lundi 16 février 2026

"Lueurs au creux de l'ombre": le Notre Père du prisonnier (6 - Donne-nous aujourd'hui le pain dont nous avons besoin...)

Dans le sillage de la récente parution de mon livre : "Lueurs au creux de l'ombre" qui revient sur mon expérience d'aumônier dans les prisons à Genève, pendant dix ans, je republie ici  les courtes prédications, sur chacune des paroles du Notre Père, dans l’Évangile selon Matthieu (6, 9-13) et que j'ai partagées avec les détenus des prisons à Genève.

Pour ceux qui l’ignorerait, les conditions de l'organisation des célébrations dans les prisons limitent la durée de leur déroulement. Et je n'ai que 5 minutes (avec sa traduction anglaise) pour partager une prédication avec les détenus.

Le titre de ces articles me vient d'une prière du Frère Dominicain Philippe Maillard: Le Notre Père du prisonnier (ou la prière des sans voix). Aujourd'hui décédé, il fut très engagé auprès des personnes en situation de précarité.

Il a laissé une magnifique paraphrase du Notre Père que j'ai également publié dans un article précédent. 

Mais pour le moment...   

 

"Notre Père ..., 

donne-nous  aujourd'hui le pain dont nous avons besoin" (11)

Nous écoutons quelques mesures d’un chant très populaire. (Notre musicien jours quelques accords de We shall overcome…) Le reconnaissez-vous ?

We Shall Overcome est une chanson de protestation, mais qui est d’abord un chant Gospel. Elle était chantée, comme hymne, lors des marches du Mouvement des droits civiques aux États-Unis, dans les années soixante.

Maintenant, vous vous demandez peut-être : mais qui y a-t-il de commun entre ce chant et la demande du Notre Père que nous lisons aujourd’hui ?

Tout d’abord, la demande à Dieu du pain dont nous avons besoin, n’est pas un cri désespérée, mais une demande lucide et confiante, malgré les manques, les difficultés, les doutes…

Cette demande du Notre Père rejoint ainsi ce chant qui dit aussi sa confiance et sa détermination à poursuivre sa lutte, malgré les circonstances difficiles.

Comme ce chant proteste contre l’injustice, la demande à Dieu nous engage envers notre prochain. Ce chant dit l’assurance d’une issue victorieuse, mais il l’exprime sans violence… et cette demande à Dieu du pain de ce jour se prononce avec la paix du cœur !

Mais de quel pain parlons-nous dans notre prière ? Mais de quelle victoire parle ce chant ?

Cette demande du Notre Père n’est pas une espèce d’assurance tous risques... le pain de Dieu n’est pas automatique : comme si on pouvait le retirer, pour un peu d’argent, dans un appareil…. Le pain de Dieu est un pain de vie pour notre vie réelle !

En nous enseignant une telle prière, Jésus nous invite à demander au jour le jour la nourriture dont nous avons besoin, avec la certitude que Dieu la donnera au jour le jour – comme il a nourri Israël de la manne, au désert, recueillie jour après jour – texte que nous avons lu tout à l’heure.

Mais ce pain qui tombe du ciel sur la faim du peuple est bien plus qu’un exploit… C’est une expression de la grâce de Dieu, qui nous donne chaque jour ce dont nous avons besoin, même lorsque nous demandons mal… ce que le contexte du livre de l’Exode vous indiquera.

Le pain de Dieu ? Philippe Zeissig le décrivait comme « …immense, qui comprend l’espérance, l’amitié, le sens profond de la vie, tout ce qui nous est indispensable pour vivre, c’est-à-dire pour être bien autre chose qu’un tube digestif : un être humain ! »

Ainsi , la question de la nature de ce pain nous conduit à notre attitude lorsque nous le demandons.

Demandez du pain à Dieu ? Certains pères de l’Église ont doutés que Jésus ait pu avoir une demande aussi « triviale », et ils ont pensé que ce pain ne pouvait être que spirituel...

C’est un peu comme si notre chant de tout à l’heure se contentait de proclamer une victoire, sans aucun effet dans le quotidien !

C’est le moment de ne pas fuir la réalité. C’est le moment de rappeler que notre chant était chanté au milieu d’opposants, de dirigeants hostiles, de policiers…

C’est le moment de rappeler que le pain nécessaire à notre vie peut être donné par Dieu, au milieu des difficultés que la condition humaine nous impose…

Ainsi, le courage des militants entonnant ce protest-song n’est pas si éloignée du courage des chrétiens à demandant à Dieu le pain de ce jour.

Et ce courage a sa conséquence : le partager ! Jésus ne dit pas mon pain mais notre pain… Aujourd’hui, des millions d’humains ont faim de pain et notre demande à Dieu du pain de ce jour nous engage à agir, à lutter, à protester, pour que ce pain ne soit pas soustrait de la bouche de chacun et chacune de nos frères et sœurs en humanité !

C’est la cupidité de certains hommes qui font du profit leur pain de ce jour… et non la négligence de Dieu Notre Père qui prive l’humain de son pain nécessaire. Ainsi, dire « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » c’est dire aussi : « Apprends-nous à partager avec mon prochain, le pain de ce jour » !


Photo: Eric Imseng

jeudi 12 février 2026

La vie que tu t'es imaginée?...

Il y a bien des « vivre » a traverser dans notre existence: joyeux, douloureux, paisibles, patients, animés - très animés (si vous avez été parents, par exemple). Des « vivre » à offrir, à consentir, ... et à choisir.

"Il est temps de vivre la vie que tu t'est imaginée."

Cette citation d’Henry James m’accompagne depuis longtemps et elle m’a encouragé à persévérer dans des « vivre » à changer, à transformer, pour passer de la frustration à la création... avec ce brin d’utopie qui précède bien des changements.
 
« La vie que tu t’es imaginée ». Ces passages vers un autre « vivre », j’en ai vécu quelques uns... Jamais facile, comme la pub pour un remède miracle ! 
 
Hésitant et craintif - même incrédule parfois, j'ai fais un premier pas qui semblais me coûter un bras... et puis ça tient, et ça craque, et tu recules, et tu te dis qu'il vaut mieux abandonner. Mais tu reprends, et tu fais deux pas de plus... et encore et encore. 
 
Et puis soudain c’est arrivé! Tu te sens comme après une randonnée en montagne : aussi heureux qu'éreinté... ébloui par le paysage que tu découvres !
 
Et tu découvres le sourire amical de celles et ceux qui, près de toi, ont osé te dire « essaye »... Oui : ce chemin vers ma vie désirée, je pense ne l'avoir jamais atteint seul, même si personne n’a marché à ma place. Encore que parfois... je me rappelle avoir été porté...
 
Alors « vivre la vie que tu t'es imaginée » ce fut pour moi des « ce n'est pas possible » ou des " c'est trop compliqués » qui furent dépassés pourtant. 

J’ai aujourd’hui, ce regard en arrière qui me rappelle que ce "vivre", il m’a fallut autant le conquérir que l’accueillir.


Photo: Eric Imseng

 

lundi 9 février 2026

"Lueurs au creux de l'ombre": le Notre Père du prisonnier (5 - Que ta volonté soit faite...)

Dans le sillage de la récente parution de mon livre : "Lueurs au creux de l'ombre" qui revient sur mon expérience d'aumônier dans les prisons à Genève, pendant dix ans, je republie ici  les courtes prédications, sur chacune des paroles du Notre Père, dans l’Évangile selon Matthieu (6, 9-13) et que j'ai partagées avec les détenus des prisons à Genève.

Pour ceux qui l’ignorerait, les conditions de l'organisation des célébrations dans les prisons limitent la durée de leur déroulement. Et je n'ai que 5 minutes (avec sa traduction anglaise) pour partager une prédication avec les détenus.

Le titre de ces articles me vient d'une prière du Frère Dominicain Philippe Maillard: Le Notre Père du prisonnier (ou la prière des sans voix). Aujourd'hui décédé, il fut très engagé auprès des personnes en situation de précarité.

Il a laissé une magnifique paraphrase du Notre Père que j'ai également publié dans un article précédent. 

Mais pour le moment...   

 

"Notre Père ..., 

que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel." (10) 

 

Un poète français du 20e siècle écrivait… « Notre Père qui êtes aux cieux Restez-y. Et nous, nous resterons sur la terre. Qui est quelquefois si jolie. » Son nom est Jacques Prévert. Il reprend les paroles de la prière de Jésus et les transforme en une demande à Dieu pour qu’il reste dans les cieux.

 

Cette présence de Jésus, nous apprenant la prière du Notre Père, est une réponse tout à fait claire : Notre Père n’est pas resté dans les cieux ! Il a envoyé sa Parole, selon les mots de l’Évangile de Jean : « Celui qui est la Parole est devenu un homme et il a vécu parmi nous, plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14). Le Fils est venu jusqu’à nous. Il a voulu vivre parmi nous.

 

Lorsque nous prions « Que ta volonté soit faite… », nous disons quelque chose de plus essentiel que « nous espérons que ta bonne idée, Ô Père, va bien se passer », nous disons notre confiance en la Parole du Christ, et notre engagement en faveur du Règne de Dieu.

 

« Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel. » Jésus voudrait-il nous rassurer ?

 

Lorsque l’on observe les violences et les détresses du monde : le doute, la peur, peuvent nous assaillir ? Où sont les signes que cela est en train de se produire ? Comment Sa volonté est-elle faite sur la terre comme au ciel ?

 

La question se posait déjà du temps de Jésus. Dans l’Evangile de Luc : « Les Pharisiens lui demandèrent : Quand donc vient le Règne de Dieu ? Il leur répondit : Le Règne de Dieu ne vient pas comme un fait observable. On ne dira pas : “Le voici” ou “Le voilà”. En effet, le Règne de Dieu est parmi vous. » (Lc 17,20-21). Mais nous pouvons aussi traduire : « En vous » !

 

La réponse de Jésus indique que les signes de la venue du Règne de Dieu ne sont pas nécessairement visibles de nos yeux… mais par la foi !

 

Ainsi, par ces mots du Notre Père, nous disons notre assurance que le bien de Dieu se réalise ici-bas.

Nous disons que la présence du ciel de Dieu en nous portera ses fruits.

Mais nous ne nous satisfaisons pas de mots seulement.

 

« Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel » Jésus nous demanderait-il de participer ?

 

Sans doute, cette volonté de Dieu nous concerne aussi. Un moine du 14e siècle a écrit : « Notre Dieu n'a pas de mainsIl n'a que nos mains pour construire le monde d'aujourd'hui. Notre Dieu n'a pas de piedsIl n'a que nos pieds pour conduire les hommes sur son cheminNotre Dieu n'a pas de voixIl n'a que nos voix pour parler de Lui aux hommes. »

 

Ces mains, ces pieds, cette voix, appartiennent à celles et ceux qui portent en eux les gestes et les paroles du ciel de Dieu sur la terre et qui ont répondu à cet appel du Christ : « Le temps est accompli et le règne de Dieu s'est approché. Changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle. » (Mc 1,15).

 

Accueillir le Règne de Dieu, peut nous changer profondément, mais avant de visiter la terre avec cette « bonne nouvelle », il faut la porter en soi !

 

Ainsi, par ces mots du Notre Père, nous appelons la volonté aimante de Dieu pour la terre et nous ouvrons notre être entier à sa présence.

 

J’ai trouvé sur le net le titre d'un documentaire qui dit à sa manière ce que nous partageons ensemble ce matin et qui reprend les mots de la prière de Jésus ainsi : Que ta volonté soit « fête » ! Comme c’est bien trouvé : l’accomplissement de la volonté de Notre Père comme une célébration joyeuse !

 

Ainsi Dieu nous envoie, certes, mais rempli de sa joie et de son amour, pour en féconder la terre… comme au ciel. 



Photo: Eric Imseng

jeudi 29 janvier 2026

"Lueurs au creux de l'ombre" : Le Notre Père du prisonnier (4 - ... que ton règne vienne)

Dans le sillage de la récente parution de mon livre : "Lueurs au creux de l'ombre" qui revient sur mon expérience d'aumônier dans les prisons à Genève, pendant dix ans, je republie ici  les courtes prédications, sur chacune des paroles du Notre Père, dans l’Évangile selon Matthieu (6, 9-13) et que j'ai partagées avec les détenus des prisons à Genève.

Pour ceux qui l’ignorerait, les conditions de l'organisation des célébrations dans les prisons limitent la durée de leur déroulement. Et je n'ai que 5 minutes (avec sa traduction anglaise) pour partager une prédication avec les détenus.

Le titre de ces articles me vient d'une prière du Frère Dominicain Philippe Maillard: Le Notre Père du prisonnier (ou la prière des sans voix). Aujourd'hui décédé, il fut très engagé auprès des personnes en situation de précarité.

Il a laissé une magnifique paraphrase du Notre Père que j'ai également publié dans un article précédent. 

Mais pour le moment...   

"Notre Père ... , que ton Règne vienne." (10)

Jésus disait : « Il en est du Règne de Dieu comme d’un homme qui jette la semence en terre : qu’il dorme ou qu’il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, on y met la faucille, car c’est le temps de la moisson. » (Mc 4,26.29) 

 

Vous avez sans doute reconnu la parabole de la semence qui pousse d’elle-même ? Elle souligne la force naturelle de cette semence qui se développe et produit son épi jusqu’à la moisson. Comme l’on dit : « Rien ne sert de tirer sur la plante pour la faire pousser ! » Elle donnera son fruit en sa saison. Ainsi en est-il du Règne de Dieu ! 

 

Jésus a utilisé ces récits que l’on nomme paraboles. Son intention : nous aider à saisir la valeur de ce Règne de Dieu parmi nous. Et qu’il n’est pas là par hasard ! 

 

Que ton Règne vienne. Ces quatre mots du Notre Père, Jésus les a déjà prononcés, un peu plus haut dans cet Évangile, lorsqu’il annonce : « Le Règne de Dieu s’est approché » (3,2). 

 

Que ce Règne vienne… que ce Règne se soit approché… qu’est-ce que cela veut dire ? Ce Règne est-il déjà arrivé ou faut-il l’attendre encore ? Et s’il s’est approché, pourquoi demander qu’il vienne ? Où le voir ? Comment le reconnaître ? 

 

Des théologiens ont résumé la particularité de ce Règne à l’aide de deux mots : déjà – et pas encore. En ce sens que ce Règne existe déjà dans le monde, mais pas encore reconnu par tous. 

 

Le Règne de Dieu c’est tout d’abord, dans le Premier Testament, l’affirmation qu’il appartient au Seigneur depuis toujours. Dans le Psaume 103, par exemple : « Le Seigneur a établi son trône dans les cieux et sa royauté domine tout » 

 

Mais le Christ lui a donné une dimension nouvelle : il est désormais présent comme jamais auparavant. Le Christ lui a donné un corps, une parole. Il a montré des gestes qui disent son importance et sa valeur. Le Christ à fait venir le Règne de Dieu à la rencontre des humains, et plus qu’un pouvoir, il leur offre une relation à Dieu, Notre Père, plus libre, plus authentique, plus proche. 

 

Ainsi, « Que ton Règne vienne », demande à Notre Père que ce qu’il a commencé en Jésus, soit bientôt pleinement achevé en Dieu ! On le comprend un peu mieux : le temps – quand ce Règne sera-t-il accompli? Et le lieu – où ce Règne se trouvera-t-il ? ont trouvé leur réponse dans une personne… Jésus, le Christ ! 

 

Pratiquement, le Règne de Dieu ne se réalise pas comme un tour de grande illusion : on ne voit rien… et puis d’un coup, il est là ! Avant de le voir, nous sommes invités à l’accueillir… Nous pouvons même dire que nous sommes appelés à le laisser s’épanouir en nous… car certaines paroles de Jésus laissent entendre que ce Règne est là… au cœur de notre être ! 

 

Ce Règne nous pourrions le nommer « inspiration, autorité, valeurs »… Mais il a un signe visible, sensible : l’amour. L’amour de Dieu et de son prochain. Et nous le savons de Jésus lui-même : le prochain, c’est celui qui aime… au-delà des apparences faciles, mais inutiles ! 

 

« Cherchez premièrement le Royaume des cieux et sa justice » nous dit encore Jésus dans cet Évangile (6,33). Avec la promesse de recevoir tout ce dont nous aurons besoin pour le vivre. 

Ainsi, la présence de ce Règne de Dieu s’accomplit dans la confiance !



"Lueurs au creux de l'ombre": le Notre Père du prisonnier (6 - Donne-nous aujourd'hui le pain dont nous avons besoin...)

Dans le sillage de la récente parution de mon livre : "Lueurs au creux de l'ombre" qui revient sur mon expérience d'aumôni...