mercredi 9 septembre 2026

L’humain : le mystère et l’amour... (2)

J'ai partagé dans un précédent article quelques réflexions faites au cours de mon ministère d’aumônier dans les prisons. J'y ai parlé de l’humain tel que je l’ai rencontré dans ces lieux. Le format des Diachroniques étant de privilégier de courts articles. J’ai réparti ma réflexion en deux fois. Voici la seconde et dernière publication :

L’amour

Mais que serait le mystère s’il n’était qu’une ignorance, un trou noir sans fond ? Si j’ai appris à reconnaitre sa réalité, j’ai aussi découvert sa fécondité. Et cette fécondité (est-ce vraiment une surprise ?) me conduit à rien moins que l’amour. L’amour… Un mot qui a tant de facettes, tant de beauté et autant de vanité ! Cet amour qui m’a permis d’apprivoiser le mystère de l’humain était désintéressé, sans autre intention que le don de soi.

L’amour. Suffit-il d’avoir ce mot à la bouche pour être un témoin crédible du Christ ? Je pense à cette lettre de l’apôtre Jean : « Mes chers amis, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et il connaît Dieu. Qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1 Jean 4,7-8).

Au cours de mon ministère en milieu carcéral, ce Dieu est amour fut une bonne et une étrange nouvelle à la fois. Où est le Dieu d’amour pour ces femmes et ces hommes que l’on rejette et condamne ? Où est le Dieu d’amour pour ces personnes détenues qui suscitent en nous plus de colère que d’affection ?

L'amour? Une réponse se tenait dans un tout petit espace contenu dans ce si grand mot, comme un détail d’une grande œuvre, comme celui d’un tableau de Maître. 

Approchez et vous trouverez ce tout petit espace dans un mot plus difficile encore : le pardon. Quand je disais « détail »… c’était une image bien entendu ! Un petit espace, comme un chemin étroit ! 

Vivre le Dieu qui est amour n’est pas réservé qu’aux bons moments, c’est aussi pour les temps difficiles. C'est parce qu'il se vit de manière inconditionnelle qu'il permet de traverser des voies impossibles, des voies que l’on pensait impraticables, comme nos chemins de pardon peuvent l’être. 

Vive le Dieu qui est amour, ce n’est pas faire « tout bien comme il faut », c’est d’abord être vrai. La voie du Dieu qui est amour commence par renoncer aux artifices du paraître pour l'authenticité de l'être.

L’amour et le pardon : des valeurs qui portent autant d’espoirs que d’amertume dans les prisons. Mais il serait dommage de le taire : l’amour et le pardon ont été pour moi de redoutables « passe-murailles », d’étonnants « ouvre-cœurs » ! 

Le pardon et l’amour ont été des fenêtres ouvertes dans les murs sombres de l’âme humaine. Ils m’ont porté dans ce généreux et persévérant don de soi ! Au-delà des émotions, au-delà, du mérite, nous étions bien au cœur de l’Evangile !

C’est avec la conviction qu’un pardon est possible que je suis allé à la rencontre de ces jugements implacables qui enferment les personnes détenues, bien mieux encore que l’enceinte d’une prison ! Mais de cette puissante ressource, je ne suis ni l’inventeur ni l’initiateur : « Voici ce qu’est l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime d’expiation pour nos péchés. Mes bien-aimés, si Dieu nous a aimés ainsi, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. » (1 Jean 4, 10-11).

Aimer comme nous sommes aimés. Pardonner comme nous sommes pardonnés !

Dans le milieu carcéral, les aumôniers contribuent à la réhabilitation des personnes détenues. Si la phrase est assez courte, la réalité est bien plus longue et complexe. En effet, le pardon n’est pas un tampon de l’administration pénitentiaire… ou de la justice pénale. De toute manière, la justice pénale ne pardonne pas, elle oublie. 

Le pardon n’est pas l’absolution d’une autorité religieuse qui donnerait l’illusion d’une absence de trajet intérieur pour l’acquérir. Pour moi, disciple du Christ, impossible de répondre « non » à la question du pardon, sans être un ignorant de Dieu, car Dieu est un espoir de réconciliation. Je pense à ce verset du Psaume 130,3-4 : « Si tu retiens les fautes, SEIGNEUR ! Mais qui subsistera ? Mais tu disposes du pardon et l’on te craindra. »

Ouvrir un chemin de pardon n’est pas une bagatelle, un acte facile et superficiel. Refuser le pardon ne l’est pas moins, car fermer à quelqu’un tout recourt au pardon est un acte contre nature de la connaissance de Dieu, car Dieu est amour. Ce serait gravement ignorer que Qui n’aime pas n’a pas connu Dieu (1 Jn 4,8).

En terminant ce second et dernier article, et si vous êtes intéressés à en savoir plus, je vous rappelle la publication de mon livre: "Lueurs aux creux de l'ombre", publié aux éditions Vérone - et disponible dans les libraires de France, Suisse et Belgique. 

Ci-dessous, les références pour l'acquérir.



lundi 7 septembre 2026

L’humain : le mystère et l’amour... (1)

J’aimerais partager ici quelques réflexions faites au cours de mon ministère d’aumônier dans les prisons. Il s’agit de l’humain tel que je l’ai rencontré dans ces lieux. 

Son mystère qu’il m’a donné à voir et l’amour qu’il m’a proposé de vivre. 

Je m’adosserais pour le mystère au Livre des Psaume et pour l’amour à le Première lettre de Jean.

Le format des Diachroniques est de privilégier de courts articles. J’ai réparti ma réflexion sur deux publications.  Dont la première :

Le mystère.

« Mystérieuse connaissance qui me dépasse, si haute que je ne puis l’atteindre » (Psaume 139, v.6). Ces mots évoquent tout de suite quelque chose de mon expérience d’écoute et d’accompagnement spirituel auprès des personnes détenues. 

Bien sûr, il s’agit d’abord de l’impossibilité d’une pleine connaissance de Dieu. Qu’on se souvienne du livre de Job : « Prétends-tu sonder la profondeur de Dieu, sonder la perfection du Puissant ? » (Job 11,7-9). 

Dans ce psaume comme dans mon écoute, même s’il faut les distinguer, le mystère de la connaissance de Dieu et celui de l’humain ne s’excluent pas l’un l’autre.

J’ai admis une fois pour toute ma vulnérabilité en la matière. Être à l’écoute de l’humain, quelles que soient les compétences acquises, il y a quelque chose de l’inconnu qui demeure et ne se réduit jamais à notre savoir. 

Au-delà de ce que nous partageons de concret, il y a de l’incompréhensible que je ne peux pas atteindre. Et je n’oublierai pas de sitôt ces mots de Françoise Dolto en exergue d’un livre de Maurice Bellet – sur l’écoute justement : « Je n’y comprenais rien. J’étais tout oreilles. »

C’est donc avec cette humilité que j’ai écouté cet inconnaissable de l’humain, en étant reconnaissant pour les instants de clarté qu’il a bien voulu m’offrir.

J’ai ainsi écouté le parcours de vie des personnes détenues qui les ont conduites en prison. Les délits ou crimes dont ils ont été responsables. J’ai écouté encore leur quête sur le sens et la raison de leur geste. J’ai écouté aussi leurs luttes avec eux-mêmes au milieu des méandres de la justice. J’ai écouté leur sérénité comme leurs tourments, leur ignorance ou leur sagesse. J’ai été à l’écoute de tant de mots et de maux… C’est pourquoi je ne peux m’empêcher de penser que je suis un témoin privilégié de tout l’humain. Tout entier à son écoute. Tout entier à son école.

Au-delà de nos paroles, au plus profond de nos échanges, dans une étonnante simplicité, la clarté du vivant comme le mystère de l’humain se sont livrer à moi dans leur beauté comme leur laideur, leur lumière et leur ombre.

J’ai écouté pendant plus de dix ans ces vies d’hommes et de femmes, arrêtées, contraintes, disséquées, jugées. Et j’ai puisé encore dans cette humilité les ressources pour accueillir la douleur et la révolte, la honte et l’incompréhension, l’ennui et le désespoir, le déni et la lucidité.

Au cours de nos entretiens, j’ai entendu souvent le désir de la personne détenue à rejoindre celui du psalmiste : « Dieu ! Scrute-moi et connais mon cœur… et conduis mois sur le chemin de toujours. » (139, 23-24). 

Il y avait une épreuve de vérité vers laquelle nous cheminions, parfois sans y penser. Jusqu’à ce que ce cœur, écouté avec bienveillance, sondé, éprouvé, les ramènent sur ce chemin de toujours. Et même s’il n’a pas toujours été vécu en tant que croyant, il y a eu souvent ce désir d’oser revenir en soi, reprendre un dialogue avec soi, marcher à nouveau sur la route de la vie. En cela, j’ai été le « complice » de leur réhabilitation.

Bien sûr, ce chemin ne conduisait par forcément à un vécu comme avant, mais peut-être sera-t-il mieux qu’avant… Car le passé dépassé ne nous ramène pas au début mais plus loin. Ainsi, ce chemin de toujours, qui s’ouvrait aux personnes détenues, ce n’était rien de moins que la vie qui ne cesse pas d’être la vie, même derrière les murs d’une prison.

La suite, dans la prochaine publication. Et si ce premier article vous a interpellé, je vous rappelle la publication de mon livre: "Lueurs aux creux de l'ombre", publié aux éditions Vérone - et disponible dans les libraires de France, Suisse et Belgique. 

Ci-dessous, les références pour l'acquérir.






mercredi 26 août 2026

L'espoir sans fin...

La beauté du monde

La profondeur du sens de la vie

La tendresse des liens importants

J’ai choisis d’en prendre soin

À ma mesure, limitée et fragile,

Mais avec la foi qui déplace les montagnes

Ne pense pas que je vais échouer

Prendre soin est une activité qui ne connaît pas d’échec

Parce que prendre soin est une manière d’habiter un espoir sans fin


Photo: Eric Imseng

dimanche 23 août 2026

"Et vous, qui dites-vous que je suis?"

« Béni soit le SEIGNEUR qui a donné un lieu de repos à Israël, son peuple, tout comme il l'avait dit…

Dans les mots de la prière de Salomon, nous venons de lire la gratitude pour la réalisation de la promesse. Du repos ? Comment ne pas y penser en cette période : les vacances… Nos vacances ! Et des vacances sans désillusion à cause de fausses promesses ! Peut-être en avez-vous encore le souvenir : ces vacances gâchées par de beaux discours qui cachaient une réalité décevante ?

Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de St-Saphorin en Lavaux. Textes du jour: 1 Rois 8; Romains 12; Evangile selon Matthieu, chapitre 16, les versets 13 à 20.

Le repos que Dieu promet, ce ne sont pas des paroles en l’air : la Parole du Seigneur ne reste pas sans effet. Elle est plus qu’un dépliant de publicité pour un lieu de rêve. Bien qu’elle puisse se heurter à la liberté humaine, la Parole de Dieu agît quoi qu’il en soit, comme dans les mots, devenus fameux, d’Esaïe : comme la pluie arrose la terre et la rend fertile, comme la terre donne le grain qui nourrira qui a faim, « Eh bien, il en est de même pour la parole qui sort de ma bouche, dit le Seigneur : elle ne revient pas à moi sans avoir produit d'effet, sans avoir réalisé ce que je veux, sans avoir atteint le but que je lui ai fixé (55,11 –NFC)

Dans un passage du livre du Deutéronome, ce lieu du repos est encore à venir, mais le prophète précise : « Vous allez passer le Jourdain et vous installer dans le pays qu’il vous donne… » (Dt 12,10 - TOB)

Si le Seigneur promet le repos, pas d’embrouille : même s’il y a des obstacles, il y a toujours un passage pour nous y conduire. Et pour nous aujourd’hui, quel passage faudra-t-il chercher et accueillir pour entrer dans le repos ? Peut-être s’agira-t-il de prendre le temps de bien regarder ?

Exemple : en 1805, deux explorateurs américains, Lewis et Clark cherchaient un passage fluvial à travers les montagnes Rocheuses pour atteindre l’Océan. Mais ils étaient arrêtés par une barrière de roches imposantes. Pour eux, le passage était impossible. Regardant le sol, la tête baissée, ils cherchaient une rivière ou un fleuve et ne trouvaient rien. C’est une femme amérindienne qui les accompagnait qui soudain leva les yeux et découvrit un col qui leur permettra de passer. Le passage était là, ouvert, mais leurs regards cherchaient au mauvais endroit.

Ce passage pour nous, témoins du Christ, lui aussi est d’En-Haut… Paul, dans les Colossiens, ne dira pas autre chose : « Chercher les choses qui sont au ciel où le Christ siège à la droite de Dieu. Préoccupez-vous de ce qui est là-haut et pas seulement de ce qui est sur la terre. » (Col 3,2)

Mais la méthode sera autre pour « le Haut. » Il ne se cherchera pas dans un lieu physique, mais à l’intérieur d’un être fécondé par l’Esprit de Dieu. Faut-il rappeler l’excellent ouvrage de Christiane Singer : « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? »

La parole de Dieu mous offre elle aussi un passage vers ce que nous ne saurions connaître par nous-même. En ce sens, elle est une révélation. Et de révélation, l’Evangile de Matthieu, que nous lisons ce matin, nous en offre une… et de quelle importance !

Nous sommes à Césarée de Philippe. Pour quelles raisons : des vacances ? Pas tant que ça… la région est géographiquement « un chaos de rochers, difficile d’accès » Pour un temps de repos loin de la Judée et des conflits religieux suscités par la prédication de Jésus ; loin de la Galilée et ses agitations nationalistes qui tente de capter Jésus à leur cause ? Sans doute !

Mais il pourrait y avoir encore, selon moi, le fait que la ville est bâtie près des sources du Jourdain… tiens, tiens ? Une fois encore, une source, un passage, pour entrer dans le repos malgré un lieu inhospitalier ? Alors, Césarée de Philippe, un lieu rêvé pour apprendre quelque chose d’essentiel à propos du Messie d’Israël ? Absolument.

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Les mots de Pierre sont salués par Jésus comme ne venant pas de lui-même , mais de son Père qui est dans les Cieux ! Et que dire des autres réponses ? Jean le Baptiste ? Elie ? Jérémie – ou l’un des prophètes (la liste reste ouverte). Cependant, tous ne sont-ils pas des « revenants » ? Les dires des hommes ne voyaient dans le Messie que « le retour de… » Qui pouvait alors penser que le Messie, c’était « la VENUE de… » Aucun des nommés ne pouvait prétendre à la précision que nous rapporte Matthieu – et la précision de la confession de Pierre est significative : le Fils du Dieu Vivant !

Pas seulement le Messie… Il y en a eu avant, et il y en aura d’autres après. Pas seulement le Fils de David, dont Jésus descend et avec qui il partage la promesse d’un trône messianique. Pas seulement, enfin, un Fils de Dieu, comme les disciples, prosternés devant le miracle de leur Maître marchant sur les eaux, le proclameront : « Vraiment, tu es Fils de Dieu. » (14,33) 

Le Dieu vivant ! Le Dieu qui n’est pas seulement en vie, mais la source de toute vie (Ps 36,10) ; une vie qui embrasse tous les temps, depuis le passé le plus reculé jusqu’à l’avenir le plus lointain, le Dieu vivant « aux siècles des siècles », « le Dieu vivant qui règne éternellement. ». Le Dieu vivant, au-delà du vivant.

Vivant, oui ! Un seul mot qui remplit la création toute entière et notre être tout entier d’une vie qui ne cessera pas ! Un Dieu vivant, et non un dieu mort qui s’éteindrait avec nous. Un Dieu vivant qui nous attend, au-delà de la mort, au-delà du tombeau vide laissé par le Christ ! Rendons-lui grace et célébrons son nom béni et trois fois saint !

Cette louange, cette gratitude, nous amène à notre « culte spirituel » auquel Paul nous invite dans le passage des Romains que nous lisons ce matin : 1Je vous exhorte donc, frères et sœurs, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu.

Offrir notre vie à Dieu, non pas comme « sacrifiés, sans vie… » mais bien vivante, généreuse, féconde ! Offrir notre vie à Dieu – et pas seulement le dimanche matin. Car, les vacances, ce n’est pas tous les jours, mais le culte spirituel, oui ! S’offrir vivant au Fils du Dieu vivant, qui nous accueille dans sa grâce tels que nous sommes, là où nous en sommes.

Car spirituel ne veut pas dire infaillible. Un peu plus haut dans sa lettre, Paul décrit ses mots comme « humains, adaptés à votre (notre) faiblesse (6,19) » Un rappel important pour celles et ceux qui pensent lire ces mots « à la lettre » et une invitation à nous souvenir de notre « faiblesse » qui demande au quotidien à ce que Dieu nous fasse « miséricorde »

Notre culte spirituel ne saurait se passer de la grâce de Dieu, et la grâce dont nous vivons ne saurait se passer de la miséricorde du Père.

Dans le Premier Testament, lorsque l’Eternel accueilli la demande de Moïse de lui permettre de voir la gloire de Dieu, il lui annonça qu’il passera devant lui avec toute sa bonté, en proclamant le nom de l’Eternel. Et dans ce nom, il y aura deux mots :  grâce et miséricorde - Ex 33,19 : « je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais miséricorde. ».

Des mots dont l’ambivalence laisserait à penser que Dieu l’accorde comme il veut… mais qui affirme en réalité que la gloire de Dieu est de nous accorder et l’une et l’autre comme l’expression profonde de sa personne tout entière. Il ne peut et ne veut donner moins que ce qu’il est !

C’est cette assurance et cette joie qui anime notre culte spirituel, cette reconnaissance qui soutien et apaise notre être tout entier. On la retrouve dans les mots de Jean, dans sa deuxième lettre : « avec nous seront grâce, miséricorde, paix, qui nous viennent de Dieu le Père, et de Jésus Christ, le Fils du Père, dans la vérité et l'amour. » (2 Jn 1,3)

Je pense que tout est dit. Amen.

Jésus interrogeant ses disciples, par la peintre Berna


mercredi 12 août 2026

Mauvaise graine...?

Il en va du Royaume des Cieux comme d’un homme qui a semé du bon grain…

C’est par ces mots que Jésus débute cette courte histoire, que l’on appelle parabole et qui est une manière de parler en image. Jésus l’emploie avec un talent reconnu mais son intention est d’abord de nous intriguer quant à ce que nous savons ou pensons de Dieu.

De manière étonnante, juste avant ce récit, Jésus affirme que ces histoires sont des énigmes si nous les écoutons de manière superficielle. Plus surprenant : il ajoute même que ces paraboles pourraient nous donner de bonnes raisons de nous éloigner de lui !

Ainsi, lorsque Jésus, par cette parabole, nous interpelle sur la présence de ce Royaume dans notre existence, soyons attentifs à son avertissement : « Entende qui a des oreilles ! » (43).

Courte prédication offerte aux personnes détenues des prisons à Genève. Évangile du jour : Matthieu, chapitre 13, versets 24-30.

Il y a un moment très important dans cette parabole (28-30) : Des ouvriers proposent d’arracher la mauvaise herbe semée par un ennemi, mais le Maître les arrête : Non, de peur qu’en l’arrachant vous ne déraciniez le blé avec elle. Laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson. » (29) En s’opposant à ce geste radical, le Maître refuse un geste qui conduirait à plus de confusion encore : perdre toute la récolte !

Il faut donc s’armer de patience plutôt que de violence ! Jésus ne nous donne pas d’autre alternative, et pas d’explication à la présence de ce mauvais coup d’un adversaire. Cependant, il nous invite à prendre notre part de responsabilité dans ce temps ou le bon et le mauvais grain poussent ensemble…

Ce qui pourrait nous décourager : « Si Dieu est bon, pourquoi tant de mal dans ce monde ? » Et abandonner notre travail dans son champ. Ou accepter la sagesse du propriétaire du champ. Avoir confiance que le Royaume des Cieux peut grandir malgré ce qui s’oppose à lui, et que la confrontation avec le mal ne peut le détruire.

Un peu plus loin (36-43), Jésus donne une interprétation de sa parabole et surprise : tous les personnages cités vont recevoir une explication (37-39): « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume, etc. » Tous… excepté les serviteurs ! Cet omission est intéressante, car si le rôle des serviteurs n’est pas expliqué, n’est-ce pas parce qu’il est encore à écrire ?

Et c’est là où nous en sommes aujourd’hui : l’appel de Jésus à travailler dans les champs du Royaume des Cieux s’adresse encore à chacune et chacun d’entre nous. Et lorsque nous serons confrontés à cette mystérieuse présence du mauvais grain, rappelons nous que le Maître le sait et qu’il ne nous laissera pas travailler en vain. Il est avec nous, « tous les jours, jusqu’au jour de cette moisson » (Mt 28,20)

Un poète français, Paul Claudel, l’a dit avec ses mots : « Dieu n'est pas venu supprimer la souffrance. Il n'est même pas venu l'expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. »

« Entende qui a des oreilles… » J’ajouterais: « Regarde qui a des yeux pour voir, » dans la nuit du monde, les lumières du Royaume des Cieux !



mardi 4 août 2026

"Eloigne-toi de moi, Seigneur..."

« La mer, c’est la liberté ! Au large, il n’y a pas un jour qui ressemble à un autre. Quand on y a goûté, hors de question de retourner à une activité à terre. » Ce témoignage est celui d’un matelot. Michaël a été ouvrier en usine. C’est après une longue période de chômage pour qu’il s’est décidé à postuler sur un chalutier. Aujourd’hui, il appartient à l’équipage du « Maria Magdalena » (Ça ne s’invente pas… !) Et il ne changerait de métier pour rien au monde !

Courte prédication partagée avec les détenus des prisons, à Genève. Evangile du jour : Luc chapitre 5, versets 1 à 11 - la pêche miraculeuse.

Ce témoignage nous dit la passion de cet homme pour son métier : marin pêcheur ! Est-ce que parmi nous, des personnes ont-elles pratiqué ce métier ? Ou un autre métier qui les a passionnés ? (Echanges avec les détenu.e.s)

Et ce sont justement des marins pêcheurs que nous rencontrons dans l’Evangile de ce jour. Et déjà à l’époque, c’est un dur métier… un métier passionnant ? Pierre dans ce texte, n’en dit rien. Mais ces hommes vont être animé d’une autre passion et ils seront appelés à pratiquer une autre pêche.

Au cœur de ce texte, il y a la réaction de Pierre. Aussi surprenante qu’impressionnante : « Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » (8). Mais qu’est-ce que Pierre a vu ou entendu pour réagir ainsi ? Le texte précise : « C’est que l’effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pris. » (9)

Et il sait de quoi il parle : n’a-t-il pas rappelé à ce Jésus, qui lui demande de repartir en pêche, qu’ils ont déjà travaillé toute la nuit sans aucun résultat ? Se souvient-il aussi de sa parole, affirmant à ce même Jésus, son choix de reprendre la pêche sur sa Parole ?

Et maintenant : cette pêche surabondante est là, devant lui ! La Parole de ce prophète, Jésus, a une autorité qui n’est pas que celle d’un beau parleur de Dieu : elle réalise des miracles, des signes. Elle porte du sens : elle dit que le Royaume de Dieu est là, et qu’il fait des dons inouïs aux humains ! Pierre saisi-t-il peut-être que cet homme est de Dieu… Et peut-être Dieu lui-même ? Et peut-on voir Dieu et vire ? D’où sa peur et son humiliation !

Mais il faut souligner que ce n’est pas une condamnation qui conduit Pierre à son attitude, mais plutôt l’abondance du geste de Jésus ! Cette abondance est celle du Royaume de Dieu, que Jésus annonçait dans cette barque, et qui maintenant pleine à craquer !

Dans les Evangiles, cette abondance est le signe de la générosité du Royaume de Dieu venant à nous. Que ce soit un semeur qui disperse abondamment son grain ; une semence minuscule qui devient un arbre immense…

Ou lorsque Jésus multiplie quelques pains et poissons pour des milliers de gens, ou quand il transforme plusieurs litres d’eau en centaines de litres de vin… et enfin, comme ici, lorsque sur sa parole, il remplit ces filets de pêcheurs, à tel point qu’ils sont prêts à rompre… Chacun de ces exemples dit la même chose : Dieu est accueillant, bienveillant, généreux, favorable… envers nous.

Le théologien François Bovon notait : « « Quand la parole de Dieu retentit elle ne nous parle pas simplement d’une vie à espérer, elle suscite dès maintenant en nous la vie nouvelle ; oui : cette parole de Jésus nous remplis de la vie de Dieu ! Comme ces filets remplis de poissons ! Ce qui faisait dire à Maurice Zundel : « je ne crois pas en Dieu, je le vis ! »

Tout cela pour nous impressionner ? Ou pour nous humilier ? La parole de Jésus « soit sans crainte… » invite à la confiance… et à l’acceptation de soi ! Mais il dit aussi un appel à le suivre!

Et que ce soit pour Pierre, les disciples qui sont avec lui, la foule qui écoutent la Parole du Christ – ou nous aujourd’hui… ces mots nous concernent tous ! Comment prendrons-nous notre place dans cet appel à être « pêcheur d’hommes » ? (Echanges avec les détenu.e.s)

En accueillant, avec confiance, cette vie pleine de sens que le Christ nous offre et qu’il nous appelle à partager avec ceux qui sont autour de nous. Et cette pêche ne fait pas de ces personnes des « captifs » de notre filet… mais des personnes appelées à la vie et la liberté en Christ !

La pêche miraculeuse, par Konrad Witz



mardi 28 juillet 2026

Lumière d’un soir...

(Je partage ici un ancien billet que j'avais publié au cours de mes années en aumônerie de prison. Il garde une telle actualité... J'ai souhaité le partager une fois encore)

Lorsqu’ils apprennent mon engagement comme aumônier dans les prisons, nombreux sont les gens qui m'imagine exerçant un ministère éprouvant, faisant face à des détresses profondes, au désespoir intense, à des violences inouïes, chez les personnes détenues que je rencontre... et certaines de mes journées leur donnent en partie raison.

Mais peuvent-ils s’imaginer aussi, cet instant particulier, alors que je rentre de mes visites du soir ?

Peuvent-ils me voir, marchant doucement vers ma maison, ému et paisible, encore tout nimbé d'un peu de lumière d’Évangile... parce qu'un combat de l'Esprit a été remporté sur les ombres des cœurs ? Parce qu'un homme s'est enfin relevé de sa couche de honte et à repris le sentier de son humanité ? Parce qu'un visage s'est ouvert à sourire à nouveau, ayant retrouvé le courage d’envisager un avenir ?

Non, sans doute, ne le peuvent-ils pas, et faut-il leur en vouloir…?

N'est-ce pas mon redoutable privilège de se tenir, au côté du Christ, auprès de ces hommes et de ces femmes, en ces lieux fermés à tout un chacun ?

N’est-ce pas mon incroyable richesse que d’apercevoir celle pluie de Dieu, sa grâce, ruisseler sur eux, leur ouvrant des espaces de responsabilité, de vérité et de liberté ?

Non, bien sûr, j’aurais tort de vous en vouloir...

Dès lors, puisque je suis le compagnon de pain des prisonniers, je n’hésiterai donc pas à rapporter cette lumière d'un soir… qui fait ma joie.



dimanche 12 juillet 2026

Quel renversement des rôles !

(En introduction du culte) Quel renversement des rôles !

Ces mots sont du prophète Esaïe, dans un chapitre que nous lirons tout à l’heure. Ils portent déjà des questions qui sont encore et toujours les nôtre.

Les manipulations – les magouilles – et l’arrogance des puissants rentreront-elles impunies ? Suffit-il d’être haut-placé pour échapper à la justice des hommes ? Et qu’en pense le Très-Haut placé ?

Le créé peut-il prendre la place du créateur ? Qui est sage aux yeux de Dieu ? Qui est intelligent au point de le connaître vraiment ?

Qui inversera les rôles pour rétablir le droit, la justice, la vérité ?

Qui inversera les ténèbres pour la lumière, la haine pour l’amour, l’orgueil pour l’humilité ?

James Matthew Barrie, écrivain et dramaturge écossais, célèbre pour avoir créé le personnage de Peter Pan, a écrit : « La vie est une longue leçon d’humilité »

L’apprendrons-nous à nos dépends ou en pleine conscience ? Un peu des deux sans doute.

Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de St-Saphorin. les texte du jour: Esaïe 29; Romains 8 et Matthieu 11, 25 à 30.


Quel renversement des rôles !

Ce sont les mots d’Esaïe que nous avons lus à l’instant. Pour lui, ce renversement douteux est celui de la créature discutant de la qualité de l’œuvre du Créateur : « Le vase dira-t-il au potier : Il n’y comprend rien ! » D’où cette exclamation, équivalente à un « On n’a jamais vus ça : quelle drôle d’idée ! »

Pour Jésus, ce renversement est autre, il est celui de nous inviter à son école d’humilité et de douceur pour y trouver le repos de notre âme.

Une tout autre école, un tout autre « On n’a jamais vu ça ! », offert par un Maître « doux et humble de cœur », un tout autre enseignement qui n’écrase ni ne tourmente ses élèves, mais les rends libres et féconds.

Jésus fait table rase de l’épuisant catalogue des obligations et sanctions qui pouvaient accabler les être et la pensée des juifs fidèles de cette époque.

L’école de Jésus nous inviter à l’accueillir, lui, au cœur de notre être… comme un ami qui aime sans complaisance, mais qui aime inconditionnellement. Le livre des Proverbes l’écrit : « L'ami aime en tout temps, Et dans le malheur il se montre un frère. » (Proverbes 17,17) et j'ajouterais: un frère et non un juge !

Jésus ne souhaite pas nous dégager de toute obligation morale. Le fameux sermon sur la montagne – qui a précédé – le laisse entendre clairement,  Mais l’exigence ne menace plus, elle n’étouffe plus l’évidence de notre être : elle accueille notre âme dans son moment au nom de la miséricorde et non des sacrifices !

En réalité, l’intelligence spirituelle qui reconnaît le Christ porte un autre nom : celui de miséricorde. Je l’ai dit ailleurs, la miséricorde, c’est la corde dans la misère. La compassion est une sagesse envers autrui pour le relever et non l’abaisser à cause de ses erreurs, une intelligence qui patiente envers autrui pour lui accorder le temps de la grâce du Christ

Quel renversement des rôles !

Dans cet hymne dit « de jubilation », en Matthieu, Jésus renverse encore la prétention des sages et les intelligents. Mais qui sont-ils ? Faut-il être sans aucune intelligence pour entrer dans le Royaume des Cieux ?

Ces sages et intelligents que Dieu écarte dans sa révélation et que Jésus dénonce ici, sont des tyrans d’une élite qui prétendrait avoir la main mise sur la bonne manière d’honorer Dieu : « si tu connais les règles, tu connais Dieu. »

Une élite, vraiment ? Faudrait-il ajouter « corrompue » par sa vanité ou son aveuglement ? On a pu entendre cette intelligence dévoyée dans les mots d’Esaïe, lorsqu’elle travaille à mettre la bienveillance de Dieu dans l’ombre, à enfermer la sagesse du Créateur dans les limites de ce qu’il y a de pire dans notre humanité.

Mais que ce soit en Esaïe comme en Matthieu : à la manipulation de sa bonté, le Seigneur répond par une transformation : « Vous voulez surprendre et bien, vous allez être surpris ! » : En ce jour-là, les sourds entendront la lecture du livre et, sortant de l'obscurité et des ténèbres, les yeux des aveugles verront. De plus en plus, les humbles se réjouiront dans le SEIGNEUR, et les pauvres gens exulteront à cause du Saint d'Israël (Es 29,18-19)

Ainsi de même en Matthieu : le Fils accompli la volonté du Père en transformant les nocivités de la religion : désormais, nous vivrons la loi de Dieu sans peur, sans épuiser notre âme. Nous pourrons laisser parler l’intelligence de notre cœur, laisser libre cours à la bienveillance que le Père éveille en nous. Nous allons vivre une foi, un évangile, une loi, aussi généreuse et vraie, qu’un « paidion » (un enfant de moins de 7 ans) pourra le comprendre, l’accueillir et le vivre !

Comme Paul après lui dans la lettre aux Corinthiens, Jésus reconnaît la sagesse et l’autorité du Père qui renverses la sagesse des sages pour la confier aux tout-petits, voire même aux « insensés » : Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j'anéantirai l'intelligence des intelligents. Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ? (1 Co 1,19-20),

Oui aux pauvres, au méprisés, aux laissés-pour-compte, ainsi qu’ils sont considérés par l’autorité des puissants, des religieux qui épuisent le cœur humain au lieu de l’apaiser !

Quel renversement des rôles !

Et pourquoi autant de grâce, tant de liberté, tant de compassion, tant de faiblesse aux yeux des forts ? Pourquoi cette autorité qui libère au lieu d’enchaîner ?

Dans la lettre aux Romains que nous avons lue, l’apôtre Paul jubile à sa manière en annonçant la libération par l’Esprit Saint !

S’il faut admettre que nous n’avons que les prémices de l’Esprit, n’avons pas déjà « tout avec le Christ » comme il le dira quelques lignes plus loin dans ce même chapitre ?

Et il y a plus encore, « en attendant »… Nous ne vivrons plus jamais une religion d’esclaves apeurés, de penseurs égarés, de dominateurs aigris. La lettre aux Galates nous ouvre à notre réelle identité : Fils, vous l'êtes bien : Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie : Abba — Père ! Tu n'es donc plus esclave, mais fils et filles ; et, comme tels, tu hérites de tout ce qui est du Père: c'est l'oeuvre de Dieu. (Galates 4,6-7)

C’est parce que nous sommes des fils et des filles de « notre Père qui est dans les Cieux » que nous pratiquons une religion de grâce et de compassion qui est « l’œuvre de Dieu ».


La Vie, de Marc Chagall



mardi 7 juillet 2026

"Lueurs au creux de l'ombre" ... Une lecture pour votre été?

Mon livre est toujours disponible dans les librairies de francophonie - à la commande ou en rayon.

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Bonne lecture !



samedi 27 juin 2026

Le prix de la grâce...

Le prix de la grâce est le titre d’un livre de Dietrich Bonhoeffer, le fameux théologien et pasteur de l'Eglise confessante d’Allemagne, pendant le régime hitlérien, dans les années 30.Dans son livre, il revendique la grâce comme étant coûteuse ! Il appelle à une réflexion renouvelée sur le Christ et la vie de disciple, car il s’agit de prendre conscience des exigences de la grâce divine, alors que l’Eglise allemande lutte contre sa mise au pas par le régime nazi.

Dès les premières lignes, il affirme avec vigueur : La grâce à bon marché est l’ennemie mortelle de notre Eglise. Actuellement, dans notre combat, il en va de la grâce qui coûte. La grâce à bon marché, c’est la grâce considérée comme une marchandise à brader… une grâce sans aucun prix, sans aucun coût !

Une prédication offerte aux détenu.e.s des prisons de Genève. Lecture de l'Evangile: Luc 7,36-50 (la femme au parfum).

Et la grâce à laquelle nous assistons dans l’Evangile de Luc est bien de celles qui coutent ! Au cours d’un repas chez un chef religieux, une scène surprenante : l’irruption d’une femme, dite pécheresse, que personnes ne souhaite voir ici ; de plus, elle prodigue sur Jésus des gestes inopportuns, un peu érotiques même… et elle verse beaucoup de larmes et répand tout autant de parfum ! Remplissant la demeure de Simon le Pharisien, de parfum et de gêne… Mais, plus déconcertant encore, il y a l’attitude de ce prophète de Nazareth, qui ne la repousse pas ni ne condamne ses gestes !

Et alors que le chef religieux qui l’accueille est en train de douter de sa crédibilité, Jésus propose un récit. Mais il ne raconte pas simplement une histoire pour calmer les gens, il donne à cette situation surprenante un sens qui est une bonne nouvelle, celle du Royaume de Dieu ! Mais son récit, sa parabole, va dire aussi combien elle en coûte pour être accueillie !

Il y a deux débiteurs, dont l’un doit 500 pièces d’argents (18 mois de salaire de l’époque !) et l’autre dix fois moins. On annule leur dette à chacun, car aucun d’eux ne peux payer. Et Jésus questionne : entre celui qui doit beaucoup d’argent et celui qui en doit peu, lequel sera le plus reconnaissant ? Celui à qui l’abandon de sa dette aura… le plus coûté !

Mais pour que les comptes soient bons, il faut… que le regard change. Et Jésus interpelle : Tu vois cette femme ? Pas seulement, la vois-tu, mais regarde-là profondément ! Laisse ses gestes parler à ton cœur, à ta compassion… cesse d’enfermer cette femme dans une catégorie qui t’enferme toi aussi dans la peur et l’aveuglement… Cesse de juger sans savoir, sans aimer !

Aimer est un mot important de ce récit : Celui à qui l’on pardonne peu, aime peu. La mesure de l’amour semble liée à la quantité de pardon accordé… et reçu mais, nous le voyant par l'exemple de cette femme, cette grâce est accordée pour remplir de reconnaissance et non de honte !

Ses gestes, jugés scandaleux, sont l’expression de sa gratitude et de son amour ! Et s’ils paraissent excessifs, c’est que le pardon accordé l’est également ! Et faut-il rappeler le prix qu’il coûtera à celui qui va le lui accorde ?

Et le dernier coût de cette grâce est dans l’affirmation de Jésus …tes péchés sont pardonnés. Jésus est bien plus qu’un prophète, ignorant les règles de pureté religieuse, il affirme ici son autorité de Fils : Le Fils de l’Homme a le pouvoir de pardonner les péchés. (Mt 9,6)

Puis, il ajoute : Va en paix. Ta foi t’a sauvée… et cette parole de Jésus dit encore le prix de la grâce, car la voilà désormais libre et responsable de reprendre le cours de sa vie… en personne graciée par le Christ.

Dietrich Bonhoeffer écrivait encore : La grâce coûte cher, parce qu’il faut porter le joug d’une marche à la suite de Jésus Christ, mais c’est encore une grâce, car il ne faut pas oublier cette parole de Jésus : Mon joug est doux et mon fardeau léger. (Mt 11,30)

Allons en paix… notre foi nous a sauvé !


Photo: Eric Imseng

L’humain : le mystère et l’amour... (2)

J'ai partagé dans un précédent article quelques réflexions faites au cours de mon ministère d’aumônier dans les prisons. J'y ai parl...