Les Diachroniques
dimanche 1 novembre 2026
Aimer au-delà des apparences...
mercredi 28 octobre 2026
Dieu n'est pas un bouche-trou. Ni un cache-cellule...
L'espace, dans les prisons, est évidemment réduit.
Une de mes tâches est d'accompagner les personnes détenues vers des espaces intérieurs nouveaux et parfois inattendus.
La foi en Dieu peut être un des ces espaces intérieurs... Mais pour éviter qu'elle ne soit qu'une fuite en avant, il m'arrive de partager avec eux cette citation de Dietrich Bonhoeffer:
"Nous avons à trouver Dieu dans ce que nous connaissons et non pas dans ce que nous ignorons… Dieu n’est pas un bouche-trou.
J’aimerais parler de Dieu, non aux limites mais au centre, non dans la faiblesse mais dans la force, non à propos de la mort et de la faute mais dans la vie et la bonté de l’homme."
(Dietrich Bonhoeffer. Extraits de Résistance et soumission : Lettres et notes de captivité)
mardi 27 octobre 2026
Voir... et témoigner le Christ ressuscité ! (Avec les bonnes lunettes et de bonnes chaussures)...
(Arrivé à la
chaire, sortir et chausser mes lunettes de soleil…)
Portez des lunettes de soleil, dans le temple de
Lutry, un dimanche matin… Cela peut sans doute paraître incongru… Et si je
poursuivais cette prédication ainsi, vous auriez été intrigués : - est-il
malade ? - plaisante-t ’il ?
Vous seriez intrigués, comme on peut l’être en lisant ces textes
dits d’apparition de Jésus. Embarrassés, voire gênés, peut-être : que
peut-on bien en faire ? Sommes-nous encore concernés ?
(Changer mes
solaires pour les habituelles et les chausser) Voilà…
celles-ci sont plus adéquates, je pense…
Une prédication offerte à l'assemblée de Lutry-Belmont, un dimanche après Pâques.
Texte du jour: Ac 3, 12-26; 1 Jn 1, 1-4; Lc 24, 35-48) - le fameux épisode des disciples d'Emmaüs.
Cette petite accroche nous introduit à une
question que l’on peut se poser en lisant l’Evangile de ce matin : quel regard avoir
sur ce Jésus se présentant à ses disciples, vivant, parlant, mangeant ? Quel
regard… et avec quelles lunettes ?
Voir est un verbe important ici. Voir Jésus ressuscité apparaître au milieu de ses disciples est comme un
dernier acte avant d’être enlevé définitivement de leurs yeux. Mais nous aussi,
nous voyons Jésus ressuscité, nous participons à la scène et sommes témoins de sa
résurrection… le voir parce que nous lisons ce récit.
Ah, et je ne vous laisserai pas plus longtemps dans la perplexité concernant les chaussures placées ici… Elles aussi sont de deux sortes : des chaussures de marche et des chaussures de danse. Elles aussi interrogent. À propos d’un autre verbe, présent dans le passage de Luc : être témoin. Et que peut signifier ces deux verbes pour nous?
Témoigner après avoir dissiper la peur et les doutes. Témoigner de l’enseignement de Jésus, mais pas sans l’intelligence de l’Esprit
Saint … Témoigner du Christ vivant, aujourd’hui, sur les chemins si particuliers, voire
douloureux, de notre monde nécessite d’être bien chaussé ! Mais il y a sans doute un regard qu'il faut avoir avant le témoignage.
Voir avec les lunettes de la foi pascale. Le texte de Luc,
par l’heureux hasard de nos lectionnaires, fait écho au texte de l’Evangile de
Jean de dimanche passé. Et nous nous rappelons la demande de Thomas et la
réponse de Jésus : « Si ne vois pas… je ne croirai pas –
Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. » (Jn 20,28)
Si cette béatitude est la règle aujourd’hui,
pourquoi lire encore ces textes ? Car ils restent essentiels, comme les
Evangiles, puisqu’ils nous rapportent, comme les Evangiles, ce qu’ils ont vu et
entendu : 1 point pour Thomas !
Mais ces récits, nous pouvons les tourner dans tous
les sens, ils se concluent par la foi de celles et ceux qui ont la foi sans
l’avoir vu : 1 point pour nous !
Depuis le récit du tombeau vide, la détresse de la
mort de Jésus est doublée de l’angoisse de savoir où est son corps ?
Au tombeau : « il n’est pas ici » (6). Et parmi les Onze, à
Jérusalem, s’il est là « au milieu d’eux » (36), est-il vraiment
là ? Est-il toujours le même ?
« Voyez… Regardez…» Ce verbe voir, est le même
pour les disciples assistant à la transfiguration de Jésus (9,31) ; il est
le même lorsque Zacharie à la vision d’un ange dans le Temple (1,22). Ainsi Voir ce n’est pas seulement observer avec ses yeux … il y une dimension
spirituelle que les lunettes de la foi peuvent nous donner à voir.
Voir le Christ vivant nous ouvre aux autres vivants, pour les voir au-delà des apparences.
Voir le Christ vivant c’est aussi voir clair en soi et nous dégager de nos illusions : «Touchez-moi, regardez… un esprit (une illusion) n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai » (Jn 20,39).
Voir le Christ vivant, c’est aussi voir vrai en l’autre, et vivre une amitié partagée dans la joie.
Le Christ vivant donne de la consistance à nos désirs, à la perception de nous-même, à la
communion que nous avons avec nos semblables.
Il y a dans cette audace d’une foi qui contemple le
Christ ressuscité, je le crois, une fécondité nouvelle à découvrir en nous et
autour de nous : « La
paix soit avec vous : »
Avoir foi en Lui,
sans l’avoir vu. Vivre cette béatitude que Jésus annonçait à Thomas, et en être
témoin. Mais avec quelles chaussures ? avec ces
chaussures de marche, j’ai voulu présenter une image pratique : celle des
paroles que Jésus a dites. Leur accomplissement dans les Ecritures. (44)
(Montrer les chaussures de marche). Ce sont de bonne chaussures, solides et sûres,
faites pour tous les terrains, exigeants ou plus aisés… Solides et sûres, comme
était, solide et sûre, la réalité du corps ressuscité de Jésus.
Ce sont de
bonnes chaussures, réconfortantes et chaudes, comme l’étaient les paroles du
Christ, cheminant avec les disciples à Emmaüs, et leur expliquant les
Ecritures. Ces chaussures sont porteuses d’une bonne nouvelle : « La paix soit avec
vous. »
Et si vous pratiquez la randonnée, vous savez
combien il est important d’être bien équipé, mais il nous faut encore un bon
état d’esprit… et pour marcher avec les Ecritures, le Saint-Esprit ! Un souffle de Dieu pour en avoir en soi et marcher
avec persévérance, au jour le jour… bon an, mal an !
Comment les Ecritures nous accompagne-t-elles dans
le quotidien ? Quelle inspiration, quel courage, quelle patience, nous
apportent-elles ? Et ma question n’est pas forcément si nous lisons la
Bible tous les jours, mais comment sa chaleur illumine notre être intérieure…
André Dumas l’écrivait dans une prière :
« Donne-nous d’accompagner avec (Ta parole) les moments si divers de nos vies, comme le
pain accompagne les plats si variés de nos tables. (…) Ta parole est le vrai
pain descendu du ciel pour la nourriture des hommes. »
Et pour conclure, une paire de chaussures de danse… Moins rugueuses, plus souples, ces chaussures m’ont inspiré la danse joyeuse et apaisante de la présence du Christ aujourd’hui, dans nos vies : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité » (34) me donne envie de danser !
Personnellement, la danse me remplit de joie… elle est pour moi un espace intérieur de grâce et d’épanouissement intérieur, une expression sensible de mon âme dans un langage corporelle.
Bien sûr, cela ne vous oblige pas de danser… mais j’aimerais que
cette image, peut-être audacieuse, nous rappelle quelque chose de la finesse et
de l’élégance de la présence du ressuscité en nous : « C’est bien vrai !
Le Seigneur est ressuscité. »
La joie de Pâques, la danse joyeuse de la présence
du Ressuscité, va se poursuivre au-delà de ces dimanches. Et de cette joie sans
voir, de cette danse de l’Esprit Saint en nous, Pierre en a été le témoin aussi,
avec ces mots : « Lui que vous aimez sans l’avoir
vu, en qui vous croyez sans le voir encore ; aussi tressaillez-vous d’une
joie ineffable et glorieuse. » (1 P 1,8).
vendredi 23 octobre 2026
"J'étais... en prison, et vous êtes venus à moi"
Dans le cadre de la promotion de mon livre, j'ai proposé aux paroisses de ma région de m'accueillir pour un culte dédié au service des aumôneries de prisons. Une manière de présenter à la fois mon engagement et mon livre, d'ouvrir une petite fenêtre sur une réalité mal connue. Une occasion de faire poindre pour le public ces "Lueurs au creux de l'ombre" que j'ai cherchées et partagées avec ces hommes et ses femmes en mal de liberté.
Voici la prédication, inspirée par les textes bibliques d'Esaïe 61, les versets 1 et 2; de la lettre aux Hébreux, chapitre 13, les versets 1 à 6, et enfin dans l'Evangile selon Matthieu, le chapitre 25, les versets 31 à 40.
Que l’amour fraternel demeure…
Cette injonction de la lettre aux Hébreux a toute sa valeur et son sens. Je
l’ai dit au début de ce culte : dans le Nouveau Testament, la prison c’est un
lieu qui sanctionne les témoins de la foi au Christ, dont le plus
« fameux », si l’on peut dire, est l’apôtre Paul. Combien de séjours
dans les geôles romaines, combien de billets ou de lettres envoyées de
prison ? A tel point qu’ils se considérait lui-même, dans la lettre aux
Ephésiens, comme « le prisonnier du
Christ » (Ep 3,1)
L’amour fraternel, dans la lettre aux Hébreux, c’est
se souvenir, c’est ne pas perdre le lien qui lie la communauté aux frères et
sœurs emprisonnés, c’est ne pas abandonner ceux qui souffre en prison.
Parce que l’on souffre en prison. La prison n’est
pas – et encore moins à cette époque – l’hôtel 4 étoiles dans lequel les gens
parfois imagine le quotidien des personnes détenues.
Je l’ai dit et écrit : « … même si une
personne détenue vit dans des conditions convenables (cellule, repas,
occupation, projet d’avenir, etc.), il lui restera toujours cette peine d’être
privé de liberté. Pas besoin d’ajouter des vexations, du mépris ou tout autre «
complément d’inhumanité » à sa situation. La peine privative de liberté suffit
amplement à répondre à la demande de la société de voir une infraction à la loi
sanctionnée. »
Autrement dit, si la sanction peut être méritée,
faut-il que nous renoncions à toute forme d’empathie envers eux ? La
lettre aux Hébreux le signifie ainsi : comme
si vous étiez prisonniers avec eux (3).
Cependant, la prison est un lieu fermé qui ne se
laisse pas montrer à qui veux. Pour cela, il faut le courage de s’y rendre, et
l’humilité de rencontrer les personnes détenues comme celles et ceux qui y
travaillent. Ce fut mon cas, et les leçons de ces années, je les partage dans
mon livre.
Mais il y a encore, dans cette lettre, une autre
manière de s’identifier qui m’a tout d’abord surpris : …puisque vous aussi, vous avez un corps (3).
Pourquoi cette précision ? Peut-être parce que c’est le corps qui porte
les douleurs de l’enfermement, de la répression, de l’injustice. Peut-être
parce que nos corps nous rappellent à la fois ce qui nous unis et nous
séparent : ils sont en prison et nous pas… C’est difficile à imaginer, je
l’ai dit, mais on peut essayer :
Si notre corps est le compagnon de nos mouvements,
libres et choisis la plupart du temps, peut-être aurons-nous une idée de notre
angoisse s’il est entravé ? Si notre corps porte nos émotions et
l’intention de nous joindre à autrui pour se voir et se parler… Peut-être
aurons-nous une idée notre blessure si nous sommes privés de ces
affections ?
Je l’ai observé et écrit : La peine de
prison pèse, oppresse, obsède, (…) En les côtoyant au jour le jour, j’ai pensé
à un mot qui qualifierait le ressenti de la privation de liberté, et ce mot a
été celui d’âpreté. La personne détenue ne vit pas forcément dans un désespoir
constant ni dans un confort douillet. Mais il y a un petit goût amer à tout ce
que vous vivez. Et le dictionnaire français le précise bien : l’âpreté est une
sensation pénible, désagréable ; elle a sa dureté et son amertume. »
« J’étais … ; en prison, et vous
êtes venus à moi. » En introduction de ce culte, j’ai indiqué que pour parler des personnes détenues que j’ai
rencontré, il fallait écouter un autre mot de l’Evangile, celui de
« miséricorde ».
Dans le texte de Matthieu que nous lisons, il semble
que notre vie est appréciée – pour ne pas dire jugée… à la mesure des dons de
miséricordes que nous adressons à celles et ceux qui sont en souffrance, en
détresse, isolés, abandonnés… en deux mots : la miséricorde, c’est la
corde dans la misère. Et toute la question de ce texte est : l’avons-nous
tendu ou pas ?
Des actes de miséricordes qui font la différence,
qui justifient, lors du jugement dernier, qui les a accomplis? Cela pourrait
bousculer notre conviction d’un salut par la foi seule ? Mais ce
qui devrait nous rassurer sur ce point, c’est l’ignorance qu’il ont de les
avoir accomplis ! C’est une manière de revenir à la grâce. Leur ignorance
n’est pas une distraction, mais le fait d’une action libre de toute attente.
Elle n’a pas de mérite : elle s’accomplit dans la simplicité et la
générosité, et parfois le courage…
Et s’il n’y a pas de « méritants » parmi ceux
qui exerce la miséricorde, il n’y en a pas non plus parmi ceux qui la
reçoivent. Le Fils de l’Homme s’identifie à toute personne qui est dans la
précarité et l’humiliation. Je le rappelais tout à l’heure : Jésus ne
fermait pas son cœur à qui venait à lui, quel qu’il soit !
L’aumônier des prisons que j’ai été l’a écrit
ainsi : « Je me souviens d’agents de détention s’étonnant qu’un de
leurs « protégés » vienne à l’aumônerie. Soit du fait de sa non-appartenance à
la religion chrétienne ou son désintérêt pour le fait religieux. Ou encore
parce que son comportement n’était pas précisément celui d’un « enfant de
chœur. » Mais je le dis clairement ici : notre accueil n’était pas un
certificat de bonne conduite… »
Et
faut-il rappeler ici les mots de Jésus dans ce même Evangile selon Matthieu,
lorsqu’il nous appelle à aimer qui n’est pas aimable, à prier pour qui n’est pas
aimant… afin, précise-t-il : « …d'être vraiment les fils de votre Père qui est aux
cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber
la pluie sur les justes et les injustes. » (5, 45) Notre Père qui est aux cieux
ne ferme pas les yeux sur le mal, mais il ne ferme pas le ciel pour que vive le
bien.
J’aimerais conclure sur les mots du
prophète Esaïe, que nous avons lus, et que Jésus a prononcé dans la Synagogue
de Nazareth, dans l’Evangile selon Luc : « Il m’a envoyé porter
joyeux message aux humiliés… proclamer aux captifs l’évasion, aux prisonniers
l’éblouissement. » (1)
Ces mots n’ont cessé de porter mon ministère auprès
des personnes détenues – et sans doute aussi de toute ma vie. Pour un aumônier
de prison, ce mot « d’évasion » peut faire sourire… C’est bien
pourtant de telles ouvertures et de telles clartés que j’ai cherché avec eux. A
leur écoute, j’étais un peu le « roi de l’évasion » - spirituellement
s’entend !
Un extrait encore du livre : « Lors de
chaque entretien, j’écoutais avec empathie les mouvements intérieurs de la
personne détenue, dont certains n’étaient nommés que dans le petit bureau où je
les accueillais. Ces émotions avaient leur importance. Elles étaient les
signaux humains de leur existence. (…) L’estime de soi, l’apaisement, la
réconciliation, le courage, la patience sont des valeurs existentielles que
j’ai cherché à faire naître (ou renaître) en eux. J’étais comme un compagnon de
voyage qui se tenait à leurs côtés, et dont l’écoute, réconfortante, donnait au
récit de leur vie une chaleur bienfaisante. En ce sens, je prenais soin de leur
être émotionnel. »
Cette année d’accueil, je l’ai partagée avec
eux au jour le jour. « Proclamer l'année de la
faveur du SEIGNEUR, le jour de la vengeance de notre Dieu… » (2).
Jésus a choisi, dans sa citation, de s’arrêter avant la seconde partie de la
phrase, plus menaçante… Voulait-il ainsi souligner l’année de la remise des
dettes qu’annonce la Thorah (Dt 15,1) ? Voulait-il faire pleuvoir la
grace et la miséricorde sur les justes et les injustes… Que nous sommes ? Et
si la main du Messie a voulu retenir le jugement pour ouvrir un temps de grâce
et de réconciliation… qui étais-je pour l’en empêcher ?
Mon livre est paru aux Editions Vérone, à Paris. Référence pour le commander (disponible dans toutes les librairie de francophonie): Hachette Livre Distribution - ISBN 979-10-423-1158-2
mercredi 21 octobre 2026
"Ma que bello! Splendido dottore!"
jeudi 15 octobre 2026
Quelle saveur... quelle lumière pour ce monde?
Avez-vous entendu parler de la marche du sel ? Elle est une manifestation historique, conduite par la Mahatma Gandhi, le 12 mars 1930, en vue d’obtenir l'indépendance de l'Inde aux Britanniques.
Cette
marche débuta au nord-ouest du pays, accompagnée de quelques disciples et
journalistes. Après un parcours à pied de près de 400 km, c’est plusieurs
milliers de participants qui arrivent le 6 avril, au bord de l'océan Indien.
Alors,
Gandhi s’avance dans l'eau et recueille dans ses mains un peu de sel. Par ce
geste dérisoire et hautement symbolique, Il encourage ses compatriotes à violer
le monopole d'État sur la distribution du sel qui impose à tous les
consommateurs indiens, y compris les plus pauvres, un impôt sur le sel et leur
interdit d'en récolter eux-mêmes.
Sur la
plage, la foule imite le Mahatma et recueille de l'eau salée dans des
récipients. Leur exemple est suivi partout dans le pays : les Indiens font
évaporer l'eau et collectent le sel au vu des Britanniques. Il y aura plus de
60 000 arrestations ! Le Mahatma lui-même est arrêté et passe
neuf mois en prison.
À la
fin, le vice-roi reconnaît son impuissance à imposer la loi britannique. Cédant
aux injonctions du Mahatma, il libère tous les prisonniers et accorde
aux Indiens le droit de collecter eux-mêmes le sel.
Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de Savigny-Forel. Texte du jour: Evangile selon Matthieu, chapitre 5, les versets 13 à 16.
« Vous êtes
le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde… » Deux
affirmations fortes de Jésus et qui nous interpelle avec vigueur. Et comment ne
pas voir dans la marche du sel de Gandhi, et son résultat déterminant pour la
vie du peuple indien, un exemple saisissant de cette parole du Christ !
Dans l’Evangile de Matthieu, Jésus débute son ministère par le fameux Sermon
sur la montagne ! Il énonce des paroles d’autorité pour que la vie
quotidienne et spirituelle de ceux qui l’écoutent honorent Dieu ! Son
discours s’ouvre par les Béatitudes qui annoncent un bonheur
paradoxal, qui peut se vivre dans l’épreuve et le manque, avec la force de de
la confiance et de l’humilité.
C’est alors que Jésus nous désignent comme sel de la terre et
lumière du monde. Nous sommes comme défiés à donner
de la saveur à l’existence de nos contemporains (rappelez-vous la marche du
sel…) Par nos actions – que Jésus dit bonnes – nous sommes appelés
à devenir des signes visibles pour nos contemporains. Jésus ajoute qu’ils
pourront ainsi saluer ces bienfaits, mais non pour louer ceux qui les
accomplissent, mais notre Père céleste qui est dans les cieux !
« Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde… » Littéralement : c’est vous qui êtes – alors que vous m’écoutez – c’est vous qui êtes les porteurs et les ouvriers de ce Règne d’amour et de justice que je viens inaugurer !
Mais être est ici plus que faire. Être
sel et lumière, c’est tout d’abord l’accueil en nous de la présence du
Christ. Il est nécessaire que le Christ soit premièrement en nous sel et
lumière… pour que nous puissions l’être à notre tour !
Mais à quoi sert le sel dans l’Antiquité ? Il assaisonne les plats,
bien sûr… mais il conserve également la nourriture. Il peut être la marque d’un
contrat : on parle ainsi d’une alliance de sel (Nb 18,19).
Ce sel et cette lumière nous appellent à prendre nos responsabilités en
tant que disciples du Christ : devenir des personnes significatives pour
nos proches, fiables dans nos engagements, travaillant à la préservation du
sens de la vie dans ce monde !
Mais apparemment, il serait possible que le sel perde sa saveur… que la
lumière soit retenue dans l’ombre ! J’ai lu que seul un sel de médiocre
qualité – recueilli au bord de la mer morte – pouvait perdre ainsi sa saveur…
Ce qui nous ramène à ce que nous disions plus haut : notre sel, le
recueillons-nous dans le Christ, ou au bord d’un lieu sans vie… ?
« Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde… » On peut rappeler que la lumière est une image qui dit la présence de Dieu. … Et si Dieu est lumière, il a pris cette décision aussi étonnante que magnifique : faire de nous les porteurs de celle-ci !
Antoine Nouis écrivait : « Il n’y a sans doute rien de plus orgueilleux que de vouloir être la lumière du monde, mais il n’y a rien de plus apaisant que d’entendre qu’en le vivant avec humilité, cette lumière brillera, même dans les ténèbres de ce monde »
Un proverbe chinois affirme : « Mieux allumer une bougie que de maudire l’obscurité. » Quelle que soit l’adversité, le disciple n’a pas besoin de forces particulières, il lui suffit – comme sur l’illustration de votre feuillet – de désigner la grâce de la présence du Christ… de l’accueillir et en faire don au monde !
mardi 13 octobre 2026
Eloge de la rencontre...
Au cœur de mon service comme aumônier (que ce soit dans les prisons ou les hôpitaux), la visite. Et au cœur de la visite, la rencontre.
La rencontre: une promesse et un risque, un don et un abandon, une joie...
Cela m'a inspiré un petit texte que je vous partage ici:
La vie que je cherche à rencontrer a un souffle qui réchauffe mon âme, et la brûle un peu, parfois.
Mutine, elle joue souvent à se parer d'apparences ou d'un peu de mystère, comme pour cacher un trésor, comme pour me dire :
"Me désires-tu vraiment?
À quel "non" renonceras-tu pour m'approcher?
De quel "oui" te vêtiras-tu pour me séduire?"
Ayant appris à reconnaître mon dénuement d'homme de peu de foi, je lui réponds que je n'ai pas de grandes richesses, mais que je suis là, à son écoute.
Et que je désire apprendre...
Alors, sa réponse me donne espoir: "Bien, tu apprends vite, reste un peu près de moi."
"Toute vie véritable est rencontre" (Martin Buber)
samedi 10 octobre 2026
Et vous accomplirez ainsi la loi du Christ (La prière de Jésus)...
En désignant l’illustration proposée sur un feuillet à l’assemblée – Votre illustration sur le blog) :
« Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue… » (1). Sur le seuil de sa Passion, Jésus prie. Les Evangiles présentent Jésus en prière, « dans la montagne, à l’écart », mais ne disent rien du contenu de sa prière (Mt 14,23 ; // Mc 6,46). Il faudra une demande des disciples à être enseigné à prier, pour que Jésus y réponde avec le Notre Père (Lc 11,2-4).
Les mots de Jésus en prière, nous les entendons encore dans le jardin de Gethsémané (Mt 26,39), la plus courte sans doute, dans une supplication de quelques mots. Et ici, la plus développée, dans le chapitre 17 de l’Evangile selon Jean, qu’elle occupe entièrement.
Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de Bourg-en-Lavaux. Texte du jour: La prière de Jésus en Jean 17.
Cette prière d’adieu (comme on a pu la nommer) conclut les derniers entretiens de Jésus avec ses disciples (13 – 17). Des entretiens dans lesquels Jésus se révèle de manière plus intime qu’en public : « Je ne vous appelle plus serviteurs, (leur dira-t-il)… Je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » (15,15).
Mais n’est-ce qu’une prière d’adieu ? Dans la peinture d’Arcabas sur votre feuillet, je vois Jésus, les yeux fermés. Rassemblé à l’intérieur de son être, il parle à son Père. La douceur de son visage ne doit pas faire oublier sa détermination à prendre soin de ses disciples.
Mais encore, Jésus, derrière ses yeux clos, contemple aussi son avenir, dans la communauté des croyants qui viendront après lui – et dont nous faisons partie aujourd’hui. Ces yeux fermés et se mains levées de Jésus en prière ouvre les nôtres sur les intentions et les précautions qu’il a adressé au Père et qui sont nécessaires à notre vie de foi, aujourd’hui encore.
Jésus nous offre ici, au plus profond de son être, pour notre génération, une prière de confiance, d’amour et d’unité.
Dans l’extrait que nous lisons ce matin, les expressions « je ne suis plus dans le monde », « j’étais avec eux », « je vais à toi » disent clairement que l’avenir des disciples dans le monde se fera sans sa présence, telle que ses disciples ont connu. Et le monde qui les attend promet de ne pas être tendre avec eux (14-15)… Et d’ailleurs, l’est-il avec nous ?
Par ses mains ouvertes, confiantes autant que suppliantes, face à l’hostilité du monde, Jésus demande à Dieu de nous en garder. Mais cette protection ne sera pas celle du confort douillet ni de la facilité.
Elle sera celle de l’assurance de ne pas périr par le Mauvais… Et pas la peine de chercher le diable pour savoir de quoi l’on parle. L’actualité de notre monde ne nous donne-t-elle pas des exemples, aussi nombreux que douloureux, de ce qui pourrait nous détruire physiquement !
Notre paix, notre confiance, elle, vient que cette protection a sa source dans notre appartenance au Christ : elle n’empêche pas la difficulté ou la détresse, mais elle suscite notre courage comme notre consolation par cette réalité : nous sommes pas du monde, mais de son univers à lui, de son Royaume à lui !
Alors protégés – oui, certes – mais pas « chouchouté » pour autant ! Si Jésus est Fils, il n’est pas un fils à papa – et nous non plus ! Comme le Christ a été exposé à l’hostilité du monde, nous le sommes aussi (15). Un disciple n’est pas plus grand que son maître… mais la protection du disciple n’est pas moindre que celle du maître ! « En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde. » (Jn16,33)
La conclusion de notre extrait parle d’un envoi des disciples dans le monde soutenu par la consécration du Christ. Ainsi, la consécration précéderait-elle la mission ? Pas nécessairement… "Suis-moi. Il se leva et le suivi." (Mt 9,9). Faut-il rappeler que ces mots s'adressaient à un collecteur d'impôts - à la solde des Romains?
Mais tout de même, pour reprendre des mots de cet Evangile, Jésus envoie en mission des disciples et non des mercenaires. L’authenticité de notre consécration ne fait-elle pas celle de notre témoignage ? Si nous ne sommes pas à l’origine de notre mission, ne sommes-nous pas responsables de sa réalisation ?
Et pour la réaliser, quelle est notre ressource ? Ce visage paisible du Christ, peint par Arcabas, me donne à voir la source de la consécration du Christ : sa confiance en son Père.
C’est ainsi que la consécration de Jésus est la source de la nôtre. Et où la trouver mieux que dans sa Parole? La Parole du Christ, ce ne sont pas que des mots… mais des gestes, des attitudes, des attentions portées à autrui. Bref, la parole du Christ, dans les Evangiles, cela ressemble à des rencontres dans la vérité.
Et si cette parole est dite vérité, elle n’est pas pour autant un enfermement dans la peur, un esclavage d’exigences inatteignables, de contraintes sans fin ! « Vous connaitrez la vérité, et la vérité fera de vous des êtres libres. » (8,32). Une vérité simple, étonnante et intense, comme les traits et couleurs de ce tableau.
« Vérité ? » J’entends poindre la question : « Qu’est-ce que la vérité ? » (18,38) Vous vous souvenez, je pense, que Jésus ne donnera aucune réponse à cette question du gouverneur Ponce Pilate ?... Et pourtant, la vérité, elle se tenait justement en face de lui !
« Et pour eux, je me consacre moi-même. » (19). Ces mots de Jésus semblent sortis de cette représentation du Christ. Quelle joie – et non quelle crainte – se donne à nous dans les mots de Jésus ! Jésus, le Christ, inspirant notre vie, fécondant nos pensées, soutenant nos actes… pour nous rendre non pas esclaves, mais libres !
Libres d’entreprendre, de chercher, de se tromper… Libres parce que la loi de Dieu est « au fond de nous-mêmes », selon la promesse de Jérémie, dans notre être profond ! La promesse réalisée en Christ d’une alliance de vérité selon le cœur de Dieu !
Libres de servir et d’aimer notre prochain, comme nous l’y invite la première épitre de Jean : rendre l’amour de Dieu « visible » dans notre amour concret pour autrui.
Et une fois encore, à l’image du Christ, cet amour ne sera pas fait que des mots, mais des actions, aussi généreuses que coûteuses, aussi déraisonnables, parfois, que nécessaires !
« Mes enfants, (dit encore Jean dans sa lettre)… n’aimons pas seulement en paroles, avec de beaux discours ; faisons preuve d’un véritable amour qui se manifeste par des actes. » (1 Jn 3,18). Et l’apôtre Paul conclura : « … vous accomplirez ainsi la loi du Christ. » (Ga 6 ,2)
mercredi 7 octobre 2026
"Se dire tel que l’on est"... Un extrait de mon livre sur l'aumônerie de prison.
Je vous transcris
ici un extrait de mon livre « Lueurs au creux de l’ombre », paru aux
Editions Vérone :
Chapitre 2 : Se dire tel que l’on est
Un
mot reviendra souvent au cours de ce livre : l’entretien. Un entretien pour
être accueilli, en confiance. Un entretien pour parler, bien sûr, mais surtout
être écouté. Être écouté pour aller au plus près de ce que l’on vit. Et arriver
à se dire tel que l’on est.
—
Quand nous imaginons tes rencontres avec les personnes détenues, on se demande
de quoi vous pouviez bien parler ?
—
Cette question m’a souvent été posée et j’y réponds tout de suite. Je pense à
Hannah*[1],
rencontrée immédiatement après son arrestation. Séparée du jour au lendemain de
ses enfants parce que soupçonnée de trafic de stupéfiants, délit qu’elle dit
avoir commis à son insu. On pourrait facilement se débarrasser de sa détresse
en disant que c’est bien fait pour elle, qu’elle aurait dû savoir que cela
pouvait finir ainsi… Sans doute, mais pour ma part, j’ai choisi d’aborder ces
personnes et leurs situations par le biais de la seule responsabilité plutôt
que la culpabilité. Je n’y ai jamais ajouté de vexations. Cela avait l’avantage
de rester dans un lien authentique d’humanité avec la personne, sans
réprobation excessive ni excuses faciles. J’ai toujours été franc avec ces
personnes, jamais ironique ou blessant !
D’autant
plus que des situations comme celles-ci peuvent être très complexes. Combien de
femmes ou d’hommes se sont fait piéger par l’offre de convoyer des produits
stupéfiants sous couvert de « médecine traditionnelle » ? Allez donc ensuite
expliquer cela à un procureur ? Alors qu’elle est là, devant moi, pour un
premier entretien, c’est comme si un couvercle d’émotions explosait d’un coup
et, dans ses larmes, se déverse enfin la prise de conscience des risques
encourus… et de sa crédulité ! Pendant les jours qui suivront, chaque entretien
commencera par le cri de douleur de cette mère pour retrouver au plus vite ses
enfants. Certes, ils ont été confiés à une personne proche, mais cela suffit-il
à consoler une maman ? Il faudra quelques semaines pour que cette eau amère se
tarisse et que la perspective de reprendre contact avec ses enfants (par
téléphone au moins) puisse être envisagée et l’apaise, enfin.
— Tous tes entretiens étaient-ils aussi intenses émotionnellement ? — Pas forcément. Chaque entretien avait son rythme, sa profondeur, son aisance ou sa difficulté. Lors d’un premier entretien avec une personne incarcérée, j’observais des réactions très diverses, allant de la résignation à l’incompréhension. J’entendais parfois l’aveu d’une ignorance de la « case prison » qu’elle avait cherché à entretenir, sciemment ou non. Mais l’arrestation l’avait ramenée brutalement à la réalité. La peur de la prison n’avait pas joué son rôle préventif, tant elle était convaincue qu’elle ne se ferait pas prendre… Mais il y a également des situations dont j’ai appris à connaître la complexité, en particulier lorsque ce n’était pas la première fois que la personne était en prison. On parle alors de récidive, ce qui est régulièrement débattu entre professionnels du monde pénitentiaire et pénal, et parfois aussi dans les médias. N’avoir rien appris, c’est l’impression qu’une personne en récidive pourrait donner, mais la question n’est pas si simple. J’ai assisté à des retours en prison quasi programmés, parce que rien des conditions d’existence de la personne n’avait été réglé. Ainsi, je voyais ces « récidivistes » ricocher de leur « prison du dehors » à la prison du dedans. Ils erraient de l’illégalité à la sanction pour repartir ensuite dans leur quotidien, libres mais pas libérés, et donc condamnés à y revenir ! Est-ce vraiment la prison qui ne sert à rien ? Il y a celles et ceux qui font DE la prison, mais qui FAIT la prison ? Mon expérience m’a fait prendre conscience que les conditions de détention, comme les perspectives de réhabilitation, sont le fruit de décisions politiques. Et en Suisse, ne sont-ils pas nos élus ? Les conditions de vie en prison pourraient bien être le résultat de nos choix – ou de nos abstentions. Et cela aura de nombreuses conséquences pour l’avenir des personnes détenues. Mais dans leur avenir, j’en suis convaincu, il y a aussi le nôtre ! S’il faut admettre que toutes les personnes détenues ne saisissent pas les perches qui leur sont tendues, il ne faut pas oublier certaines situations qui gâchent tout espoir de solution, tant le désordre entre leur situation personnelle et la légalité n’est qu’un enchevêtrement d’obstacles !
[1] Tous
les prénoms suivis d’un astérisque sont des noms d’emprunt.
Vous retrouverez ce passage et d'autres rencontres avec les personnes détenues, ainsi que des réflexions sur la pratique de l'écoute et de l'accompagnement spirituel dans les prisons. Le livre est disponible dans les libraires de toute la francophonie.
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lundi 5 octobre 2026
"En esprit et en vérité" ?...
Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de Lavaux, en Suisse. Texte du jour: Evangile selon Jean, chapitre 4, les versets 5 à 26: le fameux épisode de la femme Samaritaine.
Nous sommes en plein midi, c’est l’heure la plus chaude du jour, une heure où l’on cherche à se tenir à l’ombre pour un peu de fraîcheur, plutôt qu’en plein soleil !
Et on peut dire qu’il y avait du beau monde autour de ce puits… A commencer par Jésus bien sûr mais, pour les besoins de la narration, il n’est pour l’instant qu’un juif, exténué, assis au bord du puits (6)
Avec lui, est encore présent, dans la mémoire, Jacob le patriarche, car le sol où se trouve ce puits qui porte son nom, il l’a acquis pour cent pièces d’argent aux fils d’Hamor, à son retour sain et sauf de sa fuite devant Laban. Et le texte de la Genèse note que Jacob y érigea même un autel qu’il nomma « El, Dieu d’Israël » (Gn 33,18-20)
Notre passage d’Evangile précise à son tour que, sur cette terre, les os de Joseph y reposent. Joseph l’a reçu en héritage de son père Jacob, comme une part de choix (Jn 4 7-9, cf. Gn 48,21-22). Des ossements de Joseph qui furent ramenés d’Egypte lors de la libération de l’exode sous la conduite de Moïse…
Jacob, Joseph, Moïse… Autant de mémoires prestigieuses qui habitent ce lieu. Autant de valeurs spirituelles, héritées de l’histoire et de la foi d’Israël, désormais dans une terre étrangère, parmi un peuple méprisé…
Bien sûr, les tourments de l’histoire ont attribué cette terre aux Samaritains dans les circonstances tragiques de l’exil. Bien sûr, leur vie et leur choix, les ont éloignés de la foi et du Temple d’Israël, mais les mépriser fut sans doute la plus mauvaise réponse à leur adresser ?
Le thème du culte de ce matin, nous appel à renoncer au mépris dans notre dialogue avec d’autres religions, à entendre les valeurs qui s’y vivent, là où nous pensions qu’il ne pouvait en avoir. Nous sommes exhortés d’accueillir le fait que des croyant qui ne vive pas leur foi comme nous pourraient bien nous apporter quelque chose de cette eau de Dieu dont nous parlions tout à l’heure.
Une source jaillissante au fond d’un puits profond… C’est le moment de revenir au bord de ce puits pour écouter le messie d’Israël rencontrer une femme méprisée justement, non seulement à cause de sa foi, mais encore par la conduite de son existence. Jésus s’est assis au bord de ce puits, comme pour s’assoir auprès de la vie d’une personne. Avec elle, à son écoute, ils vont « creuser leur puits ».
« Donne-moi à boire… » (7) Une demande qui peut surprendre. Le verbe de Dieu, le Logos (Jn 1,1), non seulement est fatigué, mais il a soif, et il ne peut y satisfaire lui-même… C’est une intention de cet Evangile de ne pas ignorer l’humanité du Christ, car le « Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (1,14). Mais il ne s’agissait pas pour lui de venir parader parmi nous et nous éblouir de son origine… Sa présence vient nous révéler l’amour du Père et dire sa solidarité avec la valeur de notre humanité. Christian de Chergé, encore lui, l’a dit en quelques mots, admirables : « Et le Verbe s’est fait frère. »
Dans le proche Orient d’alors, l’eau est un bien très précieux. Mais l’est-elle moins aujourd’hui pour nous ? On peut vivre 30 jours sans manger… Mais pas plus de 3 jours sans boire ! Alors, peut-être pourrions-nous ce matin envisager qu’il y a quelque chose de vital pour notre propre foi à goûter à la foi d’autrui ?
Mais Jésus poursuit : « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive. » (10)
Dans notre Evangile, Jésus ne parle pas d’une eau courante, comme nous en avons aujourd’hui dans nos foyers, il parle du don de l’Esprit (cf. 7,38-39). Il rappelle et accomplit la promesse que nous lisions tout à l’heure dans Es 44,3 : Car je répandrai des eaux sur l'assoiffé, des ruissellements sur la desséchée ; je répandrai mon Esprit sur ta descendance, ma bénédiction sur tes rejetons. L’Esprit Saint est le véritable sujet de l’eau que Jésus promet !
« Il n’y a pas de terre sainte, écrivait Jean-Yves Leloup, c’est la manière que nous avons de marcher sur cette terre qui la rend sainte » La vraie manière de croire à fait couler beaucoup d’encre vaine et parfois, à notre honte, beaucoup de sang !
Adorer le Père en Esprit et en vérité n’est pas le fait de l’esprit humain qui ne produit en général qu’exclusions, banalités ou interdits, avec son vocabulaire grecque de pacotille : Yfô, Yfôpà ; Yaka, Yakapa, Yavèkapà…. Etc. !
Si … Dieu est esprit ... et qu’il faille l’adorer… En esprit et en vérité. » (24), alors, profitons pleinement de cette heure qui vient et qui est là : goûtons constamment à l’eau de Dieu que le Christ nous offre généreusement, laissons sa source jaillissante nous emporter vers des terres est des rencontres inattendues.
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