jeudi 15 janvier 2026

Humble et libre... écouter !

"Humble et libre"... Des mots qui résonnent si particulièrement dans ces prisons, que l'on imaginent volontiers ne servir qu'à punir...

Car, si notre accompagnement a ses règles (et dans le monde carcéral, ce mot a un poids très particulier!), notre écoute se veut libre, comme une "oreille nue" (selon l'expression de Maurice Bellet1). 

Mais si elle est sans jugement ou volonté excessive, notre écoute n'en est pas moins sans intention : elle est "vivante et sensible"... 

Et si la confiance qui nous lie à la personne détenue n'est pas "aveugle" (je n'aime guère l'expression d'ailleurs...), elle rejoint ce que je vis dans la foi: une confiance qui ne repose pas sur des preuves uniquement perceptibles à la vue, mais sur un discernement, une perception spirituelle - et parfois instinctive - qui nous ouvre à un lien authentique avec l'existence d'autrui pour en découvrir le meilleur.

Ainsi, l’ignorance que j'ai sur les raisons qui ont conduit une personne détenue en ces murs n'est pas un handicap... au contraire, elle est le gage d'une écoute première, humble et spontanée, aussi économe en moyens qu'elle sera fructueuse en effets.

A une personne détenue s’interrogeant sur ce qu’elle pouvait me dire au cours de nos entretiens, je résumais : 

« Vous pouvez tout me dire, mais je n’ai pas besoin de tout savoir pour vous accompagner ici... »

J'écrivais, dans un article, paru dans l'ouvrage réalisé pour les 40 ans de la prison de Champ-Dollon, à Genève:  

"C'est un aspect important de mon activité d'aumônier que celui de l'écoute. Simple et complexe à la fois, l'écoute, c'est n'avoir ni volontarisme ni jugement. Il y a en amont de la disponibilité de l'écoutant, un travail important d'allègement, un émondage, pour parvenir à une écoute réelle. Il s'agit d'abandonner un certain nombre de savoirs et de vouloirs pour être là, à l'écoute. A l'écoute de la vie, de la mort, de la peur, de la colère et autant de réalités humaines présentes en prison, et que je rencontre avec beaucoup d'humilité. Car j'ai appris qu'une écoute qui sais n'entend plus."

L’essentiel de l’écoute n’est pas d'abord dans la sécurité des mots ni des savoirs techniques.

Et la confiance mutuelle ne se négocie pas comme un achat …


Icône de Jean posant sa tête sur Jésus lors du dernier repas de Jésus à la Pâques (Inspiré du texte de l'Evangile selon Jean)

mardi 13 janvier 2026

"Lueurs au creux de l'ombre" : Le Notre Père du prisonnier (2 - Notre Père qui est aux cieux...)

Dans le sillage de la récente parution de mon livre : "Lueurs au creux de l'ombre" qui revient sur mon expérience d'aumônier dans les prisons à Genève, pendant dix ans, je republie ici  les courtes prédications, sur chacune des paroles du Notre Père, dans l’Évangile selon Matthieu (6, 9-13) et que j'ai partagées avec les détenus des prisons à Genève.

Pour ceux qui l’ignorerait encore, les conditions de l'organisation des célébrations dans les prisons limitent la durée de leur déroulement. Et je n'ai que 5 minutes (avec sa traduction anglaise) pour partager une prédication avec les détenus.

Le titre de ces articles me vient d'une prière du Frère Dominicain Philippe Maillard: Le Notre Père du prisonnier (ou la prière des sans voix). Aujourd'hui décédé, il fut très engagé auprès des personnes en situation de précarité.

Il a laissé une magnifique paraphrase du Notre Père que j'ai également publié dans un article précédent. 

Mais pour le moment..

"Notre Père qui es aux cieux." (9)

Le 21 juillet 1969, à 3 heures de la nuit européenne, il y a un peu plus de cinquante ans, le commandant Neil Armstrong est le premier homme à poser le pied sur la lune ! Il a cette parole, devenue historique : « C’est un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité » !

J’allais avoir 8 ans, et mes parents avaient accepté de me réveiller pour regarder, avec 600 millions de téléspectateurs, cet événement inouï : l’astre que je voyais si lointain était là, à portée de regard, et un homme était en train d’y marcher ! Fascinant ! Le rêve de marcher sur la lune, que notre humanité faisait depuis des siècles… était réalisé !

Si loin et pourtant si proche… Inaccessible et pourtant rejoint, touché, habité ! Cet événement a fait écho en moi, alors que je méditais les premiers mots de la prière de Jésus : « Notre Père qui est aux cieux ».

Autant le mot "père" peut nous paraître proche… autant le mot "cieux" peut sembler lointain. Que signifie ce "aux cieux" ? Dieu se tient-il dans les nuages ou parmi les étoiles ?

L’astronaute Yuri Gagarine aurait dit après son vol spatial : "j’ai volé dans l’espace, mais je n’ai pas vu Dieu" ? Mais savait-il que, dans l’espace qu’il avait traversé, il était encore dans la création de Dieu !

Savait-il que notre Père céleste est l’auteur des cieux, comme il l’est de toute la création, aussi loin que notre univers existe ! Savait-il que "aux cieux" n’est pas un lieu que l’on pourrait voir de nos yeux ? Notre père céleste, créateur du ciel et de la terre est esprit et vie et non matière que l’on pourrait toucher du doigt.

Le vitrail de Marc Chagall qui illustre cet article et qui s’intitule « La création du monde » le démontre : l’artiste n’est pas physiquement dans cette œuvre, et pourtant chaque trait et couleur qui a été posé pour créer cette œuvre est de lui.

Marc Chagall n’est pas visible dans cette œuvre, mais ses formes et ses couleurs, qu’il a créés nous parlent de sa personne, de son talent, etc. Et de même pour Dieu lorsqu’il est dit créateur du ciel et de la terre !

Mais intéressons-nous à l’expression "Notre Père". Jésus, s’il ne l’invente pas, ne l’emploie pas par hasard : elle est utilisée dans le judaïsme de son époque. Dans les religions de l’Antiquité aussi, en particulier lorsque l’on fait appel à son Dieu, en situation de détresse !

Mais le mot père pourrait rappeler des souvenirs pénibles… Comme ce jeune, à qui l’on parlait de Dieu comme un père, et qui s’écria : "si ton Dieu est comme mon père… tu peux te le garder !"

Cependant, Jésus ne parle pas d'abord de notre lien avec nos parents, il nous conduit à accueillir la valeur intime d'une relation avec Notre Père. Cette valeur est contenue dans un mot très simple, dans le vocabulaire du Nouveau Testament : Abba

Abba est à l’origine, le balbutiement de l’enfant en bas âge. Il dit aussi le respect que l’on doit à une personne plus âgée. Abba, Père, est la plus simple expression de notre être, nous disons ainsi la confiance de l’enfant envers son parent ! Et le respect envers une personne importante !

Jésus a prononcé ces mots lors de la nuit qui a précédé sa mort sur la croix, pour dire à son Père sa détresse. L’apôtre Paul l’emploie pour affirmer notre filiation avec Dieu que l’Esprit Saint crie en nous comme la bonne nouvelle d’une libération ! "Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père !" (Ga 4,6)

Si nous disons à Dieu "Papa" (ou "maman", le genre n’est pas si important), c’est pour vivre libres et authentiques dans notre foi en Dieu, Notre Père, pour entreprendre avec créativité, pour persévérer avec audace. Vivre avec patience et confiance les temps difficiles de notre existence !

Tout à l’heure, nous dirons la prière de Jésus. Nous ne dirons pas "MON Père", mais "NOTRE Père"… La tendresse et la fidélité que Dieu nous offre dans ce mot, nous les vivons en amitié avec toutes celles et ceux qui font notre communauté de croyants, par le monde entier.

C’est sa force et peut-être sa faiblesse. Si elle reste uniquement la prière liturgique que nous vivrons tout à l’heure… habituelle, machinale, nous en perdons le sens et la valeur !

Aussi, je vous invite à tenter une petite expérience lorsque vous serez rentés chez vous, dites cette prière en laissant au moins 3 secondes entre chaque verset… Vous pourriez découvrir ainsi encore bien d’autres richesses spirituelles que celles que je viens de partager avec vous !


 Marc Chagall: La création du monde

samedi 10 janvier 2026

« On a pas signé pour ça ! ... »

A Lutry, nous traversons une semaine très éprouvante (veillées, permanences, services funèbres). Nous nous tenons auprès de familles ayant perdus un être si précieux ou qui sont très éprouvées pas la santé d’un proche.

Dans ma peine, je me suis rappelé les mots du chef des pompiers de Crans-Montana, si bouleversé par ce qu’il avait vécu pendant l’intervention de secours. Il rapportait les mots de désarroi de ses sapeurs-pompiers volontaires : « On a pas signé pour ça ! ... »

Et j’ai pensé : « Je le comprends si bien mais, en réalité, qui a signé pour ça ? »

Perdre son enfant dans des circonstances si violentes et subites… qui a signé pour ça ?

Perdre son frère, sa sœur, son proche, son meilleur ami, sa super copine en quelques minutes… qui a signé pour ça ?

Endurer pendant des mois des soins médicaux et devoir ensuite apprivoiser une apparence qui ne sera plus celle que l’on avait auparavant… qui a signé pour ça ?

 « On a pas signé pour ça », mais il faudra bien la signer cette page de notre vie. La signer pour admettre que oui, cela a bien eu lieu, cela nous est arrivé.

Et pour que notre main ne tremble pas en déposant ce « oui », il faudra du temps. Pas seulement une durée qui attriste et qui blesse, mais un vécu qui peu à peu apaise, guérit, relève, parce qu’il aura été traverser sans fard ni censure, émotionnellement vrai et patient.

« Le deuil est si large qu’on ne peut pas le contourner, il est si haut qu’on ne peut pas passer par-dessus, il est si profond qu’on ne peut pas passer en dessous. C’est pourquoi il ne reste qu’une solution, c’est d’en ouvrir la porte et de le traverser » (anonyme)


Photo: Eric Imseng



jeudi 8 janvier 2026

"Lueurs au creux de l'ombre" : Le Notre Père du prisonnier (1 - Vous donc, priez ainsi...)

Dans le sillage de la récente parution de mon livre : "Lueurs au creux de l'ombre" qui revient sur mon expérience d'aumônier dans les prisons à Genève, pendant dix ans, je republie ici  les courtes prédications, sur chacune des paroles du Notre Père, dans l’Évangile selon Matthieu (6, 9-13), que j'ai partagées avec les détenus des prisons à Genève.

Pour ceux qui l’ignorerait, les conditions de l'organisation des célébrations dans les prisons limitent la durée de leur déroulement. Et je n'ai que 5 minutes (avec sa traduction anglaise) pour partager une prédication avec les détenus.

Le titre de ces articles me vient d'une prière du Frère Dominicain Philippe Maillard: Le Notre Père du prisonnier (ou la prière des sans voix). Aujourd'hui décédé, il fut très engagé auprès des personnes en situation de précarité.

Il a laissé une magnifique paraphrase du Notre Père que je publierai dans un article en parallèle à ces publications. Mais pour le moment... 

 

"Vous donc, priez ainsi : Notre Père qui est aux cieux." (9)

 

Nous venons de lire une prière qui a plus de 2000 ans! Depuis le début du christianisme, elle est dite par les disciples du Christ, et aujourd’hui, elle est prononcée en commun par les chrétiens de toutes confessions, à la suite de cet enseignement de Jésus.

 

Mais cette prière, ce ne sont pas que des mots à savoir et à dire. Jésus attend de nous plus qu’une récitation ! À ses disciples qui lui demandent une prière, Jésus leur donne un signe de reconnaissance et de communion. 

 

Une reconnaissance de nos frères et sœurs et une communion intime en Dieu.

Mais j’aimerais prendre le temps de lire avec vous, ce matin, les mots de Jésus qui précèdent cette prière, dans le texte de Matthieu.

 

Gardez-vous de pratiquer votre religion devant les hommes pour attirer leurs regards." (1)

 

Jésus ne critique pas le fait de prier ensemble, de manière visible, lors de nos célébrations, mais il parle bien d’hypocrisie… il dénonce une pratique religieuse qui n’est exprimée que pour se mettre en valeur devant les autres !

 

Le théologien Daniel Marguerat note que Jésus nous appelle à passer du paraître à l’être, et il précise : "La valeur d’une personne ne se joue pas dans ce qu’elle fait sous le regard des autres, mais dans sa relation filiale au Père qui voit dans le secret."

 

Et prier, c’est pour Jésus, entrer "dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton Père qui est là dans le secret." (6)

Cette « chambre » où Jésus nous invite, n’est pas seulement un lieu à l’écart, cette chambre est aussi une attitude de discrétion, d’humilité. Symboliquement, nous pouvons penser à notre être intérieur.

Dieu voit donc dans l’intime de notre être… ? Voilà qui pourrait être inquiétant !

Mais ce Père dont parle Jésus n’est pas un juge intransigeant prêt à nous faire des reproches… Sa présence dans le secret est une relation d’authenticité, sans complaisance, mais avec bienveillance. Dès lors, notre Père céleste s’attend à ce que nous soyons aussi vrai avec lui qu’il l’est avec nous.


Ainsi, le Notre Père qui est aux cieux est précédé par le Notre Père qui voit dans le secret : pas la peine de faire le show, pas la peine de se cacher, pas la peine d’avoir peur. Simplement être là, dans sa présence, et laisser le Père céleste nous voir – nous rencontrer.

 

Lorsque nous disons le Notre Père, Jésus nous invite encore à la confiance. "Quand vous priez, ne répétez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer." (7)

 

Notre confiance en Celui qui nous écoute quand nous sommes en prière ne se mesure pas au nombre de paroles, ni à leur vitesse, ni à leur répétition… un flot de paroles, ne sert à rien non plus. Pourquoi ? "… car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez." (8)

 

S’il sait, alors pourquoi prier ? Le Réformateur Martin Luther a écrit que "Par nos prières, nous nous instruisons nous-mêmes, plus que nous instruisons Dieu." Le Réformateur ouvre ainsi la prière comme un espace de dialogue avec Dieu pour partager nos besoins, nos craintes, nos désirs…

 

Mais il y a plus intime encore. Saint Augustin a écrit : "Tout désir qui appelle Dieu en nous est déjà une prière." La prière comme un soupir, un désir de Dieu, de sa présence…? Et que dire du simple fait de se tenir en silence devant Dieu – qui est encore prière ?

Ainsi, le Notre Père qui est aux cieux est précédé du Notre Père qui sait ce dont nous avons besoin. Et parler avec quelqu’un qui sait, ce n’est pas inutile, mais rassurant. Prier, c’est s’approcher de Dieu et vivre… et donner du sens à notre vie.




lundi 5 janvier 2026

Nouvelle naissance ?...

"Où est le roi des juifs qui vient de naître?"

Pour le savoir, je pense qu'il faut d'abord qu'il naisse en nous...

L'adoration des mages, par le peintre Arcabas (Détail)

dimanche 4 janvier 2026

« Où est le roi des juifs qui vient de naître ? »

Cette visite des « mages venus d’Orient » que nous lisons ce matin, est une bonne occasion de prendre du recul avec les scènes délicieusement candides de notre enfance. Le récit que nous en fait l’Evangile selon Matthieu veut nous dire l’origine particulière du Messie et la signification universelle de sa venue.

Des mages ? le mot peut désigner des prêtres en Perse, ou encore des magiciens, voire des charlatans… Dans notre texte, il s’agirait « d’astronomes-astrologues » – oui, à cette époque on sait faire les deux en même temps. Ces mages semblent avoir connu l’espérance messianique du peuple juif et ont vu le signe de son avènement dans cet astre exceptionnel, mais, désolé pour la galette que nous dégusterons tout à l’heure, ce n’était pas des rois !

Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de Savigny, le dimanche de l'Epiphanie. Textes du jours: Esaïe 60,1-6 - Ephésiens 2,12-19 - Matthieu 2,1-12.

Ces mages, étaient étrangers à la foi d’Israël, ni de Galilée ni de Judée, pourtant, ils ont saisi, mieux que quiconque à ce moment-là,  l’importance de cette naissance. Mais ont-ils saisi la vocation réelle de ce « roi des juifs », comme il le nomme ?

Peut-être bien si l’on considère leurs présents, de nature très précieuse et significative. L’or, la sainteté de Dieu. L’encens, la prière de l’Autel qui monte vers Dieu. Et la myrrhe, enfin, signe de royauté divine, dont l’amertume pouvait évoquer aussi le deuil et sa douleur.

Ces présents ne saluent pas la richesse et le pouvoir d’un roi puissant – et qui fera si peur à Hérode… Ces présents honorent la vocation spirituelle de cet enfant qui nous révèlera ce qu’il peut y avoir de meilleur dans notre lien avec son Père.

Ces présents honorent la dignité de sa vocation, son service dans l’humilité, son autorité qui relèvera le faible et abaissera le puissant. Et ces présents saluent encore sans doute le prix élevé de sa mission qui devra traverser l’amertume de la mort.

Mais cette visite de mages venus d’Orient dit la portée universelle de la naissance de Jésus, cela ne concerne pas que la bourgade de Bethléem… Cette universalité, nous l’avons lu dans le texte du livre d’Esaïe, comme dans la lettre aux Ephésiens, qui célèbre ce que ces présents pouvaient signifier de mieux : Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. Et c'est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l'accès auprès du Père. » (Ephésiens 2,17-18)

L’enfant de Bethléem, brisera les murs qui nous séparent pour bâtir des ponts entre nous, au proche comme au loin. « Il a tué la haine » (Ep 2,16) ? Et nous, quels ponts bâtissons-nous ? Quels liens de paix entretenons-nous avec autrui comme avec nous-même ?

Cette dimension universelle tient dans un mot biblique important : la lumière. Qui de nous aujourd’hui, qui des générations qui nous ont précédées, n’a pas vu la lumière du jour, celles des astres dans l’univers, en particulier celle de la lune dans la nuit ?

La lumière de Dieu inonde la création de ses bienfaits… dans un monde qui semble l’ignorer voire la combattre. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi. (Esaïe 9,1) Ces mots sont du prophète Esaïe. Ils insistent avec lucidité sur la valeur de notre espérance dans le bien, qui illuminera encore et encore la noirceur du monde.

C’est le moment d’allumer une autre bougie : celle de l’espérance, de la compassion, de l’amour qui lui dans l’obscurité, celle de la consolation dans le chagrin, de l’espérance de la vie dans la stupéfaction de la mort. (aller à la bougie et l’allumer)

Notre combat peut-il paraître inégal ? Notre lutte pourrait bien être plus humble qu’il n’y paraît : « mieux vaut allumer une bougie que de maudire l’obscurité », dit un proverbe chinois. Plus humble, mais pas moins obstinée. Martin Luther King a dit : « L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seule l’amour le peut. »

Dans notre récit, la lumière n’est pas un lampadaire, une ampoule ou un phare sur son rocher… Tous ont leur utilité, mais la lumière de l’Esprit est plus cela. L’apôtre Jean ne craindra pas de le dire : « Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a pas trace en lui. » (1 Jn 1,5).

La présence de notre Père qui est dans les cieux en nous ne nous indique pas uniquement où aller, que faire… mais sa lumière nous dit qui nous sommes en réalité pour Lui et pour notre prochain.

« Où est le roi des juifs qui vient de naître ? » (2) Pour le savoir, je pense qu’il faut d’abord qu’il naisse en nous … Alors nous aurons une chance… – la grâce ? – de voir périr la dureté de notre cœur et de rencontrer nos frères et nos sœurs en humanité dans l’amour Christ.

L’adoration des mages par le peintre Arcabas (Détail)


mercredi 24 décembre 2025

L'autre enfant de Bethléem...

La nuit de Noël, dans l’étable de Bethléem, les Evangiles de Matthieu et Luc nous racontent le début d’une histoire humaine : celle de la naissance d’un enfant, un roi, un Sauveur : le Messie tant attendu qui vient dans la fragilité d’un nourrisson réveiller et accomplir toute l’espérance d’un peuple.


Prédication Offerte à l'assemblée paroissiale de Savigny-Forel, le dimanche 25 décembre 2025. Culte de Noël. Les textes du jour: la lettre aux Hébreux, chapitre 1, versets 1-5; l'Evangile selon Jean, chapitre 1, versets 1-14.


Et ce matin, dans les textes de Jean et la lettre aux Hébreux nous entendons un autre début. « Au Commencement », nous sommes emmenés à l’Origine du monde, de toute matière, de toute vie, de toute pensée… de toute Parole.

Waouh ! Je me suis interrogé : pourquoi lire ces textes à Noël ? Pourquoi ne pas rester dans le bon vieux décorum de la Nativité, avec ces autres évangiles ? C’est qu’avec le texte de Jean, nous découvrons une autre Nativité, celle des Origines ! Et il y a de quoi avoir le vertige : le Christ est le Verbe de Dieu, et il est Dieu, et la Parole qu’il dira dans le monde – la Bonne Nouvelle – était en lui à l’Origine du monde lorsqu’il co-œuvrait à la Création ! Waouh ! Autant dire que l’on est remonté très très loin dans le temps, très très haut dans l’espace, et sans doute même, bien au-delà !

Ces mots de l’Evangile selon Jean, c’est un peu comme lorsqu’un télescope spatial nous emmène aux confins de notre galaxie en nous transmettant des images étonnantes… du jamais-vu. Celle que vous avez sur votre feuillet, a été prise par Hubble, le fameux télescope, lancé en 1990, et dont les images ont transformé notre perception de l’univers.

Théologiquement, le Prologue de l’Evangile selon Jean, travaille dans le même sens : transformer notre compréhension d’un autre univers, celui de notre origine spirituelle. Jean, nous laisse entendre que, ce soir-là dans la crèche de l’étable de Bethléem, il y avait un autre enfant – un Tout-Autre enfant – un Tout-Autre Fils.

Mais si ce que nous voyons nous émerveille, que ce soit aux confins de l’univers ou à l’origine de la Création, n’est-ce pas très loin – trop loin – pour une rencontre, pour en saisir la valeur et le sens ?

Le Dieu qui parle. Pour que nous soyons rencontrés, oui, il fallait que le Verbe de Dieu se rapproche de nous, de notre humanité qu’il a justement créée. Malgré cette splendeur du Commencement, le « Verbe de Dieu qui était Dieu » (1) ne s’est pas contenté de sa gloire éternelle. Il a voulu venir « habiter parmi nous » (14), nous révéler l’amour dont nous étions les sujets et les porteurs. Et il a voulu venir nous le dire « en personne » !

La lettre aux Hébreux que nous lisons en rappelle toute la valeur, Dieu a parlé (1), mais pas à tort et à travers, pas pour ne rien dire, ni pour ne rien faire ! Alors, si Dieu a parlé, a-t-il vraiment parlé comme dans les films de Cecil B. DeMile (Imitation-démonstration...). Non, je ne le pense pas : il a fait mieux que ça :

Et le Verbe s'est fait chair (14). Il a voulu nous être proche, comme un semblable, comme un ami, comme Christian de Chergé, moine à Tibhirine, l’a si bien dit : « Et le verbe s’est fait frère. »

S’il y avait un « Tout-Autre » enfant dans la crèche de l’étable de Bethléem, il y avait un « Fils caché » dans le prophète de Nazareth qui arpentait les chemins de la Palestine. Dans ces pas d’homme, le Fils annonçait – à haute et intelligible voix – la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux.

Le pouvoir de devenir enfant de Dieu « Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde, et le monde fut par lui (9-10) Waouh : Que de grâce, que de beauté, de clarté, d’espérance, de vérité… mais oublierions-nous que cette histoire à d’abord mal fini ? …et les ténèbres ne l'ont point comprise… et le monde ne l'a pas reconnu. (5.10)

Tout cela était bien beau… oui, mais », il y a toujours un oui-mais, dit-on, on en a toujours un quelque part, quel que soit la bonne nouvelle. Que les ténèbres ne conçoivent rien à la lumière, on peut le comprendre : qu’y a-t-il de commun entre le jour et la nuit ? Que le monde ne le reconnaisse pas, il faut bien l’admettre : il est si préoccupé par tant d’agitations futiles. Mais l’humain – cet humain illuminé par une vraie lumière, enfin ? Quel dommage ! Quel gâchis !

Eh bien… dans la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, il y a toujours un oui-mais au notre oui-mais ! En psychologie, des études ont démontré la nocivité sur notre moral de notre oui-mais suggérant de le remplacer par un oui-et. Ainsi dans notre texte de Jean : il y a un Oui-et pour ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom. Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. (12)

Jacques Salomé écrivait : « La porte du changement ne s’ouvre que de l’intérieur. Chacun en détient la clé. ». Et il n’en va pas autrement de l’Evangile du Christ. A nous de répondre à l’initiative de Dieu, de laisser la clarté du Christ faire de nous des êtres nouveaux, libres, généreux, patients, paisibles et pacifiques !

Ainsi, il y avait sans doute encore un enfant en devenir dans ce nourrisson de la crèche, dans ce petit roi de Bethléem. Et cet enfant, c’est nous. A nous de nous laisser saisir par lui pour que le monde change. Car, si la violence et la vanité sont venus dans le monde, la grâce et la vérité, elles, sont venus par Jésus Christ (17). La tache parait impossible ? Mais notre persévérance est dans ces mots de Dietrich Bonhoeffer : « C’est seulement parce qu’il est devenu comme nous que nous pouvons devenir comme lui. »



Illustration: De jeunes étoiles en mouvement vers le cœur du Petit Nuage de Magellan. (Image Hubble – NASA)

vendredi 19 décembre 2025

Béni soit le Dieu de Zacharie ! (Louange pour le temps de l'Avent)

(Inspiré du psaume prophétique de Zacharie, Luc 1,68-79)

« Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël », cher Zacharie, car il t’a visité pour nous ouvrir un chemin de guérison à la cécité de notre foi !

Béni soit le Dieu de la réconciliation qui a fait de toi le signe d’une foi restaurée et d’une parole de louange surgissant pour toutes les générations ! En fermant tes lèvres, il t’a ouvert un temps d’humilité pour reconnaître que cette parole d’ange était plus qu’un vain bavardage. En t’accordant un silence des mots, il t’a offert la grâce d’une écoute du cœur !

Béni soit Notre Père qui s’est tenu dans le secret de ta chambre intérieure. Tu ne l’as pas quittée rempli d’amertume et de remords, mais lumineux d’une prophétie proclamant la bonne nouvelle d’un culte rendu à Dieu, sans peur.

Béni soit le Père des miséricordes, qui a libéré ton cœur déçu pour chanter ta délivrance, venue de la bonté profonde de notre Dieu et dont tu exultes !

Alors, tu dis la vocation de cet enfant qui préparera la venue de celui que tu as tant désiré et que tu pensais ne plus accueillir dans la nuit de tes regrets. Il sera celui qui précède pour mieux s’effacer, celui qui abaisse les collines et comble les vallées pour laisser ensuite le Messie y marcher.

Bénis sois-tu, cher Zacharie, pour ton Evangile qui annonce qu’une foi désabusée peut précéder un chant d’espérance!


Illustration: Kees de Kort

jeudi 11 décembre 2025

"Lueurs au creux de l'ombre" vient de paraître...

Encore tout chaud sorti de presse !

Il est désormais disponible dans les librairies de francophonie - à la commande tout d'abord, puis en rayon prochainement

Il est également disponible à la vente sur les plateformes Amazon©, Decitre©, Furet du Nord©, Fnac.com© ainsi que Cultura.




jeudi 4 décembre 2025

AVANT L’AVENT...

Tes pas vont et viennent
Sur la terre comme au ciel
Tes pas dansent ou chancellent
Selon que tu chantes ou pleure

Accueille le rythme de tes pas
Qui te rappelle que tu es vivant
Laisse-les t’inviter au repos
Qui te rappelle que tu es humain

Ne repousse pas ton humble Seigneur
Quand il veut en prendre soin
Et fais de même pour celles et ceux
Dont les pas croiseront ton chemin


Texte et photo : Eric Imseng

lundi 17 novembre 2025

"Lueurs au creux de l'ombre"© Cette fois, nous y sommes... L'ouvrage sera publié d'ici un mois!

Ça y est ! Après deux ans de travail pour le rédiger, quelques mois de collaboration avec la maison d’édition pour le fabriquer, je viens de signer les deux BAT (Bons à tirer) des maquettes : l’intérieure (le texte du livre) et la couverture (l’enveloppe du livre – que je publie ici). 

Quelle émotion !

Maintenant ce sera le travail des rotatives pour finaliser le livre. Un produit fini qui devrait être terminé avant la fin de l’année. Et disponible dans les librairies de la francophonie ensuite ! 

Cela devient de plus en plus vrai pour moi à chacune de ces étapes significatives !



dimanche 16 novembre 2025

C’est moi qui ai besoin de venir à toi, et c’est toi qui viens à moi. (le baptême de Jésus)...

 Ce que nous avons entendu et connu, ce que nos pères nous ont transmis, nous ne le tairons pas à leurs descendants…

Le Psaume que nous avons lu est présenté comme une « instruction. » Et si on le lit dans son entier, il évoque l’histoire du peuple d’Israël et de sa foi, avec ses hauts et ses bas. Les jours de fidélité à Dieu et les jours de lâcheté, les jours où la confiance et la générosité semblent avoir disparus !

Ce psaume nous rappelle que, pour être instruit, il est utile de se souvenir. Et pour se souvenir il est nécessaire d’écouter avec attention A quoi, il faut ajouter : Ecouter, c’est avoir une oreille qui a des gestes concrets de patience, de bonté, de générosité…

On le comprend, s’instruire, c’est être à l’écoute de nos forces comme de nos faiblesses, c’est être à l’écoute de notre courage et de notre humilité, c’est être à l’écoute des mots qui disent la paix de Dieu en Jésus Christ.

Prédication offerte à l’assemblée paroissiale de Savigny, à l’occasion d’un baptême. Textes du jour : Psaume 78 et l’Evangile selon Matthieu, chapitre 3, les versets 13 à 17 (Le baptême de Jésus).

Mais l’intention de ce Psaume, ce n’est pas seulement savoir ce qui s’est passé, et le comprendre, il nous appelle encore à le transmettre, à ne pas le taire (3), à le dire à la génération suivante (4)

Il ne faut pas longtemps à être parents pour s’apercevoir que notre engagement auprès de nos enfants a, lui aussi, ses hauts et ses bas, autant de joies que de déceptions. Mais nous avons un atout très important, un invité de marque à nos côtés,

Il se tient encore dans un mot de ce psaume qui donne de la saveur à nos joies et de la hauteur à nos peines, un mot qui donne sons sens et sa valeur à toute notre histoire :  c’est le mot Alliance (9)

L’Alliance, c’est plus qu’un contrat, c’est un engagement mutuel, un lien qui nous unit à Dieu par un choix. Mais notre alliance avec Dieu, c’est aussi un amour partagé. Cette alliance que je porte, que nous portons, le dit à sa manière. Et cette alliance produit aussi son fruit : aujourd’hui, il s’appelle André (prénom d'emprunt).

Ainsi, transmettre est une tâche exigeante qui peut nous paraître parfois écrasante, mais « Dieu donne ce qu’il ordonne »… Ainsi, transmettre, c’est se tenir debout et dans la confiance en Dieu.

Jean voulut s'y opposer : « C'est moi, disait-il, qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi ! »

Je vous invite à regarder avec moi l’illustration qui se trouve sur votre feuillet. C’est une photo que j’ai prise dans l’Eglise de l’Abbaye de Montheron qui est à deux pas d’ici. Ce vitrail du baptême de Jésus est l’œuvre de Françoise Ribas, en 1930. Mais quelle modernité !

Ce qui m’a frappé en premier lieu en le voyant est la posture de Jésus et de Jean Baptise. Leurs deux visages inclinés, leurs yeux fermés…Comme s’ils regardaient ailleurs, comme s’ils regardaient en eux-mêmes, au cœur de leur être. Alors que le ciel, lui, s’ouvre comme jamais et resplendit de la joie de Dieu, dans ses rayons de lumière ! Alors que l’Esprit Saint, comme une colombe, vient dire la reconnaissance du Père pour l’humilité de son Fils ! Et c’est sans doute ce qui se dit au cœur de ce passage d’Evangile : ce moment est fait de recueillement et d’humilité

La composition de ce vitrail semble être juste après la protestation de du prophète et l’affirmation de Jésus : C’est moi qui ai besoin de venir à toi… et c’est toi qui viens à moi.

Je ne peux m’empêcher de lire dans ces mots, quelque chose de notre lien avec le Christ, de ce qu’il vient nous donner à vivre en toute humilité. Il ne vient pas dominer, il vient aimer, il vient servir. C’est moi qui ai besoin de venir à toi… et c’est toi qui viens à moi.

Son geste est un signe de sa mission et de son désir de se faire proche de notre humanité, il dit sa solidarité avec notre condition humaine. Inutile donc de s’enorgueillir de ce baptême, car ce n’est pas une médaille dont on se vante, mais un tablier dont il faudra se servir pour aimer son prochain.

Mais Jésus lui répliqua : « Laisse faire maintenant : c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice. »

La justice, toute justice : comment ignorer la valeur et l’importance de ce mot ?Justice ! Souvent un appel, ou plutôt un cri, de colère ou de désespoir ! Mais ici, il est dit simplement, d’une voix assurée, mais presque dans un souffle… Et pourtant, il y a quelque chose de radical dans cette fidélité à la volonté de Dieu !

Car derrière ces mots de toute justice, il y a la justice du Père, celle de son règne à lui, le Royaume des cieux, que l’on entend ailleurs dans les mots de Matthieu, que nous lisons ce matin, et qui disent l’essentiel de notre besoin en la matière : « Cherchez d'abord le Royaume et la justice de Dieu, et toute chose dont vous avez besoin vous sera donné par surcroît. » (Mt 6,33)

Et ce Royaume des cieux et sa justice, il se dit encore dans ces mots que l’on entend dans la voix et la joie du Père, alors que Jésus sort de l’eau : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. » (17)

Cette joie ne nous rappelle-t-elle pas un peu la nôtre, comme parents,  lorsque nos enfants montrent des qualités qui nous réjouisse et nous confortent dans la reconnaissance de les voir marcher dans ce que nous leur avons transmis ?

Celui-ci est mon Fils bien-aimé . Le titre à son importance ici pour Jésus, mais il n’est pas une exclusivité. Car le titre de fils de Dieu, dans la Bible est une expression qui peut être attribuée à qui délivre le peuple de l’oppression, ou encore à l’humain qui fait preuve d’humanité, ou enfin, au roi David qui, lui aussi, est appelé « fils de Dieu. »

Faut-il en être choqué... ? ou y avoir part, nous aussi ? Heureux ceux qui font oeuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu. (Mt 5,9)

Ces mots sont de Jésus, dans ce même évangile selon Matthieu, dans ses Béatitudes. Et les fils et filles de Dieu dont Jésus parle n’ont pas de super pouvoirs, ils sont bien humains, ils nous ressemblent, mais ils font de leur humanité un lieu qui proclame le Royaume de Dieu, avec des gestes qui accomplissent « toute sa justice. »

Que Dieu, dans sa grâce, nous l’accorde. Amen


Le baptême de Jésus: vitrail de Françoise Ribas, dans l'Abbaye de Montheron.

 

 

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