octobre 2026

"En esprit et en vérité" ?...

Une parole au bord d’un puits…  Dialoguer avec celle ou celui qui ne croit pas comme nous ? Comment cette parole au bord d’un puits peut-elle nous éclairer ? Assurément, de bien des manières… Et, nous allons le voir, à la manière de Jésus de Nazareth.

Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de Lavaux, en Suisse. Texte du jour: Evangile selon Jean, chapitre 4, les versets 5 à 26: le fameux épisode de la femme Samaritaine.

Nous sommes en plein midi, c’est l’heure la plus chaude du jour, une heure où l’on cherche à se tenir à l’ombre pour un peu de fraîcheur, plutôt qu’en plein soleil !

Et on peut dire qu’il y avait du beau monde autour de ce puits… A commencer par Jésus bien sûr mais, pour les besoins de la narration, il n’est pour l’instant qu’un juif, exténué, assis au bord du puits (6)

Avec lui, est encore présent, dans la mémoire, Jacob le patriarche, car le sol où se trouve ce puits qui porte son nom, il l’a acquis pour cent pièces d’argent aux fils d’Hamor, à son retour sain et sauf de sa fuite devant Laban. Et le texte de la Genèse note que Jacob y érigea même un autel qu’il nomma « El, Dieu d’Israël » (Gn 33,18-20)

Notre passage d’Evangile précise à son tour que, sur cette terre, les os de Joseph y reposent. Joseph l’a reçu en héritage de son père Jacob, comme une part de choix (Jn 4 7-9, cf. Gn 48,21-22). Des ossements de Joseph qui furent ramenés d’Egypte lors de la libération de l’exode sous la conduite de Moïse…

Jacob, Joseph, Moïse… Autant de mémoires prestigieuses qui habitent ce lieu. Autant de valeurs spirituelles, héritées de l’histoire et de la foi d’Israël, désormais dans une terre étrangère, parmi un peuple méprisé…

Bien sûr, les tourments de l’histoire ont attribué cette terre aux Samaritains dans les circonstances tragiques de l’exil. Bien sûr, leur vie et leur choix, les ont éloignés de la foi et du Temple d’Israël, mais les mépriser fut sans doute la plus mauvaise réponse à leur adresser ?

Le thème du culte de ce matin, nous appel à renoncer au mépris dans notre dialogue avec d’autres religions, à entendre les valeurs qui s’y vivent, là où nous pensions qu’il ne pouvait en avoir. Nous sommes exhortés d’accueillir le fait que des croyant qui ne vive pas leur foi comme nous pourraient bien nous apporter quelque chose de cette eau de Dieu dont nous parlions tout à l’heure.

Une source jaillissante au fond d’un puits profond… C’est le moment de revenir au bord de ce puits pour écouter le messie d’Israël rencontrer une femme méprisée justement, non seulement à cause de sa foi, mais encore par la conduite de son existence. Jésus s’est assis au bord de ce puits, comme pour s’assoir auprès de la vie d’une personne. Avec elle, à son écoute, ils vont « creuser leur puits ».

« Donne-moi à boire… » (7) Une demande qui peut surprendre. Le verbe de Dieu, le Logos (Jn 1,1), non seulement est fatigué, mais il a soif, et il ne peut y satisfaire lui-même… C’est une intention de cet Evangile de ne pas ignorer l’humanité du Christ, car le « Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (1,14). Mais il ne s’agissait pas pour lui de venir parader parmi nous et nous éblouir de son origine… Sa présence vient nous révéler l’amour du Père et dire sa solidarité avec la valeur de notre humanité. Christian de Chergé, encore lui, l’a dit en quelques mots, admirables : « Et le Verbe s’est fait frère. »

Dans ce puits, il y de l’eau, et c’est par elle qu’un premier malentendu a lieu entre Jésus et la Samaritaine. A la demande de Jésus, elle s’étonne : « Comment toi un juif tu me demande à boire ? » (9) Et le texte précise qu’un juif « normal » n’aurait jamais fait une telle demande !

Avec la question qui nous préoccupe ce matin, nous pouvons dire : et pourquoi pas ? Pourquoi ne pas goûter et cultiver une soif de la vie d’autrui, de ses coutumes, de sa foi, de sa religion… ? Pourquoi ne pas goûter de l’eau de Dieu qui viendrait d’une autre foi ? Et s’il-vous plaît… ne me dites pas : « Une autre fois ! »

Dans le proche Orient d’alors, l’eau est un bien très précieux. Mais l’est-elle moins aujourd’hui pour nous ? On peut vivre 30 jours sans manger… Mais pas plus de 3 jours sans boire ! Alors, peut-être pourrions-nous ce matin envisager qu’il y a quelque chose de vital pour notre propre foi à goûter à la foi d’autrui ?

Mais Jésus poursuit : « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive. » (10)
Le malentendu vient du sens littéral de l’eau, entendu par la femme, et le sens spirituel auquel pense Jésus. Dans la tradition biblique, un langage symbolique de l’eau, n’est pas nouveau : l’eau est la vie (Es 12,3 ; Jr 2,13 ; 17,13), mais c’est aussi la Loi ou même l’Esprit (Es 44,3 ; Jl 3,1).

Dans notre Evangile, Jésus ne parle pas d’une eau courante, comme nous en avons aujourd’hui dans nos foyers, il parle du don de l’Esprit (cf. 7,38-39). Il rappelle et accomplit la promesse que nous lisions tout à l’heure dans Es 44,3 : Car je répandrai des eaux sur l'assoiffé, des ruissellements sur la desséchée ; je répandrai mon Esprit sur ta descendance, ma bénédiction sur tes rejetons. L’Esprit Saint est le véritable sujet de l’eau que Jésus promet !

La vraie adoration Mais… qui a tort ? Qui a raison ? Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous affirmez qu'à Jérusalem se trouve le lieu où il faut adorer. » (20) Un malentendu encore, auquel Jésus va faire mieux que répondre.

21« Crois-moi, femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. (…) 23 Mais l'heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité...  Cette heure qui vient et qui est là rend désuètes toutes les querelles à venir entre juifs et Samaritains de « tous poils »… Cette heure qui vient et qui est là, vide de toute pertinence la question d’une prédominance d’un lieu pour adorer Dieu. Sa parole nous contraint à quitter la pierre pour le souffle. Pour marcher avec confiance dans le Souffle de l’Esprit.

« Il n’y a pas de terre sainte, écrivait Jean-Yves Leloup, c’est la manière que nous avons de marcher sur cette terre qui la rend sainte » La vraie manière de croire à fait couler beaucoup d’encre vaine et parfois, à notre honte, beaucoup de sang !

Adorer le Père en Esprit et en vérité n’est pas le fait de l’esprit humain qui ne produit en général qu’exclusions, banalités ou interdits, avec son vocabulaire grecque de pacotille : Yfô, Yfôpà ; Yaka, Yakapa, Yavèkapà…. Etc. !

Si … Dieu est esprit ... et qu’il faille l’adorer…  En esprit et en vérité. » (24), alors, profitons pleinement de cette heure qui vient et qui est là : goûtons constamment à l’eau de Dieu que le Christ nous offre généreusement, laissons sa source jaillissante nous emporter vers des terres est des rencontres inattendues.



Vu par le peintre Etienne Parrocel, dit "Le Romain", 18e siècle



mercredi 30 septembre 2026

"Semer l'humanité dans les prisons" (Pour écouter l'émission en Podcast sur la RTS)...


Je vous propose ici l'émission consacrée à la parution de mon livre disponible en Podcast sur le site de la RTS Religion (Radio Télévision Suisse)

Pour l'écouter, taper:  https://www.rts.ch/religion/babel


Puis, cliquer sur le bouton "rechercher" (le petit cercle tout à droite) et taper "Eric Imseng"


Vous arriverez sur le Podcast de l'émission

Merci pour votre intérêt et bonne écoute...

Les références du livre : "Lueurs aux creux de l'ombre", publié aux éditions Vérone - et disponible dans les libraires de France, Suisse et Belgique. 

Ci-dessous, les références pour l'acquérir.





jeudi 24 septembre 2026

Rancœur... ou grand'coeur ?

Lors de mes accompagnements auprès de personnes détenues, je fais face, parfois, aux sentiments négatifs et émotions douloureuses qui les habitent. Par exemple. 

La tristesse en parlant des actes délictueux - grave ou moins - qu'ils ont commis.  

La colère lorsque leurs conditions de détentions sont injustes ou brutales. Ou que leur honte ou regrets sont déniés.

La peur à la perspective d'une audience ou d'un jugement. 

Ainsi, les infracteurs de la Loi ne coulent pas forcément des jours tranquilles, comme on pourrait le penser. 

Et j'ai coutume de dire que "je n'ai pas pitié d'eux, car ils méritent bien mieux que ça." Je ne suis pas auprès d'eux pour les plaindre (ce qu’ils ne comprendraient pas d'ailleurs) mais pour leur offrir une main qu'ils peuvent saisir pour s'aider à se relever.

Dans ma petite boîte à outils de l'accompagnant spirituel, j'ai de courtes histoires que je partage avec eux. Elles ont pour tâche de "poser à côté" de la situation ou de leur vécu (comme une parabole) un récit qui ouvrira peut-être à une compréhension nouvelle.

Pour favoriser des émotions pacifiées. Pour faire face et aller de l'avant. Pour progresser vers toujours plus d'authenticité, de courage et de patience.

Voici l'une d'entre elles. Elle m’a été rapportée au sujet de Nelson Mandela :  

"Après être devenu président de l’Afrique du Sud, j'ai demandé à certains membres de mon garde du corps d'aller faire une promenade en ville. Après la promenade, nous sommes allés déjeuner dans un restaurant.

Après un peu d'attente, le serveur est apparu qui portait nos menus. A ce moment-là, j'ai réalisé qu’il y avait un homme seul, à la table d’à côté. J'ai demandé à un de mes garde du corps: va inviter cet homme à nous rejoindre pour le repas.

L'homme s'est levé, a pris son assiette, et il s'est assis à côté de moi. Pendant qu'il mangeait, ses mains tremblaient constamment et il ne relevait pas la tête de sa nourriture. Quand nous avons fini, il m'a salué sans même me regarder. Je lui ai serré la main et il est parti !

Le garde du corps m'a dit : Madiba, cet homme doit être très malade, car ses mains n'arrêtaient pas de trembler en mangeant. Pas du tout, ai-je répondu, la raison de son tremblement est autre. 

Il m’a regardé bizarrement et je lui ai dit: Cet homme était le gardien de prison où j'ai été enfermé. Souvent, après la torture à laquelle j'ai été soumis, je criais et pleurais pour avoir de l'eau et il venait m'humilier :  il riait de moi et au lieu de me donner de l'eau il urinait sur ma tête. 

Non, il n'était pas malade, il avait peur et tremblait en craignant que, maintenant que je suis président, je l'envoie en prison et lui fasse la même chose qu'il a faite avec moi. Mais je ne suis pas comme ça, ce comportement ne fait pas partie de mes choix de vie.

Les esprits qui cherchent à se venger détruisent les États, tandis que ceux qui recherchent la réconciliation construisent les Nations.    

(Source: mur Facebook de Chicali Echeverría Martínez)·

J'ignore si cette anecdote est authentique. Mais elle soutient la conviction qui m’accompagne en écoutant ces moments sombres (et parfois révoltants) de leur vie en prison : leur liberté à faire des choix demeure, quel que soit leur vécu.

Ils ont (et nous avons) toujours le choix de nourrir la force plutôt que la violence, l'autorité plutôt que la brutalité... chercher un cours d'eau qui conduira à la mer plutôt que de jeter notre eau-vive dans un bassin mortifère pour qu'elle y croupisse ! Et qui pourrait ignorer le dur combat que ce choix peut exiger de nous?...

...L’Évangile ne l’ignore pas non plus.

Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez à cœur de faire le bien devant tous les hommes. S’il est possible, pour autant que cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez pas vous-mêmes, mes bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s’il a soif, donne-lui à boire, car, ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. 

 (L’apôtre Paul, dans sa lettre écrite aux chrétiens de la ville de Rome. Rm 12,21)

Vous retrouverez en partie ce passage et d'autres rencontres avec les personnes détenues dans mon livre : "Lueurs aux creux de l'ombre", publié aux éditions Vérone - et disponible dans les libraires de France, Suisse et Belgique. 

Ci-dessous, les références pour l'acquérir.



samedi 19 septembre 2026

Quel Dieu ?...

« Si l’on dit croire en Dieu ou ne pas y croire, il convient de préciser ce que l’on met sous ce mot et d’observer si le dieu dans lequel on croit, ou non, est digne de notre colère, de notre révolte, de notre athéisme ou de notre foi. »
(Jean-Yves Leloup, dans « Le Notre Père, une lecture spirituelle »)

Photo: Eric Imseng

lundi 14 septembre 2026

Comme une fenêtre ouverte sur la liberté...

Souvenir d'une rencontre avec les personnes détenues, parmi les plus étonnantes et significatives...

À mon retour de vacances, il y a désormais, lors de mes entretiens avec les détenu.e.s, un petit rituel : leur décrire les lieux où j'étais, en dégustant une spécialité du coin que j'ai ramenée, ceci autour d’un thé ou café. 

Et pourtant, lorsque j'entendis pour la première fois la personne détenue m'interroger: "Et vos vacances, ce sont-elles bien passées?" J’avais répondu rapidement à la question : "Très bien, merci" et préféré m’engager sur un autre sujet. 

Cependant, je lisais une certaine déception sur son visage et elle revint à la charge: "Et il a fait beau ?"

Je pensais intérieurement : "Attends, je ne vais tout de même pas raconter comment j’ai passé de belles vacances à quelqu’un qui en est privé : c’est trop cruel !"

Mais je perçois que c’est important et me lance dans quelques souvenirs de vacances. Ses yeux s’ouvrent alors et son cœur de même... et il n'est plus question de cruauté, mais je joie partagée. 

Je réalise, en cet instant, que je suis comme une fenêtre ouverte sur la liberté !

Depuis, je ramène à chaque fois quelques biscuits de la région visitée, et les partage simplement autour d'un café. J'y ajoute même quelques photos de paysages.

Et nous partageons un moment unique de curiosité joyeuse, de complicité, de réconfort...

Je suis le passeur étonné de la vie du dehors!

Vous retrouverez ce passage et d'autres rencontres avec les personnes détenues dans mon livre : "Lueurs aux creux de l'ombre", publié aux éditions Vérone - et disponible dans les libraires de France, Suisse et Belgique. 

Ci-dessous, les références pour l'acquérir.



mercredi 9 septembre 2026

L’humain : le mystère et l’amour... (2)

J'ai partagé dans un précédent article quelques réflexions faites au cours de mon ministère d’aumônier dans les prisons. J'y ai parlé de l’humain tel que je l’ai rencontré dans ces lieux. Le format des Diachroniques étant de privilégier de courts articles. J’ai réparti ma réflexion en deux fois. Voici la seconde et dernière publication :

L’amour

Mais que serait le mystère s’il n’était qu’une ignorance, un trou noir sans fond ? Si j’ai appris à reconnaitre sa réalité, j’ai aussi découvert sa fécondité. Et cette fécondité (est-ce vraiment une surprise ?) me conduit à rien moins que l’amour. L’amour… Un mot qui a tant de facettes, tant de beauté et autant de vanité ! Cet amour qui m’a permis d’apprivoiser le mystère de l’humain était désintéressé, sans autre intention que le don de soi.

L’amour. Suffit-il d’avoir ce mot à la bouche pour être un témoin crédible du Christ ? Je pense à cette lettre de l’apôtre Jean : « Mes chers amis, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et il connaît Dieu. Qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1 Jean 4,7-8).

Au cours de mon ministère en milieu carcéral, ce Dieu est amour fut une bonne et une étrange nouvelle à la fois. Où est le Dieu d’amour pour ces femmes et ces hommes que l’on rejette et condamne ? Où est le Dieu d’amour pour ces personnes détenues qui suscitent en nous plus de colère que d’affection ?

L'amour? Une réponse se tenait dans un tout petit espace contenu dans ce si grand mot, comme un détail d’une grande œuvre, comme celui d’un tableau de Maître. 

Approchez et vous trouverez ce tout petit espace dans un mot plus difficile encore : le pardon. Quand je disais « détail »… c’était une image bien entendu ! Un petit espace, comme un chemin étroit ! 

Vivre le Dieu qui est amour n’est pas réservé qu’aux bons moments, c’est aussi pour les temps difficiles. C'est parce qu'il se vit de manière inconditionnelle qu'il permet de traverser des voies impossibles, des voies que l’on pensait impraticables, comme nos chemins de pardon peuvent l’être. 

Vive le Dieu qui est amour, ce n’est pas faire « tout bien comme il faut », c’est d’abord être vrai. La voie du Dieu qui est amour commence par renoncer aux artifices du paraître pour l'authenticité de l'être.

L’amour et le pardon : des valeurs qui portent autant d’espoirs que d’amertume dans les prisons. Mais il serait dommage de le taire : l’amour et le pardon ont été pour moi de redoutables « passe-murailles », d’étonnants « ouvre-cœurs » ! 

Le pardon et l’amour ont été des fenêtres ouvertes dans les murs sombres de l’âme humaine. Ils m’ont porté dans ce généreux et persévérant don de soi ! Au-delà des émotions, au-delà, du mérite, nous étions bien au cœur de l’Evangile !

C’est avec la conviction qu’un pardon est possible que je suis allé à la rencontre de ces jugements implacables qui enferment les personnes détenues, bien mieux encore que l’enceinte d’une prison ! Mais de cette puissante ressource, je ne suis ni l’inventeur ni l’initiateur : « Voici ce qu’est l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime d’expiation pour nos péchés. Mes bien-aimés, si Dieu nous a aimés ainsi, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. » (1 Jean 4, 10-11).

Aimer comme nous sommes aimés. Pardonner comme nous sommes pardonnés !

Dans le milieu carcéral, les aumôniers contribuent à la réhabilitation des personnes détenues. Si la phrase est assez courte, la réalité est bien plus longue et complexe. En effet, le pardon n’est pas un tampon de l’administration pénitentiaire… ou de la justice pénale. De toute manière, la justice pénale ne pardonne pas, elle oublie. 

Le pardon n’est pas l’absolution d’une autorité religieuse qui donnerait l’illusion d’une absence de trajet intérieur pour l’acquérir. Pour moi, disciple du Christ, impossible de répondre « non » à la question du pardon, sans être un ignorant de Dieu, car Dieu est un espoir de réconciliation. Je pense à ce verset du Psaume 130,3-4 : « Si tu retiens les fautes, SEIGNEUR ! Mais qui subsistera ? Mais tu disposes du pardon et l’on te craindra. »

Ouvrir un chemin de pardon n’est pas une bagatelle, un acte facile et superficiel. Refuser le pardon ne l’est pas moins, car fermer à quelqu’un tout recourt au pardon est un acte contre nature de la connaissance de Dieu, car Dieu est amour. Ce serait gravement ignorer que Qui n’aime pas n’a pas connu Dieu (1 Jn 4,8).

En terminant ce second et dernier article, et si vous êtes intéressés à en savoir plus, je vous rappelle la publication de mon livre: "Lueurs aux creux de l'ombre", publié aux éditions Vérone - et disponible dans les libraires de France, Suisse et Belgique. 

Ci-dessous, les références pour l'acquérir.



lundi 7 septembre 2026

L’humain : le mystère et l’amour... (1)

J’aimerais partager ici quelques réflexions faites au cours de mon ministère d’aumônier dans les prisons. Il s’agit de l’humain tel que je l’ai rencontré dans ces lieux. 

Son mystère qu’il m’a donné à voir et l’amour qu’il m’a proposé de vivre. 

Je m’adosserais pour le mystère au Livre des Psaume et pour l’amour à le Première lettre de Jean.

Le format des Diachroniques est de privilégier de courts articles. J’ai réparti ma réflexion sur deux publications.  Dont la première :

Le mystère.

« Mystérieuse connaissance qui me dépasse, si haute que je ne puis l’atteindre » (Psaume 139, v.6). Ces mots évoquent tout de suite quelque chose de mon expérience d’écoute et d’accompagnement spirituel auprès des personnes détenues. 

Bien sûr, il s’agit d’abord de l’impossibilité d’une pleine connaissance de Dieu. Qu’on se souvienne du livre de Job : « Prétends-tu sonder la profondeur de Dieu, sonder la perfection du Puissant ? » (Job 11,7-9). 

Dans ce psaume comme dans mon écoute, même s’il faut les distinguer, le mystère de la connaissance de Dieu et celui de l’humain ne s’excluent pas l’un l’autre.

J’ai admis une fois pour toute ma vulnérabilité en la matière. Être à l’écoute de l’humain, quelles que soient les compétences acquises, il y a quelque chose de l’inconnu qui demeure et ne se réduit jamais à notre savoir. 

Au-delà de ce que nous partageons de concret, il y a de l’incompréhensible que je ne peux pas atteindre. Et je n’oublierai pas de sitôt ces mots de Françoise Dolto en exergue d’un livre de Maurice Bellet – sur l’écoute justement : « Je n’y comprenais rien. J’étais tout oreilles. »

C’est donc avec cette humilité que j’ai écouté cet inconnaissable de l’humain, en étant reconnaissant pour les instants de clarté qu’il a bien voulu m’offrir.

J’ai ainsi écouté le parcours de vie des personnes détenues qui les ont conduites en prison. Les délits ou crimes dont ils ont été responsables. J’ai écouté encore leur quête sur le sens et la raison de leur geste. J’ai écouté aussi leurs luttes avec eux-mêmes au milieu des méandres de la justice. J’ai écouté leur sérénité comme leurs tourments, leur ignorance ou leur sagesse. J’ai été à l’écoute de tant de mots et de maux… C’est pourquoi je ne peux m’empêcher de penser que je suis un témoin privilégié de tout l’humain. Tout entier à son écoute. Tout entier à son école.

Au-delà de nos paroles, au plus profond de nos échanges, dans une étonnante simplicité, la clarté du vivant comme le mystère de l’humain se sont livrer à moi dans leur beauté comme leur laideur, leur lumière et leur ombre.

J’ai écouté pendant plus de dix ans ces vies d’hommes et de femmes, arrêtées, contraintes, disséquées, jugées. Et j’ai puisé encore dans cette humilité les ressources pour accueillir la douleur et la révolte, la honte et l’incompréhension, l’ennui et le désespoir, le déni et la lucidité.

Au cours de nos entretiens, j’ai entendu souvent le désir de la personne détenue à rejoindre celui du psalmiste : « Dieu ! Scrute-moi et connais mon cœur… et conduis mois sur le chemin de toujours. » (139, 23-24). 

Il y avait une épreuve de vérité vers laquelle nous cheminions, parfois sans y penser. Jusqu’à ce que ce cœur, écouté avec bienveillance, sondé, éprouvé, les ramènent sur ce chemin de toujours. Et même s’il n’a pas toujours été vécu en tant que croyant, il y a eu souvent ce désir d’oser revenir en soi, reprendre un dialogue avec soi, marcher à nouveau sur la route de la vie. En cela, j’ai été le « complice » de leur réhabilitation.

Bien sûr, ce chemin ne conduisait par forcément à un vécu comme avant, mais peut-être sera-t-il mieux qu’avant… Car le passé dépassé ne nous ramène pas au début mais plus loin. Ainsi, ce chemin de toujours, qui s’ouvrait aux personnes détenues, ce n’était rien de moins que la vie qui ne cesse pas d’être la vie, même derrière les murs d’une prison.

La suite, dans la prochaine publication. Et si ce premier article vous a interpellé, je vous rappelle la publication de mon livre: "Lueurs aux creux de l'ombre", publié aux éditions Vérone - et disponible dans les libraires de France, Suisse et Belgique. 

Ci-dessous, les références pour l'acquérir.






mercredi 26 août 2026

L'espoir sans fin...

La beauté du monde

La profondeur du sens de la vie

La tendresse des liens importants

J’ai choisis d’en prendre soin

À ma mesure, limitée et fragile,

Mais avec la foi qui déplace les montagnes

Ne pense pas que je vais échouer

Prendre soin est une activité qui ne connaît pas d’échec

Parce que prendre soin est une manière d’habiter un espoir sans fin


Photo: Eric Imseng

dimanche 23 août 2026

"Et vous, qui dites-vous que je suis?"

« Béni soit le SEIGNEUR qui a donné un lieu de repos à Israël, son peuple, tout comme il l'avait dit…

Dans les mots de la prière de Salomon, nous venons de lire la gratitude pour la réalisation de la promesse. Du repos ? Comment ne pas y penser en cette période : les vacances… Nos vacances ! Et des vacances sans désillusion à cause de fausses promesses ! Peut-être en avez-vous encore le souvenir : ces vacances gâchées par de beaux discours qui cachaient une réalité décevante ?

Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de St-Saphorin en Lavaux. Textes du jour: 1 Rois 8; Romains 12; Evangile selon Matthieu, chapitre 16, les versets 13 à 20.

Le repos que Dieu promet, ce ne sont pas des paroles en l’air : la Parole du Seigneur ne reste pas sans effet. Elle est plus qu’un dépliant de publicité pour un lieu de rêve. Bien qu’elle puisse se heurter à la liberté humaine, la Parole de Dieu agît quoi qu’il en soit, comme dans les mots, devenus fameux, d’Esaïe : comme la pluie arrose la terre et la rend fertile, comme la terre donne le grain qui nourrira qui a faim, « Eh bien, il en est de même pour la parole qui sort de ma bouche, dit le Seigneur : elle ne revient pas à moi sans avoir produit d'effet, sans avoir réalisé ce que je veux, sans avoir atteint le but que je lui ai fixé (55,11 –NFC)

Dans un passage du livre du Deutéronome, ce lieu du repos est encore à venir, mais le prophète précise : « Vous allez passer le Jourdain et vous installer dans le pays qu’il vous donne… » (Dt 12,10 - TOB)

Si le Seigneur promet le repos, pas d’embrouille : même s’il y a des obstacles, il y a toujours un passage pour nous y conduire. Et pour nous aujourd’hui, quel passage faudra-t-il chercher et accueillir pour entrer dans le repos ? Peut-être s’agira-t-il de prendre le temps de bien regarder ?

Exemple : en 1805, deux explorateurs américains, Lewis et Clark cherchaient un passage fluvial à travers les montagnes Rocheuses pour atteindre l’Océan. Mais ils étaient arrêtés par une barrière de roches imposantes. Pour eux, le passage était impossible. Regardant le sol, la tête baissée, ils cherchaient une rivière ou un fleuve et ne trouvaient rien. C’est une femme amérindienne qui les accompagnait qui soudain leva les yeux et découvrit un col qui leur permettra de passer. Le passage était là, ouvert, mais leurs regards cherchaient au mauvais endroit.

Ce passage pour nous, témoins du Christ, lui aussi est d’En-Haut… Paul, dans les Colossiens, ne dira pas autre chose : « Chercher les choses qui sont au ciel où le Christ siège à la droite de Dieu. Préoccupez-vous de ce qui est là-haut et pas seulement de ce qui est sur la terre. » (Col 3,2)

Mais la méthode sera autre pour « le Haut. » Il ne se cherchera pas dans un lieu physique, mais à l’intérieur d’un être fécondé par l’Esprit de Dieu. Faut-il rappeler l’excellent ouvrage de Christiane Singer : « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? »

La parole de Dieu mous offre elle aussi un passage vers ce que nous ne saurions connaître par nous-même. En ce sens, elle est une révélation. Et de révélation, l’Evangile de Matthieu, que nous lisons ce matin, nous en offre une… et de quelle importance !

Nous sommes à Césarée de Philippe. Pour quelles raisons : des vacances ? Pas tant que ça… la région est géographiquement « un chaos de rochers, difficile d’accès » Pour un temps de repos loin de la Judée et des conflits religieux suscités par la prédication de Jésus ; loin de la Galilée et ses agitations nationalistes qui tente de capter Jésus à leur cause ? Sans doute !

Mais il pourrait y avoir encore, selon moi, le fait que la ville est bâtie près des sources du Jourdain… tiens, tiens ? Une fois encore, une source, un passage, pour entrer dans le repos malgré un lieu inhospitalier ? Alors, Césarée de Philippe, un lieu rêvé pour apprendre quelque chose d’essentiel à propos du Messie d’Israël ? Absolument.

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Les mots de Pierre sont salués par Jésus comme ne venant pas de lui-même , mais de son Père qui est dans les Cieux ! Et que dire des autres réponses ? Jean le Baptiste ? Elie ? Jérémie – ou l’un des prophètes (la liste reste ouverte). Cependant, tous ne sont-ils pas des « revenants » ? Les dires des hommes ne voyaient dans le Messie que « le retour de… » Qui pouvait alors penser que le Messie, c’était « la VENUE de… » Aucun des nommés ne pouvait prétendre à la précision que nous rapporte Matthieu – et la précision de la confession de Pierre est significative : le Fils du Dieu Vivant !

Pas seulement le Messie… Il y en a eu avant, et il y en aura d’autres après. Pas seulement le Fils de David, dont Jésus descend et avec qui il partage la promesse d’un trône messianique. Pas seulement, enfin, un Fils de Dieu, comme les disciples, prosternés devant le miracle de leur Maître marchant sur les eaux, le proclameront : « Vraiment, tu es Fils de Dieu. » (14,33) 

Le Dieu vivant ! Le Dieu qui n’est pas seulement en vie, mais la source de toute vie (Ps 36,10) ; une vie qui embrasse tous les temps, depuis le passé le plus reculé jusqu’à l’avenir le plus lointain, le Dieu vivant « aux siècles des siècles », « le Dieu vivant qui règne éternellement. ». Le Dieu vivant, au-delà du vivant.

Vivant, oui ! Un seul mot qui remplit la création toute entière et notre être tout entier d’une vie qui ne cessera pas ! Un Dieu vivant, et non un dieu mort qui s’éteindrait avec nous. Un Dieu vivant qui nous attend, au-delà de la mort, au-delà du tombeau vide laissé par le Christ ! Rendons-lui grace et célébrons son nom béni et trois fois saint !

Cette louange, cette gratitude, nous amène à notre « culte spirituel » auquel Paul nous invite dans le passage des Romains que nous lisons ce matin : 1Je vous exhorte donc, frères et sœurs, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu.

Offrir notre vie à Dieu, non pas comme « sacrifiés, sans vie… » mais bien vivante, généreuse, féconde ! Offrir notre vie à Dieu – et pas seulement le dimanche matin. Car, les vacances, ce n’est pas tous les jours, mais le culte spirituel, oui ! S’offrir vivant au Fils du Dieu vivant, qui nous accueille dans sa grâce tels que nous sommes, là où nous en sommes.

Car spirituel ne veut pas dire infaillible. Un peu plus haut dans sa lettre, Paul décrit ses mots comme « humains, adaptés à votre (notre) faiblesse (6,19) » Un rappel important pour celles et ceux qui pensent lire ces mots « à la lettre » et une invitation à nous souvenir de notre « faiblesse » qui demande au quotidien à ce que Dieu nous fasse « miséricorde »

Notre culte spirituel ne saurait se passer de la grâce de Dieu, et la grâce dont nous vivons ne saurait se passer de la miséricorde du Père.

Dans le Premier Testament, lorsque l’Eternel accueilli la demande de Moïse de lui permettre de voir la gloire de Dieu, il lui annonça qu’il passera devant lui avec toute sa bonté, en proclamant le nom de l’Eternel. Et dans ce nom, il y aura deux mots :  grâce et miséricorde - Ex 33,19 : « je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséricorde. ».

Des mots dont l’ambivalence laisserait à penser que Dieu l’accorde comme il veut… mais qui affirme en réalité que la gloire de Dieu est de nous accorder et l’une et l’autre comme l’expression profonde de sa personne tout entière. Il ne peut et ne veut donner moins que ce qu’il est !

C’est cette assurance et cette joie qui anime notre culte spirituel, cette reconnaissance qui soutien et apaise notre être tout entier. On la retrouve dans les mots de Jean, dans sa deuxième lettre : « avec nous seront grâce, miséricorde, paix, qui nous viennent de Dieu le Père, et de Jésus Christ, le Fils du Père, dans la vérité et l'amour. » (2 Jn 1,3)

Je pense que tout est dit. Amen.

Jésus interrogeant ses disciples, par la peintre Berna


"En esprit et en vérité" ?...

Une parole au bord d’un puits…   Dialoguer avec celle ou celui qui ne croit pas comme nous ? Comment cette parole au bord d’un puits peut-e...