dimanche 4 janvier 2026

« Où est le roi des juifs qui vient de naître ? »

Cette visite des « mages venus d’Orient » que nous lisons ce matin, est une bonne occasion de prendre du recul avec les scènes délicieusement candides de notre enfance. Le récit que nous en fait l’Evangile selon Matthieu veut nous dire l’origine particulière du Messie et la signification universelle de sa venue.

Des mages ? le mot peut désigner des prêtres en Perse, ou encore des magiciens, voire des charlatans… Dans notre texte, il s’agirait « d’astronomes-astrologues » – oui, à cette époque on sait faire les deux en même temps. Ces mages semblent avoir connu l’espérance messianique du peuple juif et ont vu le signe de son avènement dans cet astre exceptionnel, mais, désolé pour la galette que nous dégusterons tout à l’heure, ce n’était pas des rois !

Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de Savigny, le dimanche de l'Epiphanie. Textes du jours: Esaïe 60,1-6 - Ephésiens 2,12-19 - Matthieu 2,1-12.

Ces mages, étaient étrangers à la foi d’Israël, ni de Galilée ni de Judée, pourtant, ils ont saisi, mieux que quiconque à ce moment-là,  l’importance de cette naissance. Mais ont-ils saisi la vocation réelle de ce « roi des juifs », comme il le nomme ?

Peut-être bien si l’on considère leurs présents, de nature très précieuse et significative. L’or, la sainteté de Dieu. L’encens, la prière de l’Autel qui monte vers Dieu. Et la myrrhe, enfin, signe de royauté divine, dont l’amertume pouvait évoquer aussi le deuil et sa douleur.

Ces présents ne saluent pas la richesse et le pouvoir d’un roi puissant – et qui fera si peur à Hérode… Ces présents honorent la vocation spirituelle de cet enfant qui nous révèlera ce qu’il peut y avoir de meilleur dans notre lien avec son Père.

Ces présents honorent la dignité de sa vocation, son service dans l’humilité, son autorité qui relèvera le faible et abaissera le puissant. Et ces présents saluent encore sans doute le prix élevé de sa mission qui devra traverser l’amertume de la mort.

Mais cette visite de mages venus d’Orient dit la portée universelle de la naissance de Jésus, cela ne concerne pas que la bourgade de Bethléem… Cette universalité, nous l’avons lu dans le texte du livre d’Esaïe, comme dans la lettre aux Ephésiens, qui célèbre ce que ces présents pouvaient signifier de mieux : Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. Et c'est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l'accès auprès du Père. » (Ephésiens 2,17-18)

L’enfant de Bethléem, brisera les murs qui nous séparent pour bâtir des ponts entre nous, au proche comme au loin. « Il a tué la haine » (Ep 2,16) ? Et nous, quels ponts bâtissons-nous ? Quels liens de paix entretenons-nous avec autrui comme avec nous-même ?

Cette dimension universelle tient dans un mot biblique important : la lumière. Qui de nous aujourd’hui, qui des générations qui nous ont précédées, n’a pas vu la lumière du jour, celles des astres dans l’univers, en particulier celle de la lune dans la nuit ?

La lumière de Dieu inonde la création de ses bienfaits… dans un monde qui semble l’ignorer voire la combattre. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi. (Esaïe 9,1) Ces mots sont du prophète Esaïe. Ils insistent avec lucidité sur la valeur de notre espérance dans le bien, qui illuminera encore et encore la noirceur du monde.

C’est le moment d’allumer une autre bougie : celle de l’espérance, de la compassion, de l’amour qui lui dans l’obscurité, celle de la consolation dans le chagrin, de l’espérance de la vie dans la stupéfaction de la mort. (aller à la bougie et l’allumer)

Notre combat peut-il paraître inégal ? Notre lutte pourrait bien être plus humble qu’il n’y paraît : « mieux vaut allumer une bougie que de maudire l’obscurité », dit un proverbe chinois. Plus humble, mais pas moins obstinée. Martin Luther King a dit : « L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seule l’amour le peut. »

Dans notre récit, la lumière n’est pas un lampadaire, une ampoule ou un phare sur son rocher… Tous ont leur utilité, mais la lumière de l’Esprit est plus cela. L’apôtre Jean ne craindra pas de le dire : « Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a pas trace en lui. » (1 Jn 1,5).

La présence de notre Père qui est dans les cieux en nous ne nous indique pas uniquement où aller, que faire… mais sa lumière nous dit qui nous sommes en réalité pour Lui et pour notre prochain.

« Où est le roi des juifs qui vient de naître ? » (2) Pour le savoir, je pense qu’il faut d’abord qu’il naisse en nous … Alors nous aurons une chance… – la grâce ? – de voir périr la dureté de notre cœur et de rencontrer nos frères et nos sœurs en humanité dans l’amour Christ.

L’adoration des mages par le peintre Arcabas (Détail)


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