jeudi 16 avril 2026

Entre 4 murs. Entre 4 yeux. Un accompagnement spirituel. (3 et fin)

C’est avec ce titre que j’ai voulu présenter un témoignage sur mon engagement comme aumônier sur deux lieux différents et auprès de deux populations distinctes : les personnes détenues dans les prisons et les patients dans les hôpitaux. Voici le dernier volets de ces trois articles.


Ainsi, la visite est la promesse d’une rencontre. Elle peut être courte, prolongée, émouvante, éprouvante, surprenante, apparemment banale, enrichissante… ou manquée ! 

 

Elle est très organisée dans les prisons et plus spontanée dans le hôpitaux. Elle va dépendre de la situation personnelle de la personne visitée : ses préoccupations du moments, l’état de santé, l’organisation des soins, la situation pénale, ou la condition carcérale, ou encore leurs répercussions sur ses liens avec les proches, etc… Autant de réalités qui vont favoriser ou gêner la rencontre.

 

Et puis, bien sûr, il y a la liberté d’accepter de me recevoir ou non, ou m’ignorer… ou faire semblant de m’ignorer. Je pense à ces personne qui font mine d’éviter l’aumônier, mais dont le regard et le langage du corps disent: Essayez quand même ! Et combien de rencontres éminemment spirituelles ai-je eu avec des « ...pas intéressés par la religion » ?

 

Avec sa dynamique propre, une rencontre, en somme, peut se définir par trois verbes. le premier, OSER. Oser entrer dans la chambre d’une personne mourante et s’approcher, oser rester, oser toucher et être touché. Oser se mettre à l’écoute d’une personne condamnée par tous, rejetée par ses proches. Oser poser un regard qui accueillera son humanité profonde, oser  vivre avec elle la quête d’une réconciliation intérieure, sans banaliser le délit commis, mais sans l’amplifier à l’extrême non plus.

 

Puis, DOSER. Doser sa posture : se tenir proche ou à quel endroit ? Doser ses gestes : une main qui se posera ou pas sur la sienne ? Et si oui, à quel moment et de quelle manière ? Doser sa parole :  parler ou renoncer à parler ? Avec quelle force ou quel ton ? Et enfin doser sa présence : quand se retirer, à quel signe de fatigue ou d’apaisement – ou d’agacement ? Après quelle durée, selon un temps qui n’est pas réglementé – mais discerner ?

 

Et enfin, Se retirer. Ce sera ma conclusion. L’aumônier, l’écoutant, doit savoir s’éclipser, voire être oublié, et y consentir ! Il peut aussi accueillir le fait d’être reconnu, entendre la reconnaissance exprimée pour son soutien, et ne pas s’enorgueillir !

 

Un exemple dans les prisons. Lors de leur libération, les détenus me promettent parfois que nous nous reverrons une fois libérés. C’est rarement possible, du fait de leur renvoi de Suisse la plupart du tempsmais j’accueille l’invitation. Et je précise que, si une fois sorti, il renonçait à ce projet, je ne serai pas vexé ni déçu. Car je n’ignore pas que, malgré que je suis un souvenir positif de ce temps passé en prison, je leur rappelle tout de même… la prison ! Alors, une fois sorti, y « revenir » (même indirectement autour d’un café) ce n’est pas toujours possible pour eux. Et je le comprends ! Je veille ainsi à prévenir toute culpabilité inutile s’ils venaient à manquer à leur parole.

 

Le philosophe Martin Buber a écrit : « Toute vie véritable est rencontre ». Cette citation dit, en quelques mots, sa pensée que l’humain ne peut exister qu’en vivant en lien avec ses semblables.

Mon privilège est de me tenir au cœur de cette réalité. Et d’en apprécier les douceurs, comme les âpretés…





mardi 14 avril 2026

ÊTRE EXCLU… C’EST EXCLU !

L’exclusion. La fausse bonne idée. La résolution aveugle d’un conflit. Elle ajoute du vitriol à la plaie. Elle semble apaiser les cœurs, mais elle porte un masque qui cache sa cruauté. Elle se réjouit de sa réussite en ignorant l’avenir assuré de son échec.
Elle a été le fait des régimes totalitaires d’antan… qu’ils soit ecclésiastiques ou politiques. On la voudrait d’un autre temps. Mais hélas, pas besoin d’être si grand ou institutionnalisé pour l’abriter. Elle peut gagner les cœurs des plus petits ensembles humains : sociétés diverses, clubs en tous genres et autres « amicales »… Et encore les plus précieux : la famille, l’amitié, l’amour.
J’ai commenté un texte de l’Evangile selon Marc, dans lequel Jésus guérit un lépreux. Le monde antique en fit les numéros un de l’exclusion sociale et religieuse (Marc 1, 40-42).
« Ainsi, pour nous, dont le besoin de guérir d’une lèpre physique n’est plus aussi nécessaire qu’alors, de quelle lèpre existentielle pourrions-nous être frappé aujourd’hui ? Qui pourrait bien être notre « lépreux » ? De quelle peau sera-t-il ou sera-t-elle vêtu pour se présenter à nous avec ce cri impur, impur, ou pour le dire autrement « Ignore-moi ! Déteste-moi ! Rejette-moi ! » ? Jusqu’où prendrons-nous exemple sur la volonté de Jésus d’accueillir un exclu de le ramener vers nous ? »
« L’amour est une longue patience dont l’amour est le prix », a chanté Charlotte Savary. Telle est la pureté qu’il vaut la peine de préserver, le sain (saint… ?) remède au conflit : marcher ensemble selon l’amour.

L'accueil du père admirable par Arcabas (Luc 15, 11-32)

lundi 13 avril 2026

Entre 4 murs. Entre 4 yeux. Un accompagnement spirituel (2)

C’est avec ce titre que j’ai voulu présenter un témoignage (en trois volets) sur mon engagement comme aumônier sur deux lieux différents et auprès de deux populations distinctes : les personnes détenues dans les prisons et les patients dans les hôpitaux.

Voilà pour la structure de mon temps, mais il y aussi une intention à mes visites. On m’a suggéré, pour un article dans la presse, de choisir un texte de la Bible qui caractérise mon engagement. Il se trouve dans l’Évangile de Matthieu, au chapitre 9. Je pense, en particulier, à cette parole de Jésus : « Aller donc apprendre ce que signifie : c’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices ! »

Ce texte m’accompagne depuis le début de mon ministère dans les prisons. Jésus mange dans la maison d’un nommé Levi, un collecteur d’impôts : un être considéré comme malhonnête et impur, indigne d’une telle visite ! Et pourtant, aux religieux qui s’en offusque, Jésus les renvoie à cette leçon : Aller donc apprendre ce que cela veut dire « aimer de compassion, ne pas juger, passer outre les objections, accueillir les vulnérabilités de la personne humaine. Et lui dire un amour qui ne l’a pas attendue pour s’offrir à elle ! »

Pour moi, Jésus invite dans cette parole à préférer l’insécurité de l’amour inconditionnelle à la sureté artificielle de nos « sacrifices » : de bonnes actions qui n’intéressent que nous, une bonne conscience qui nous rend insensible à la souffrance d’autrui, l’assurance trompeuse d’être un plus méritant parce que… etc.

« Apprendre la miséricorde » ? On peut bien se moquer de ces religieux, mais saurait-on mieux ce que cela signifie « la miséricorde » et plus encore : « la miséricorde que Dieu veut » ?

« Miséricorde ». Pour le vocabulaire, on a parlé de compassion, d’empathie, d’attention… et bien sûr, d’un bouleversement ! Mais, au-delà du vocabulaire, je choisis de rester à l’école de l’amour du Christ, à savoir ne pas se soustraire à la rencontre de l’humain en souffrance, être disponible pour accompagner les mouvements de son être intérieur et d’en être instruit plutôt que de tout savoir, d’en être enrichit souvent, en offrant un amour qui se donne sans attendre de retour sur investissement…

Je m’interroge aussi souvent si, de nous deux (le visitant et le visité), je ne suis pas le plus redevable des deux ? Mais dans la pratique de l’accompagnement spirituel : qu’est-ce que cela implique de se tenir en face d’une personne détenue ? Qu’est-ce que cela bouleverse de se tenir près d’une personne qui est en train de mourir ?

Des leçons de vie assurément ! Et pas uniquement théoriques, car la vie que j’accompagne ne saurait se rencontrer sans quelques émotions utiles à une rencontre véritable. Des émotions qui ne sont pas de l’émotivité, qui nous ferait manquer les fruits authentique d’une attention généreuse à autrui, car je suis engagé, auprès du souffrant, à vivre des émotions qui me porte sans qu’elle me déporte…

Apprendre c’est donc plus que d’acquérir des postures et des gestes techniques (même s’ils sont tout à fait utiles et nécessaires)… Apprendre, dans le fond, c’est tout simplement : Ne pas savoir… Je me rappelle cette expression de Lytta Basset, qui parlait du « non-savoir » de l’aumônier : une entrée en matière aussi simple que redoutable. Mais cette sobriété fera justement la fécondité de la rencontre ! J’ai noté dans un article : « Qu’une écoute qui sait n’entend plus ! »

J’aimerais dire encore que ce « non-savoir » est une espèce de « pauvreté », que je ne fuis pas, mais, au contraire, que je cultive : « Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5,3). Je me laisse porter par la « pauvreté en esprit » des béatitudes : elle est ma sagesse, ma capacité, parce qu’elle est une pauvreté qui m’ouvre toute grande les portes du Royaume des Cieux ! Et pour le disciple du Christ que je désir être, avoir le Royaume des Cieux, ce n’est pas toucher un lot de consolation, mais c’est obtenir toute la plénitude de Dieu !

(La suite et la conclusion sera dans la parution suivante). Entre 4 murs. Entre 4 yeux. Un accompagnement spirituel (3)


Une icone byzantine du Christ miséricordieux


samedi 11 avril 2026

"Lueurs au creux de l'ombre": J'étais en prison et vous êtes venus à moi (la prédication)

Que l’amour fraternel demeure… Cette injonction de la lettre aux Hébreux à toute sa valeur et son sens. Je l’ai dit tout à l’heure : dans le Nouveau Testament, la prison c’est un lieu qui sanctionne les témoins de la foi au Christ, dont le plus « fameux », si l’on peut dire, est l’apôtre Paul. Combien de séjours dans les geôles romaines, combien de billets ou de lettres envoyées de prison ? A tel point qu’ils se considérait lui-même comme « le prisonnier du Christ » (Ep 3,1)

Prédication offerte aux assemblées paroissiales de la région de Lavaux. Dans le cadre d'une sensibilisation au travail de l'aumônerie pénitentiaire et de mon livre "Lueurs au creux de l'ombre". Les textes sont Esaïe 61, Hébreux 13 et Matthieu 25.

L’amour fraternel, c’est se souvenir, c’est ne pas perdre le lien qui lie la communauté aux frères et sœurs emprisonnés. C’est une invitation à la solidarité, à ne pas abandonner ceux qui souffre en prison.

Parce que l’on souffre en prison. La prison n’est pas – et ne l’était encore moins à cette époque – l’hôtel 4 étoiles dans lequel les gens parfois imagine le quotidien des personnes détenues. Je l’ai dit et écrit : « … même si une personne détenue vit dans des conditions convenables (cellule, repas, occupation, projet d’avenir, etc.), il lui restera toujours cette peine d’être privé de liberté. Pas besoin d’ajouter des vexations, du mépris ou tout autre « complément d’inhumanité » à sa situation. La peine privative de liberté suffit amplement à répondre à la demande de la société de voir une infraction à la loi sanctionnée. »

L’amour fraternel est aussi une identification par l’empathie, comme si vous étiez prisonniers avec eux (3). Mais la prison est un lieu fermé qui ne se laisse pas montrer à qui veux. Pour cela, il faut le courage de s’y rendre, et l’humilité de rencontrer les personnes détenues comme celles et ceux qui travaillent. Ce fut mon cas, et les leçons de ces années, je les partage dans mon livre.

Mais il y a encore, dans cette lettre, une autre manière de s’identifier : …puisque vous aussi, vous avez un corps (3). Pourquoi cette précision ? Peut-être parce que nos corps nous rappellent à la fois ce qui nous unis et nous séparent : ils sont en prison et nous pas… C’est difficile à imaginer, je l’ai dit, mais on peut essayer :

Si notre corps est le compagnon de nos mouvements, libres et choisis la plupart du temps, peut-être aurons-nous une idée de notre angoisse s’il est entravé ? Si notre corps porte nos émotions et l’intention de nous joindre à autrui pour se voir et se parler… Peut-être aurons-nous une idée notre blessure si nous sommes privés de ces affections ?

Je l’ai observé et écrit : La peine de prison pèse, oppresse, obsède, et parfois blesse (…) En les côtoyant au jour le jour, j’ai pensé à un mot qui qualifierait le ressenti de la privation de liberté, et ce mot a été celui d’âpreté. La personne détenue ne vit pas forcément dans un désespoir constant ni dans un confort douillet. Mais il y a un petit goût amer à tout ce que vous vivez. Et le dictionnaire français le précise bien : l’âpreté est une sensation pénible, désagréable ; elle a sa dureté et son amertume. »

« J’étais … ; en prison, et vous êtes venus à moi. » Tout à l’heure, j’ai indiqué que pour parler des personnes détenues que j’ai rencontré, il fallait écouter un autre mot de l’Evangile, celui de « miséricorde ».

Dans le texte de Matthieu que nous lisons, il semble que notre vie est appréciée – pour ne pas dire jugée… à la mesure des dons de miséricordes que nous adressons à celles et ceux qui sont en souffrance, en détresse, isolés, abandonnés… en deux mots : la miséricorde, c’est la corde dans la misère. Et toute la question de ce texte est : l’avons-nous tendu ou pas ?

Des actes de miséricordes qui font la différence ? Des actes qui justifient qui les a accomplis lors du jugement dernier ? Cela pourrait bousculer notre conviction d’un salut par la foi seule ? Mais ce qui devrait nous rassurer sur ce point, c’est l’ignorance qu’il en ont de les avoir accomplis ! C’est une manière de revenir à la grâce. Leur ignorance n’est pas une distraction, mais le fait d’une action libre de toute attente, elle s’accomplit dans la simplicité et la générosité, et parfois le courage…

Et s’il n’y a pas de « méritants » parmi ceux qui exerce la miséricorde, il n’y en a pas non plus parmi ceux qui la reçoivent. Le Fils de l’Homme s’identifie à toute personne qui est dans la précarité et l’humiliation. Je le rappelais tout à l’heure : Jésus ne fermait pas son cœur à qui venait à lui, quel qu’il soit ! Et qui peut dire qu’il n’a jamais eu besoin de la guérison du Christ ?

L’aumônier des prisons que j’ai été l’a écrit ainsi : « Je me souviens d’agents de détention s’étonnant qu’un de leurs « protégés » vienne à l’aumônerie. Soit du fait de sa non-appartenance à la religion chrétienne ou son désintérêt pour le fait religieux. Ou encore parce que son comportement n’était pas précisément celui d’un « enfant de chœur. » Mais je le dis clairement ici : notre accueil n’était pas un certificat de bonne conduite… »

J’aimerais conclure sur les mots du prophète Esaïe, que nous avons lus, et que Jésus a prononcé dans la Synagogue de Nazareth, dans l’Evangile de Luc : « Il m’a envoyé porter joyeux message aux humilités… proclamer aux captifs l’évasion, aux prisonniers l’éblouissement. » (1)

Ces mots n’ont cessé de porter mon ministère auprès des personnes détenues – et sans doute aussi de toute ma vie. Pour un aumônier de prison, ce mot « d’évasion » peut faire sourire… C’est bien pourtant de telles ouvertures et de telles clartés que j’ai cherché à partager avec eux. A leur écoute, j’étais un peu le « roi de l’évasion » - spirituellement s’entend !

Un extrait encore du livre à ce sujet : « Lors de chaque entretien, j’écoutais avec empathie les mouvements intérieurs de la personne détenue, dont certains n’étaient nommés que dans le petit bureau où je les accueillais. Ces émotions avaient leur importance. Elles étaient les signaux humains de leur existence. (…) L’estime de soi, l’apaisement, la réconciliation, le courage, la patience sont des valeurs existentielles que j’ai cherché à faire naître (ou renaître) en eux. J’étais comme un compagnon de voyage qui se tenait à leurs côtés, et dont l’écoute, réconfortante, donnait au récit de leur vie une chaleur bienfaisante. En ce sens, je prenais soin de leur être émotionnel. »

Cette année de la faveur du Seigneur, citée par Jésus, je l’ai partagée avec eux. Le Christ a choisi, dans sa citation, de s’arrêter avant la suite du texte d’Esaïe, plus menaçante… Voulait-il ainsi souligner cette année de la remise des dettes dont parle la Thorah (Dt 15,1) ? Et si sa main à voulu retenir le jugement pour ouvrir un temps de grâce et de réconciliation… qui étais-je pour l’en empêcher ?


Photo: Eric Imseng


mardi 7 avril 2026

Entre 4 murs. Entre 4 yeux. Un accompagnement spirituel (1)

C’est avec ce titre que j’ai voulu présenter un témoignage (en trois volets) sur mon engagement comme aumônier sur deux lieux différents et auprès de deux populations distinctes : les personnes détenues dans les prisons et les patients dans les hôpitaux.

Observez avec moi la photo de ces deux enfants. J’y vois l’intensité de la peine de l’enfant souffrant… et la douceur empruntée du jeune consolateur ! Et je m’y retrouve, personnellement, dans l’exercice de ma tâche, car accompagner des personnes en situation de fragilité demande de l’authenticité autant que de consentir à être vulnérable !

De cette position particulière, j’ai souhaité partager avec vous la richesse autant que l’inconfort, parfois, d’un accompagnement adressé à des personnes différentes, dans des contextes différents. Et pourtant, il y a certaines similitudes que j’ai pu observer.

À l’hôpital de gériatrie, par exemple, il n’est pas rare d’entendre : « Je suis en prison, ici ! ». Pour moi, qui visite de « vrais » détenus, c’est une occasion intéressante de parler avec ces patients de ce qu’ils ressentent comme une « prison » ? Une occasion pour eux de pouvoir me dire combien leur liberté leur paraît réduite, limitée, voire refusée !

Et dans les prisons ? J’ai souvent, avec les détenus, un entretien similaire à celui des patients, quand nous parlons du temps de leur arrivée, celui de leur temps de cure, puis celui de leur retour à la maison. Pour un détenu, quitter la prison c’est devoir faire face à la surprenant crainte de retrouver la liberté. Arriver en prison est angoissant… et en repartir, tout autant ! Et bien, il peut en être de même pour les patients : la perspective d’un retour à la maison peut être inquiétante, s’il faut aller en EMS, par exemple, ou apaisante, s’il est possible de rentrer chez soi ! Mais pour eux tous, la question demeure : est-ce que ce sera un retour à l’existence d’avant ? Ou autrement ? Ou Pire ?

Aux uns comme aux autres, je rends visite. C’est la base de mon activité d’accompagnant spirituel. Et, très concrètement, C’est une exigence dans mon agenda. Cela veut dire plusieurs demi-journées (dont une soirée pour des visite à la prison d’exécution de peine de La Brenaz) ; ainsi, toute une partie de mon temps qui est bloqué, j’aimerais dire consacré, à cette engagement et disponibilité – et qu’il faut veiller à préserver, ce qui n’est pas toujours simple…

La suite sera disponible dans la parution suivante: Entre 4 murs. Entre 4 yeux. Un accompagnement spirituel (2)



dimanche 5 avril 2026

"Il vit et il crut..." (Une méditation du jour de Pâques dans les prisons)

« Il vit et il crut »... VOIRCROIRE… deux verbes qui n’ont pas toujours fait bon ménage quand on parle de la foi. Et pourtant, comment vivre sans eux ? VOIR c’est le verbe qui dit que nous avons deux yeux et qu’ils ont une importance cruciale pour observer, s’orienter, se reconnaître… Et bien sûr, il nous arrive de ne pas voir. CROIRE c’est le verbe qui dit que tout ne se voit pas avec les yeux, c’est le verbe pour dire la confiance, mais aussi la conviction… Car nous pouvons avoir de bonnes raisons de croire.

Le voir et le croire apparaissent dans plusieurs scènes du chapitre 20 de l’Évangile de Jean et c’est consciemment que l’évangéliste développe la question du VOIR et du CROIRE ! Voir pour croire ? Que faut-il voir pour croire ? Et enfin : peut-on croire sans voir ?

 

Courte prédication offerte aux détenu.e.s des prisons à Genève. Texte de L’Évangile: Jean 20,1-10.


« Il vit et il crut » … à cause d’un SIGNE. Dans l’Évangile de Jean, ce mot est très important. Les miracles accomplis par Jésus, par exemple, sont des signes, c’est-à-dire qu’ils sont porteurs d’un message qui nous invite à la confiance dans le Christ, à la foi en Dieu !

 

En cet instant, ce  disciple « qui a couru plus vite que Pierre » vient d’entrer dans un tombeau vide. Et comme Pierre avant lui, il voit le signe : ces bandelettes « posées là » et « le linge qui avait recouvert la tête »… mais qui est « roulé à part, dans une autre endroit. »

 

Ainsi, ce tombeau n’est pas seulement vide, il contient une INTRIGUE… encore une manière pour l’évangéliste de composer ces récits de résurrection. Ces bandelettes, comme abandonnées,  et surtout ce linge soigneusement roulé à part… tout cela ne contredit-il pas le VOIR de Marie de Magdala : « On a enlevé du tombeau le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis. » (2 ) ? Tout cela ne MONTRE-T-IL pas au contraire que le corps n’a été ni volé ni déplacé, tout cela ne laisse-t-il pas VOIR des gestes conscients pour s’en défaire en quittant ce tombeau ? 

 

Au VOIR paniqué de Marie, il y eu le VOIR stérile de Pierre. Maintenant, « l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entre à son tour dans le tombeau… » Et c’est le VOIR de la foi : il n’y plus de peur ni de doute : « Jésus devait se relever d’entre les morts » (9) Eh bien, cela est ACCOMPLI !

 

Est-ce que des paroles de Jésus lui sont revenues en mémoire ? Sans doute… Comme celles dites à Marthe devant le tombeau de Lazare : « Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? (11.25) 


Et nous, croyons-nous cela ? 

 

Alors que le disciple que Jésus aimait VOIT et CROIT sur paroles, ces signes de la résurrection, alors que ces paroles de Jésus ne sont pas encore « l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts » (9)…  nous, qui écoutons cet Évangile aujourd’hui, que VOYONS-nous, que lisons-nous, que CROYONS-nous ? Accepterons-nous de vivre ce passage du mystère à l’intrigue, de l’intrigue au sens, et du sens à la foi ?

 

Nous n’avons aujourd’hui que « l’Écriture » pour croire… Oui, mais pas seulement : nous avons aussi cette béatitude que Jésus adressa à Thomas : « Parce que tu m’as VU, tu as CRU ; bienheureux (celles et ceux) qui, sans avoir VU, ont CRU. » (29)

Christ est ressuscité ! Oui, il est vraiment ressuscité !




vendredi 3 avril 2026

Je te vois mourir sur cette croix ...

Combien d’images, d’objets, de scènes peintes… te figent, te dépeignent, te crient ainsi ?

Sur ce bois d’humiliation, je te vois, te laissant engloutir dans la mort.

Mais combien de regards te verront, en cet instant, engloutir toutes nos morts ?

Qui saisira, dans ton abandon souffrant, ta main nous saisissant ?

Abandonné, souffrant, mourant, tu n’es pas devant nous mais en nous, comme nous sommes en toi, abandonnés, souffrants, mourants.

À l’impossible question « Où es Dieu dans les souffrances injustes du monde » ? Tu réponds : « Je suis là, en toi. »

Je me souviens des mots d’Élie Wiesel. Près d’une potence d’Auschwitz, lors d’une exécution par pendaison, un enfant agonisait sans fin… Un des prisonniers, contraint d’y assister avec lui, s’écriait : « Mais où est Dieu ? » Et Élie Wiesel de répondre : « … je sentais en moi une voix qui lui répondait :  Où il est ? Le voici : il est pendu ici, à cette potence ! »

Tu es là, pendu au bois.

A chaque instant de ma souffrance ou lorsque je dois la regarder en face, je te sais en moi.

Tu es là, reconnaissant ce vivre de douleur et d’accablement et le fécondant de ta faiblesse et ton amour.

Je suis là, au pied de ta croix, frappé par l’amertume du monde et te nommant : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! »

Tu es là, en croix, habitant la souffrance du monde et me répondant : « Moi je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans l'obscurité, mais il aura la lumière de la vie. » (Jean 8,12)



lundi 30 mars 2026

"Lueurs au creux de l'ombre" : L' avenir du pardon ?... suite et fin (3)

En lien avec la parution de mon livre, je publie ici la conclusion de deux articles précédents sur la question de la justice pénale et du pardon.
Ainsi donc, la porte du pardon est ouverte, mais il y a un chemin à parcourir, une expérience à saisir pour en faire quelque chose envers celle ou celui qui nous aura blessé. Le pardon n’est ni règlementaire ni automatique…
Comme on l’a dit : « Dieu ne pardonnerait-il pas tout, car c’est son métier ? » Cette provocation dit combien la question du pardon peut-être superficiellement traitée. Avec de tels artifices, on offense... je pense, la valeur existentielle du pardon !
« Dieu peut-il vraiment tout pardonner ? », me demandait plus sérieusement une personne détenue. Après un cours temps de réflexion, je fus étonné – et le détenu avec moi sans doute – de ma réponse : « Non, je ne suis pas sûr que Dieu puisse TOUT pardonner. Mais ce dont je suis absolument certain, c’est que Dieu pardonne à TOUS!
Je reste aussi satisfait que perplexe de ma réponse, mais je la conserve pour la vérité qu’elle dit, à savoir que le pardon n’est pas qu’un fait, une décision que l’on prend ou pas, mais un chemin à parcourir dans un lien d’humanité !
Je cite ici Gislain Waterlot : « Demander pardon, accorder le pardon, c’est entrer dans la profondeur de l’humain, avec tout ce qu’il comporte de grandeur et de fragilité, de contradictions méconnues. Et peut-être que ni le coupable ni la (les) victime(s) ne souhaitent y entrer. La lucidité ferait courir trop de risque »
Cette citation dit la part d’ambivalence de la démarche du pardon : pas un « oui » d’office, pas un « non » d’emblée… Je pense même qu’elle offre la possibilité d’une abstention (que je préférerais au refus). Une manière de prendre notre responsabilité, de retenir le pardon dans un oui, mais de ne pas renoncer pour autant au pardon qui est à souhaiter, désirer. Il viendra sans doute, après un chemin, long, difficile, tortueux, mais il reste possible car, si on ne la franchit pas aujourd’hui… la porte reste ouverte !
Le pardon n’est pas une baguette magique qui transforme tout un instant par son acceptation. Le pardon n’est pas un coup de bâton non plus qui frappe de manière définitive par son refus. Quel que soit le temps qu’il faudra, les difficultés que l’on rencontrera, je pense que le pardon de Dieu ne nous dit pas tu dois, mais nous demande de dire oui et de se mettre en marche…
Une femme écrivaine a dit : le pardon n’est pas au bout du chemin, il est le chemin. Le chemin du pardon n’empêche pas la douleur de la blessure, la souffrance nécessaire qu’il faut pour la guérir. Le chemin du pardon ne nous empêche pas de faire face à notre responsabilité. Mais le chemin du pardon, nous ouvre un avenir.
Je conclue avec cette pensée que j’ai lue quelque part : « Lorsque tu pardonnes, tu ne changes pas le passé, mais tu changes ton avenir ».


La statue de justice, à Berne

dimanche 22 mars 2026

"Lueurs au creux de l'ombre" : Si la justice oublie, qu'en est-il du pardon...? (2)

En lien avec la parution de mon livre, "Lueurs au creux de l'ombre", je publie ici la suite d'une premier volet au sujet du pardon... pour qu'il peut être dans les prisons.

Après la présentation de « l’oubli juridique » dans le premier volet de cet article, je reviens un peu en amont pour rejoindre l’espace-temps de la vie carcérale, dans lequel les personnes détenues vivent leur privation de liberté. C’est là que je les rencontre : eux, entre quatre murs, moi, entre quatre yeux.

Dans la pratique, la question du pardon est abordée parfois. Elle se formule ainsi : est-ce que peux être pardonné après ce que j’ai fait ? Est-il possible de demander pardon, de l’accepter s’il m’était accordé ? Une question qui a toute sa légitimité, et autant de complexité. Quand elle ose être posée… Car, ce n’est pas toujours aussi clair, reconnaissons-le.

La réponse à cette question m’a demandé un peu de réflexion, je l’avoue. Il fallait donner une réponse aussi authentique que respectueuse pour les personnes impliquées par cette question. Ce ne sont pas les mêmes implications si vous bousculez par mégarde une personne dans la rue… ce qui pourrait se résoudre ainsi : - « Oh pardon » - « Je vous en prie, il n’y a pas de mal… » Mais justement, quand il y a du mal, ce pardon est-il aussi facile à accorder ? Le réalisme – et la décence – plaident pour le non…

Et pourtant, j’ai pris la décision de choisir un chemin vers le oui, pour plusieurs raisons. La première est tout d’abord théologique. Jean Zumstein écrivait : « Que veut-on signifier lorsque l’on parle de pardon ? Cette thématique renvoie fondamentalement à la figure d’un Dieu qui, de façon inattendue, fait l’impasse sur un passé perdu (ou gâché), pour créer un avenir véritable, pour laisser une chance à la vie. La créativité du Dieu de l’Evangile est la créativité de l’amour qui fait toutes choses nouvelles. » 

Cette citation présente clairement le Dieu dont je suis témoin et les implications vers lesquelles elle me presse en tant que disciple du Christ. Jean Zumstein dit très bien encore la « surprise » du pardon dont les Evangiles parle abondamment, en particulier par l’attitude et les paroles de Jésus. 

Une des plus impressionnantes, selon moi, est la parabole du serviteur impitoyable ! (Mt 18,21-35). Au cœur de cette histoire, il y a cet homme menacé de la prison pour rembourser une dette énorme et que son créancier, un personnage important, ému de sa détresse, délivre en annulant sa dette ! Mais ce serviteur, à peine libéré, envoie un de ses collègues qui lui devait beaucoup moins d’argent, en prison, sans aucune compassion !

Il y a beaucoup à dire sur l’attitude de ce personnage important de la parabole qui « passe l’éponge » sur une énorme dette. Mais ce qu’il faut retenir ici est le reproche qui sera adressé à ce serviteur : « Tu as méprisé le don que je t’ai accordé ! » Il n’a rien appris de la valeur de ce geste. Et c’est sans doute la leçon principale de la parabole de Jésus : « Accorderas-tu à autrui la grâce qui t’a été faite ? »


Mais il ne faudrait pas jouer le Nouveau Testament contre l’Ancien sur ce sujet. Parmi les textes bibliques qui se dresseraient contre le refus d’un cheminement vers le pardon, il y déjà le livre des Psaumes, comme : « Si tu retiens les fautes, Seigneur, qui subsistera ? » (Psaume 130,3)


Suite dans le dernier volet de cet article prochainement.



Fontaine de la justice, à Neuchâtel


mardi 17 mars 2026

Pour les « Intranquilles » (dont je suis)...

 Il existe un lieu accessible pour les « Intranquilles » (dont je suis) :

« Le lieu sûr de ma paix est ce plus grand que moi, cet autre qui me saisit et que je ne saisis pas, qui m’inspire et m’aspire au-delà de moi-même, au-delà de ce dilemme tourbillonnant de tout vivant, pris entre l’effroi de la mort et l’acceptation de ma finitude.
Cette respiration du monde qui emprunte mes poumons que le temps d’une ronde, ce grand cœur têtu qui bat hors de ma poitrine et qui prend le relais de mon arythmie, mon lieu sûr, hors de moi, celui dont Saint-Augustin disait : mon âme est inquiète jusqu’à ce qu’elle repose en Toi. »
(Marion Muller-Colard, L’intranquilité, Ed Bayard)

Photo : Éric Imseng





lundi 16 mars 2026

"Lueurs au creux de l'ombre": Dieu pardonne, la justice oublie… (1)

En lien avec la parution de mon livre, "Lueurs au creux de l'ombre", je publie ici le premier volet d'un article sur le pardon... pour qui est en prison.

Le pardon: il suffit de le prononcer pour entendre l’ampleur qu’il occupe dans les relations humaines !

Le pardon impossible à donner, celui qu’il faut accorder. Le pardon impossible à recevoir, celui qu’il faut pourtant accueillir. Le pardon pour guérir, pour se libérer. Le pardon contraint par le respect de certains principes, une obligation de fait, le rendant aussi artificiel qu’inopérant !

 

Et puis bien sûr, le plus courant, le refus du pardon par crainte de justifier le mal commis ou de l’encourager. Et encore, les démarches sincères de pardon, mutuel ou solitaire, avec leurs méandres paisibles ou intenses, conduisant à des progrès, des régressions, voire des abandons…

 

Et, enfin, accompagnant chacun de ces trajets, des souffrances, des peurs, de luttes, des silences étouffants, mais aussi des guérisons, des libertés retrouvées. On pourrait se demander s’il ne faudrait pas parler DES pardons pour rendre justice à toutes ces situations et autant de cheminements ?

 

J’ai brossé ici, en quelques mots, ce que j’appellerai le pardon de « Madame et Monsieur tout le monde » que l’on pourrait nommer le pardon éthique. En particulier, le pardon de celles et ceux qui sont libres de leur mouvements et décisions, par oppositions à celles et ceux qui, privés de liberté, se tiennent au quotidien dans les murs de l’enceinte d’une prison.

 

Pour eux, la question du pardon est tout aussi complexe et vive… Car ces femmes et ces hommes dont je parle, ont vécu, avant leur incarcération, un parcours judiciaire qui va de l’enquête à la condamnation, en passant par le procès, et qui est très éprouvant ! Il ne s’agit pas de les plaindre – ils méritent mieux que ça – mais les citoyens que nous sommes ignorent souvent combien ce trajet « sous-main de justice » est déjà une peine qu'ils doivent affronter.

 

Dans ces lignes qui précèdent, nous réalisons combien le pardon éthique est prégnant dans toute situation de vie, de la plus anodine à la plus complexe. Cependant, au cours d’une de mes lectures, j’ai entendu parler d’un pardon plus étonnant et moins habituel, le pardon juridique ou pénal.

 

Mais nous allons le voir, pardon et droit pénal ne font pas ménage commun… Je me réfère ici à un article d’Alain Papaux, dans la Revue des Cèdres : « Le pardon, un regard de la philosophie du droit. »

 

L’auteur y indique que nos préoccupations en la matière, dont j’ai parlé plus haut, ne préoccupe pas le système judiciaire car, précise-t-il, le pardon « n’est pas partie au procès pénal. » L’enjeu principal d’un procès est d’opposer la société à l’auteur d’un délit ou d’un crime pour en déterminer les circonstances, la gravité et prononcer une sentence.

 

Dans cette confrontation, il y a peu ou pas de place pour les sentiments. Il y a des faits à clarifier, des raisons à nommer, des intentions à discerner, des témoignages à confronter…. Ainsi, la cause est entendue : dans cette quête de justice « on entrevoit (...) que le pardon y soit structurellement non pertinent. ».

 

Et l’auteur nous révèle encor un autre enjeu : « Si le droit ne pardonne pas, en revanche il oublie. » Mais cet oubli n'est pas un pardon qui ne dirait pas son nom. D’ailleurs, il ne semble pas s’inquiéter d'une quelconque réconciliation entre les parties au procès.

 

Ainsi, je comprends cette posture de la justice comme technique plus qu’éthique. Elle a un mot pour cela : « Il s’agit d’un oubli public, dénommé prescription. » Lorsqu’elle est prononcée, elle met fin à toute prétention juridique ou pénale.

 

En d’autres termes, une fois la peine subie, la justice cesse de s'inquiéter de vous, elle vous oublie : vous retourner à votre état de femme ou d’homme libre. Un fait que les honnêtes personnes que nous sommes devraient se rappeler : l’oubli de la justice renvoie cette personne au même état que le nôtre, sa liberté retrouvée doit être aussi réelle que la nôtre !

 

Mais pour que nos liens avec celles et ceux qui ont été « oubliés » de la justice soit réellement pacifiés, il faut encore clarifier un chemin de réconciliation pour « solde de tous compte. »


C’est ce que je me propose de développer dans le second volet de cet article.



Statue de la fontaine de justice - Lausanne.

Entre 4 murs. Entre 4 yeux. Un accompagnement spirituel. (3 et fin)

C’est avec ce titre que j’ai voulu présenter un témoignage sur mon engagement comme aumônier sur deux lieux différents et auprès de deux pop...