(En introduction du culte) Quel renversement des rôles !
Ces mots sont du prophète Esaïe, dans un chapitre que nous lirons tout à l’heure. Ils portent déjà des questions qui sont encore et toujours les nôtre.
Les manipulations
– les magouilles – et l’arrogance des puissants rentreront-elles impunies ?
Suffit-il d’être haut-placé pour échapper à la justice des hommes ? Et qu’en
pense le Très-Haut placé ?
Le créé peut-il
prendre la place du créateur ? Qui est sage aux yeux de Dieu ? Qui
est intelligent au point de le connaître vraiment ?
Qui inversera les
rôles pour rétablir le droit, la justice, la vérité ?
Qui inversera les
ténèbres pour la lumière, la haine pour l’amour, l’orgueil pour
l’humilité ?
James Matthew
Barrie, écrivain et dramaturge écossais, célèbre pour avoir créé le
personnage de Peter Pan, a écrit : « La vie est une
longue leçon d’humilité »
L’apprendrons-nous
à nos dépends ou en pleine conscience ? Un peu des deux sans doute.
Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de St-Saphorin. les texte du jour: Esaïe 29; Romains 8 et Matthieu 11, 25 à 30.
Quel renversement des rôles !
Ce sont
les mots d’Esaïe que nous avons lus à l’instant. Pour lui, ce renversement douteux
est celui de la créature discutant de la qualité de l’œuvre du Créateur : « Le vase dira-t-il au potier :
Il n’y comprend rien ! »
D’où cette exclamation, équivalente à un « On n’a jamais vus ça :
quelle drôle d’idée ! »
Pour Jésus, ce renversement est autre, il est celui de
nous inviter à son école d’humilité et de douceur pour y trouver le repos de
notre âme.
Une tout autre école, un tout autre « On n’a
jamais vu ça ! », offert par
un Maître « doux et
humble de cœur »,
un tout autre enseignement qui n’écrase ni ne tourmente ses élèves, mais les
rends libres et féconds.
Jésus
fait table rase de l’épuisant catalogue des obligations et sanctions qui
pouvaient accabler les être et la pensée des juifs fidèles de cette époque.
L’école
de Jésus nous inviter à l’accueillir, lui, au cœur de notre être… comme un ami
qui aime sans complaisance, mais qui aime inconditionnellement. Le livre des
Proverbes l’écrit : « L'ami
aime en tout temps, Et dans le malheur il se montre un frère. » (Proverbes 17,17) et j'ajouterais: un frère et non un juge !
Jésus
ne souhaite pas nous dégager de toute obligation morale. Le fameux sermon sur
la montagne – qui a précédé – le laisse entendre clairement, Mais l’exigence ne menace plus, elle n’étouffe
plus l’évidence de notre être : elle accueille notre âme dans son moment au
nom de la miséricorde et non des sacrifices !
En réalité, l’intelligence spirituelle qui reconnaît
le Christ porte un autre nom : celui de miséricorde. Je l’ai dit ailleurs,
la miséricorde, c’est la corde dans la misère. La compassion est une sagesse
envers autrui pour le relever et non l’abaisser à cause de ses erreurs, une
intelligence qui patiente envers autrui pour lui accorder le temps de la grâce
du Christ
Quel renversement des rôles !
Dans cet hymne dit « de jubilation », en
Matthieu, Jésus renverse encore la prétention des sages et les intelligents. Mais
qui sont-ils ? Faut-il être sans aucune intelligence pour entrer dans le
Royaume des Cieux ?
Ces sages
et intelligents que Dieu écarte dans sa révélation et que Jésus
dénonce ici, sont des tyrans d’une élite qui prétendrait avoir la main mise sur
la bonne manière d’honorer Dieu : « si tu connais les règles, tu
connais Dieu. »
Une
élite, vraiment ? Faudrait-il ajouter « corrompue » par sa vanité ou
son aveuglement ? On a pu entendre cette intelligence dévoyée dans les
mots d’Esaïe, lorsqu’elle travaille à mettre la bienveillance de Dieu dans
l’ombre, à enfermer la sagesse du Créateur dans les limites de ce qu’il y a de
pire dans notre humanité.
Mais que ce soit en Esaïe comme en Matthieu : à
la manipulation de sa bonté, le Seigneur répond par une transformation :
« Vous voulez surprendre et bien, vous allez être surpris ! » :
En ce jour-là, les
sourds entendront la lecture du livre et, sortant de l'obscurité et des
ténèbres, les yeux des aveugles verront. De plus en plus, les humbles se
réjouiront dans le SEIGNEUR, et les pauvres gens exulteront à cause du Saint
d'Israël (Es 29,18-19)
Ainsi de même en Matthieu : le Fils accompli la
volonté du Père en transformant les nocivités de la religion : désormais,
nous vivrons la loi de Dieu sans peur, sans épuiser notre âme. Nous pourrons
laisser parler l’intelligence de notre cœur, laisser libre cours à la
bienveillance que le Père éveille en nous. Nous allons vivre une foi, un
évangile, une loi, aussi généreuse et vraie, qu’un « paidion » (un
enfant de moins de 7 ans) pourra le comprendre, l’accueillir et le vivre !
Comme Paul après lui dans la lettre aux Corinthiens,
Jésus reconnaît la sagesse et l’autorité du Père qui renverses la
sagesse des sages pour la confier aux tout-petits, voire même aux « insensés » :
Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j'anéantirai
l'intelligence des intelligents. Où est le sage ? Où est le docteur de la
loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas rendue folle la
sagesse du monde ? (1 Co 1,19-20),
Oui aux pauvres, au méprisés, aux
laissés-pour-compte, ainsi qu’ils sont considérés par l’autorité des puissants,
des religieux qui épuisent le cœur humain au lieu de l’apaiser !
Quel
renversement des rôles !
Et pourquoi autant de grâce, tant de liberté, tant de
compassion, tant de faiblesse aux yeux des forts ? Pourquoi cette autorité
qui libère au lieu d’enchaîner ?
Dans la lettre aux Romains que nous avons lue,
l’apôtre Paul jubile à sa manière en annonçant la libération par l’Esprit
Saint !
S’il faut admettre que nous n’avons que les prémices
de l’Esprit, n’avons pas déjà « tout avec le Christ » comme
il le dira quelques lignes plus loin dans ce même chapitre ?
Et il y a plus encore, « en
attendant »… Nous ne vivrons plus jamais une religion d’esclaves
apeurés, de penseurs égarés, de dominateurs aigris. La lettre aux Galates nous
ouvre à notre réelle identité : Fils, vous l'êtes bien : Dieu a envoyé dans nos cœurs
l'Esprit de son Fils, qui crie : Abba — Père ! Tu n'es donc plus esclave,
mais fils et filles ; et, comme tels, tu hérites de tout ce qui est du Père:
c'est l'oeuvre de Dieu. (Galates 4,6-7)
C’est parce que nous sommes des fils et des filles de « notre Père qui est dans les Cieux » que nous pratiquons une religion de grâce et de compassion qui est « l’œuvre de Dieu ».
La Vie, de Marc Chagall







.jpg)