Cette visite des « mages venus d’Orient » que nous lisons ce matin, est une bonne occasion de prendre du recul avec
les scènes délicieusement candides de notre enfance. Le récit que nous en fait
l’Evangile selon Matthieu veut nous dire l’origine particulière du Messie et la
signification universelle de sa venue.
Des mages ? le mot peut
désigner des prêtres en Perse, ou encore des magiciens, voire des charlatans… Dans
notre texte, il s’agirait « d’astronomes-astrologues » – oui, à cette
époque on sait faire les deux en même temps. Ces mages semblent avoir connu
l’espérance messianique du peuple juif et ont vu le signe de son avènement dans
cet astre exceptionnel, mais, désolé pour la galette que nous dégusterons tout
à l’heure, ce n’était pas des rois !
Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de Savigny, le dimanche de l'Epiphanie. Textes du jours: Esaïe 60,1-6 - Ephésiens 2,12-19 - Matthieu 2,1-12.
Ces mages, étaient étrangers à
la foi d’Israël, ni de Galilée ni de Judée, pourtant, ils ont saisi, mieux que
quiconque à ce moment-là, l’importance
de cette naissance. Mais ont-ils saisi la vocation réelle de ce « roi des juifs »,
comme il le nomme ?
Peut-être bien si l’on
considère leurs présents, de nature très précieuse et significative. L’or, la sainteté
de Dieu. L’encens, la prière de l’Autel qui monte vers Dieu. Et la
myrrhe, enfin, signe de royauté divine, dont l’amertume pouvait évoquer aussi le
deuil et sa douleur.
Ces présents ne saluent pas la richesse et le
pouvoir d’un roi puissant – et qui fera si peur à Hérode… Ces présents honorent
la vocation spirituelle de cet enfant qui nous révèlera ce qu’il peut y avoir
de meilleur dans notre lien avec son Père.
Ces présents honorent la dignité de sa vocation, son
service dans l’humilité, son autorité qui relèvera le faible et abaissera le puissant.
Et ces présents saluent encore sans doute le prix élevé de sa mission qui devra
traverser l’amertume de la mort.
Mais cette visite de mages
venus d’Orient dit la portée universelle de la naissance de Jésus, cela ne
concerne pas que la bourgade de Bethléem… Cette universalité, nous l’avons lu
dans le texte du livre d’Esaïe, comme dans la lettre aux Ephésiens, qui célèbre
ce que ces présents pouvaient signifier de mieux : Il est
venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux
qui étaient proches. Et c'est grâce à lui que les uns et les autres, dans un
seul Esprit, nous avons l'accès auprès du Père. » (Ephésiens
2,17-18)
L’enfant de Bethléem, brisera
les murs qui nous séparent pour bâtir des ponts entre nous, au proche comme au
loin. « Il a tué la haine » (Ep 2,16) ? Et nous, quels ponts
bâtissons-nous ? Quels liens de paix entretenons-nous avec autrui comme
avec nous-même ?
Cette dimension universelle
tient dans un mot biblique important : la lumière. Qui de nous
aujourd’hui, qui des générations qui nous ont précédées, n’a pas vu la lumière
du jour, celles des astres dans l’univers, en particulier celle de la lune dans
la nuit ?
La lumière de Dieu inonde la
création de ses bienfaits… dans un monde qui semble l’ignorer voire la
combattre. Le peuple qui
marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le
pays de l'ombre, une lumière a resplendi. (Esaïe 9,1) Ces mots sont du prophète Esaïe. Ils insistent avec
lucidité sur la valeur de notre espérance dans le bien, qui illuminera encore
et encore la noirceur du monde.
C’est le moment d’allumer une
autre bougie : celle de l’espérance, de la compassion, de l’amour qui lui
dans l’obscurité, celle de la consolation dans le chagrin, de l’espérance de la
vie dans la stupéfaction de la mort. (aller à la bougie et l’allumer)
Notre combat peut-il paraître
inégal ? Notre lutte pourrait bien être plus humble qu’il n’y paraît :
« mieux vaut allumer une bougie que de maudire l’obscurité », dit
un proverbe chinois. Plus humble, mais pas moins obstinée. Martin Luther King a
dit : « L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule
la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seule l’amour
le peut. »
Dans notre récit, la lumière
n’est pas un lampadaire, une ampoule ou un phare sur son rocher… Tous ont leur
utilité, mais la lumière de l’Esprit est plus cela. L’apôtre Jean ne craindra
pas de le dire : « Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a
pas trace en lui. » (1 Jn 1,5).
La présence de notre Père qui
est dans les cieux en nous ne nous indique pas uniquement où aller, que faire…
mais sa lumière nous dit qui nous sommes en réalité pour Lui et pour notre
prochain.
« Où est le roi des juifs qui vient de naître ? » (2) Pour le savoir, je pense qu’il faut d’abord qu’il naisse en nous … Alors nous aurons une chance… – la grâce ? – de voir périr la dureté de notre cœur et de rencontrer nos frères et nos sœurs en humanité dans l’amour Christ.
L’adoration des
mages par le peintre Arcabas (Détail)
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