"Où est le roi des juifs qui vient de naître?"
Pour le savoir, je pense qu'il faut d'abord qu'il naisse en nous...
L'adoration des mages, par le peintre Arcabas (Détail)
"Où est le roi des juifs qui vient de naître?"
Pour le savoir, je pense qu'il faut d'abord qu'il naisse en nous...
L'adoration des mages, par le peintre Arcabas (Détail)
Cette visite des « mages venus d’Orient » que nous lisons ce matin, est une bonne occasion de prendre du recul avec
les scènes délicieusement candides de notre enfance. Le récit que nous en fait
l’Evangile selon Matthieu veut nous dire l’origine particulière du Messie et la
signification universelle de sa venue.
Des mages ? le mot peut
désigner des prêtres en Perse, ou encore des magiciens, voire des charlatans… Dans
notre texte, il s’agirait « d’astronomes-astrologues » – oui, à cette
époque on sait faire les deux en même temps. Ces mages semblent avoir connu
l’espérance messianique du peuple juif et ont vu le signe de son avènement dans
cet astre exceptionnel, mais, désolé pour la galette que nous dégusterons tout
à l’heure, ce n’était pas des rois !
Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de Savigny, le dimanche de l'Epiphanie. Textes du jours: Esaïe 60,1-6 - Ephésiens 2,12-19 - Matthieu 2,1-12.
Ces mages, étaient étrangers à
la foi d’Israël, ni de Galilée ni de Judée, pourtant, ils ont saisi, mieux que
quiconque à ce moment-là, l’importance
de cette naissance. Mais ont-ils saisi la vocation réelle de ce « roi des juifs »,
comme il le nomme ?
Peut-être bien si l’on
considère leurs présents, de nature très précieuse et significative. L’or, la sainteté
de Dieu. L’encens, la prière de l’Autel qui monte vers Dieu. Et la
myrrhe, enfin, signe de royauté divine, dont l’amertume pouvait évoquer aussi le
deuil et sa douleur.
Ces présents ne saluent pas la richesse et le
pouvoir d’un roi puissant – et qui fera si peur à Hérode… Ces présents honorent
la vocation spirituelle de cet enfant qui nous révèlera ce qu’il peut y avoir
de meilleur dans notre lien avec son Père.
Ces présents honorent la dignité de sa vocation, son
service dans l’humilité, son autorité qui relèvera le faible et abaissera le puissant.
Et ces présents saluent encore sans doute le prix élevé de sa mission qui devra
traverser l’amertume de la mort.
Mais cette visite de mages
venus d’Orient dit la portée universelle de la naissance de Jésus, cela ne
concerne pas que la bourgade de Bethléem… Cette universalité, nous l’avons lu
dans le texte du livre d’Esaïe, comme dans la lettre aux Ephésiens, qui célèbre
ce que ces présents pouvaient signifier de mieux : Il est
venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux
qui étaient proches. Et c'est grâce à lui que les uns et les autres, dans un
seul Esprit, nous avons l'accès auprès du Père. » (Ephésiens
2,17-18)
L’enfant de Bethléem, brisera
les murs qui nous séparent pour bâtir des ponts entre nous, au proche comme au
loin. « Il a tué la haine » (Ep 2,16) ? Et nous, quels ponts
bâtissons-nous ? Quels liens de paix entretenons-nous avec autrui comme
avec nous-même ?
Cette dimension universelle
tient dans un mot biblique important : la lumière. Qui de nous
aujourd’hui, qui des générations qui nous ont précédées, n’a pas vu la lumière
du jour, celles des astres dans l’univers, en particulier celle de la lune dans
la nuit ?
La lumière de Dieu inonde la
création de ses bienfaits… dans un monde qui semble l’ignorer voire la
combattre. Le peuple qui
marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le
pays de l'ombre, une lumière a resplendi. (Esaïe 9,1) Ces mots sont du prophète Esaïe. Ils insistent avec
lucidité sur la valeur de notre espérance dans le bien, qui illuminera encore
et encore la noirceur du monde.
C’est le moment d’allumer une
autre bougie : celle de l’espérance, de la compassion, de l’amour qui lui
dans l’obscurité, celle de la consolation dans le chagrin, de l’espérance de la
vie dans la stupéfaction de la mort. (aller à la bougie et l’allumer)
Notre combat peut-il paraître
inégal ? Notre lutte pourrait bien être plus humble qu’il n’y paraît :
« mieux vaut allumer une bougie que de maudire l’obscurité », dit
un proverbe chinois. Plus humble, mais pas moins obstinée. Martin Luther King a
dit : « L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule
la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seule l’amour
le peut. »
Dans notre récit, la lumière
n’est pas un lampadaire, une ampoule ou un phare sur son rocher… Tous ont leur
utilité, mais la lumière de l’Esprit est plus cela. L’apôtre Jean ne craindra
pas de le dire : « Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a
pas trace en lui. » (1 Jn 1,5).
La présence de notre Père qui
est dans les cieux en nous ne nous indique pas uniquement où aller, que faire…
mais sa lumière nous dit qui nous sommes en réalité pour Lui et pour notre
prochain.
« Où est le roi des juifs qui vient de naître ? » (2) Pour le savoir, je pense qu’il faut d’abord qu’il naisse en nous … Alors nous aurons une chance… – la grâce ? – de voir périr la dureté de notre cœur et de rencontrer nos frères et nos sœurs en humanité dans l’amour Christ.
L’adoration des
mages par le peintre Arcabas (Détail)
La nuit de Noël, dans l’étable de Bethléem, les Evangiles de Matthieu et Luc nous racontent le début d’une histoire humaine : celle de la naissance d’un enfant, un roi, un Sauveur : le Messie tant attendu qui vient dans la fragilité d’un nourrisson réveiller et accomplir toute l’espérance d’un peuple.
Prédication Offerte à l'assemblée paroissiale de Savigny-Forel, le dimanche 25 décembre 2025. Culte de Noël. Les textes du jour: la lettre aux Hébreux, chapitre 1, versets 1-5; l'Evangile selon Jean, chapitre 1, versets 1-14.
Et ce matin, dans les textes de Jean et la lettre
aux Hébreux nous entendons un autre début. « Au Commencement », nous sommes
emmenés à l’Origine du monde, de toute matière, de toute vie, de toute pensée… de
toute Parole.
Waouh ! Je me suis interrogé : pourquoi
lire ces textes à Noël ? Pourquoi ne pas rester dans le bon vieux décorum
de la Nativité, avec ces autres évangiles ? C’est qu’avec le texte de Jean,
nous découvrons une autre Nativité, celle des
Origines ! Et il y a de quoi avoir le vertige : le Christ est le
Verbe de Dieu, et il est Dieu, et la Parole qu’il dira dans le monde – la Bonne
Nouvelle – était en lui à l’Origine du monde lorsqu’il co-œuvrait à la
Création ! Waouh ! Autant dire que l’on est remonté très très loin
dans le temps, très très haut dans l’espace,
et sans doute même, bien au-delà !
Ces mots de l’Evangile selon Jean, c’est un peu
comme lorsqu’un télescope spatial nous emmène aux confins de notre galaxie en
nous transmettant des images étonnantes… du jamais-vu. Celle que vous avez sur
votre feuillet, a été prise par Hubble, le fameux télescope, lancé en 1990, et dont
les images ont transformé notre perception de l’univers.
Théologiquement, le Prologue de l’Evangile selon
Jean, travaille dans le même sens : transformer notre compréhension d’un
autre univers, celui de notre origine spirituelle. Jean, nous laisse entendre
que, ce soir-là dans la crèche de l’étable de Bethléem, il y avait un autre
enfant – un Tout-Autre enfant – un Tout-Autre Fils.
Mais si ce que nous voyons nous émerveille, que ce
soit aux confins de l’univers ou à l’origine de la Création, n’est-ce pas très
loin – trop loin – pour une rencontre, pour en saisir la valeur et le
sens ?
Le
Dieu qui parle. Pour
que nous soyons rencontrés, oui,
il fallait que le Verbe de Dieu se rapproche de nous, de notre humanité qu’il a
justement créée. Malgré cette splendeur du
Commencement, le « Verbe de Dieu qui était Dieu » (1) ne s’est pas contenté de sa gloire éternelle. Il a
voulu venir « habiter parmi
nous » (14), nous révéler l’amour dont nous étions les sujets et
les porteurs. Et il a voulu venir nous le dire « en personne » !
La lettre aux Hébreux que nous lisons en rappelle
toute la valeur, Dieu a parlé
(1), mais pas à tort et
à travers, pas pour ne rien dire, ni pour ne rien faire ! Alors,
si Dieu a parlé, a-t-il vraiment parlé comme dans les films de Cecil B. DeMile (Imitation-démonstration...).
Non, je ne le pense pas : il a fait mieux que ça :
Et le Verbe s'est fait chair (14). Il a voulu nous être proche, comme un semblable, comme un ami, comme
Christian de Chergé, moine à Tibhirine, l’a si bien dit : « Et le
verbe s’est fait frère. »
S’il y avait un « Tout-Autre » enfant dans
la crèche de l’étable de Bethléem, il y avait un « Fils caché » dans le prophète de Nazareth qui
arpentait les chemins de la Palestine. Dans ces pas d’homme, le Fils annonçait –
à haute et intelligible voix – la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux.
Le
pouvoir de devenir enfant de Dieu « Le Verbe était la
vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans
le monde, et le monde fut par lui (9-10) Waouh : Que de
grâce, que de beauté, de clarté, d’espérance, de vérité… mais oublierions-nous
que cette histoire à d’abord mal fini ? …et les ténèbres
ne l'ont point comprise… et le monde ne l'a pas reconnu. (5.10)
Tout cela était bien beau… oui, mais », il y a
toujours un oui-mais, dit-on, on en a toujours un quelque part,
quel que soit la bonne nouvelle. Que les ténèbres ne conçoivent rien à la
lumière, on peut le comprendre : qu’y a-t-il de commun entre le jour et la
nuit ? Que le monde ne le reconnaisse pas, il faut bien l’admettre : il
est si préoccupé par tant d’agitations futiles. Mais l’humain – cet humain
illuminé par une vraie lumière, enfin ? Quel dommage ! Quel
gâchis !
Eh bien… dans la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, il
y a toujours un oui-mais au notre oui-mais ! En psychologie,
des études ont démontré la nocivité sur notre moral de notre oui-mais suggérant
de le remplacer par un oui-et. Ainsi dans notre texte de Jean : il
y a un Oui-et pour ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom.
Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. (12)
Jacques Salomé écrivait : « La
porte du changement ne s’ouvre que de l’intérieur. Chacun en détient la clé. ».
Et il n’en va pas autrement de l’Evangile du Christ. A nous de répondre à
l’initiative de Dieu, de laisser la clarté du Christ faire de nous des êtres
nouveaux, libres, généreux, patients, paisibles et pacifiques !
Ainsi, il y avait sans doute encore un enfant en devenir dans ce nourrisson de la crèche, dans ce petit roi de Bethléem. Et cet enfant, c’est nous. A nous de nous laisser saisir par lui pour que le monde change. Car, si la violence et la vanité sont venus dans le monde, la grâce et la vérité, elles, sont venus par Jésus Christ (17). La tache parait impossible ? Mais notre persévérance est dans ces mots de Dietrich Bonhoeffer : « C’est seulement parce qu’il est devenu comme nous que nous pouvons devenir comme lui. »
(Inspiré du psaume prophétique de Zacharie, Luc 1,68-79)
Encore tout chaud sorti de presse !
Il est désormais disponible dans les librairies de francophonie - à la commande tout d'abord, puis en rayon prochainement
Il est également disponible à la vente sur les plateformes Amazon©, Decitre©, Furet du Nord©, Fnac.com© ainsi que Cultura.
Ça y est ! Après deux ans de travail pour le rédiger, quelques mois de collaboration avec la maison d’édition pour le fabriquer, je viens de signer les deux BAT (Bons à tirer) des maquettes : l’intérieure (le texte du livre) et la couverture (l’enveloppe du livre – que je publie ici).
Quelle émotion !
Maintenant ce sera le travail des rotatives pour finaliser le livre. Un produit fini qui devrait être terminé avant la fin de l’année. Et disponible dans les librairies de la francophonie ensuite !
Cela devient de plus en plus vrai pour moi à chacune de ces étapes significatives !
Ce que nous avons entendu et connu, ce que nos pères nous ont transmis, nous ne le tairons pas à leurs descendants…
Le Psaume que nous avons lu est
présenté comme une « instruction. » Et si on le lit dans son entier, il évoque
l’histoire du peuple d’Israël et de sa foi, avec ses hauts et ses bas. Les
jours de fidélité à Dieu et les jours de lâcheté, les jours où la confiance et
la générosité semblent avoir disparus !
Ce psaume nous rappelle que,
pour être instruit, il est utile de se souvenir. Et pour se souvenir il est
nécessaire d’écouter avec attention A quoi, il faut ajouter : Ecouter,
c’est avoir une oreille qui a des gestes concrets de patience, de bonté, de générosité…
On le comprend, s’instruire,
c’est être à l’écoute de nos forces comme de nos faiblesses, c’est être à l’écoute
de notre courage et de notre humilité, c’est être à l’écoute des mots qui
disent la paix de Dieu en Jésus Christ.
Prédication offerte à
l’assemblée paroissiale de Savigny, à l’occasion d’un baptême. Textes du
jour : Psaume 78 et l’Evangile selon Matthieu, chapitre 3, les versets 13
à 17 (Le baptême de Jésus).
Mais l’intention de ce Psaume, ce
n’est pas seulement savoir ce qui s’est passé, et le comprendre, il nous
appelle encore à le transmettre, à ne pas le taire
(3), à le dire à la génération suivante (4)
Il ne faut pas longtemps à être
parents pour s’apercevoir que notre engagement auprès de nos enfants a, lui
aussi, ses hauts et ses bas, autant de joies que de déceptions. Mais nous avons
un atout très important, un invité de marque à nos côtés,
Il se tient encore dans un mot de
ce psaume qui donne de la saveur à nos joies et de la hauteur à nos peines, un
mot qui donne sons sens et sa valeur à toute notre histoire : c’est le mot Alliance (9)
L’Alliance, c’est plus qu’un
contrat, c’est un engagement mutuel, un lien qui nous unit à Dieu par un choix.
Mais notre alliance avec Dieu, c’est aussi un amour partagé. Cette alliance que
je porte, que nous portons, le dit à sa manière. Et cette alliance produit
aussi son fruit : aujourd’hui, il s’appelle André (prénom d'emprunt).
Ainsi, transmettre est une tâche exigeante qui peut nous paraître parfois écrasante, mais « Dieu donne ce qu’il ordonne »… Ainsi, transmettre, c’est se tenir debout et dans la confiance en Dieu.
Jean voulut s'y opposer : « C'est moi, disait-il, qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi ! »
Je vous invite à regarder avec
moi l’illustration qui se trouve sur votre feuillet. C’est une photo que j’ai
prise dans l’Eglise de l’Abbaye de Montheron qui est à deux pas d’ici. Ce vitrail
du baptême de Jésus est l’œuvre de Françoise Ribas, en 1930. Mais quelle
modernité !
Ce qui m’a frappé en premier
lieu en le voyant est la posture de Jésus et de Jean Baptise. Leurs deux
visages inclinés, leurs yeux fermés…Comme s’ils regardaient ailleurs, comme
s’ils regardaient en eux-mêmes, au cœur de leur être. Alors que le ciel, lui,
s’ouvre comme jamais et resplendit de la joie de Dieu, dans ses rayons de
lumière ! Alors que l’Esprit Saint, comme une colombe, vient dire la
reconnaissance du Père pour l’humilité de son Fils ! Et c’est sans doute
ce qui se dit au cœur de ce passage d’Evangile : ce moment est fait de recueillement
et d’humilité
La composition de ce vitrail
semble être juste après la protestation de du prophète et l’affirmation de
Jésus : C’est moi qui ai besoin de venir à toi… et c’est toi
qui viens à moi.
Je ne peux m’empêcher de lire
dans ces mots, quelque chose de notre lien avec le Christ, de ce qu’il vient
nous donner à vivre en toute humilité. Il ne vient pas dominer, il vient aimer,
il vient servir. C’est moi qui ai besoin de venir à toi… et c’est toi qui
viens à moi.
Son
geste est un signe de sa mission et de son désir de se faire proche de notre
humanité, il dit sa solidarité avec notre condition humaine. Inutile donc de s’enorgueillir de ce baptême, car ce n’est
pas une médaille dont on se vante, mais un tablier dont il faudra se servir
pour aimer son prochain.
Mais Jésus lui répliqua : « Laisse faire maintenant : c'est ainsi qu'il
nous convient d'accomplir toute justice. »
La
justice, toute justice : comment
ignorer la valeur et l’importance de ce mot ?Justice ! Souvent
un appel, ou plutôt un cri, de colère ou de désespoir ! Mais ici, il est
dit simplement, d’une voix assurée, mais presque dans un souffle… Et pourtant,
il y a quelque chose de radical dans cette fidélité à la volonté de Dieu !
Car
derrière ces mots de toute justice, il y a la justice du Père, celle de
son règne à lui, le Royaume des cieux, que l’on entend ailleurs dans les mots
de Matthieu, que nous lisons ce matin, et qui disent l’essentiel de notre
besoin en la matière : « Cherchez
d'abord le Royaume et la justice de Dieu, et toute chose dont vous avez besoin
vous sera donné par surcroît. »
(Mt 6,33)
Et ce Royaume
des cieux et sa justice, il se dit encore dans ces mots que l’on entend
dans la voix et la joie du Père, alors que Jésus sort de l’eau : « Celui-ci
est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. » (17)
Cette
joie ne nous rappelle-t-elle pas un peu la nôtre, comme parents, lorsque nos enfants montrent des qualités qui
nous réjouisse et nous confortent dans la reconnaissance de les voir marcher
dans ce que nous leur avons transmis ?
Celui-ci est mon Fils bien-aimé
. Le titre à son importance ici pour Jésus, mais il n’est pas une exclusivité.
Car le titre de fils de Dieu, dans la Bible est une expression qui peut
être attribuée à qui délivre le peuple de l’oppression, ou encore à l’humain
qui fait preuve d’humanité, ou enfin, au roi David qui, lui aussi, est appelé « fils
de Dieu. »
Faut-il
en être choqué... ? ou y avoir part, nous aussi ? Heureux ceux qui font oeuvre de paix : ils
seront appelés fils de Dieu. (Mt
5,9)
Ces
mots sont de Jésus, dans ce même évangile selon Matthieu, dans ses Béatitudes.
Et les fils et filles de Dieu dont Jésus parle n’ont pas de super pouvoirs, ils
sont bien humains, ils nous ressemblent, mais ils font de leur humanité un lieu
qui proclame le Royaume de Dieu, avec des gestes qui accomplissent « toute
sa justice. »
Que Dieu, dans sa grâce, nous l’accorde. Amen
Connaissez-vous le film « Le Retour de Martin Guerre » ? Inspiré d’une histoire vraie. Après une absence de plusieurs années, un paysan revient dans son village natal. Il y retrouve sa femme et les membres de sa famille. Mais des étrangers de passage identifient Martin comme étant Arnaud, d’un village voisin. Martin se défend et laisse les villageois divisés sur la question. Martin, est-il le véritable Martin Guerre ?
L’affaire est saisie au tribunal et le juge se prépare à acquitter Martin, mais à la dernière minute, un Martin Guerre se présente à la cour et sa ressemblance est si forte qu’elle remet en question l'issue du procès. Arnaud avoue finalement qu'il était soldat avec le vrai Martin, que celui-ci lui a dit qu'il ne retournerait jamais dans son village, et qu'il décida de prendre sa place. Arnaud – le faux Martin Guerre - est alors condamné à mort et exécuté.
Courte méditation d’une parole de l’Évangile de Luc partagées avec les détenus des prisons: chapitre 3, 15-22.
« Le retour de Martin Guerre » : une sombre et romanesque histoire d’identité… négligée, usurpée, puis retrouvée. Elle rappelle l’importance de l’identité d’une personne. Et cette troublante histoire nous introduit à la question centrale de l'Évangile : Jean le Baptiste, est-il le vraie Messie ? Ou serait-ce Jésus de Nazareth ?
Cette question habite intensément le peuple : les paroles puissantes de Jean, son baptême d’eau et de repentance, l’annonce d’un jugement imminent auquel il est urgent de se soustraire… Tout cela n’est-il pas le fait du Messie, décisif et puissant, que l’on attend… et qui rétablira l’ordre et la paix en Israël?
Mais notre texte passe de cette voix qui crie dans le désert – à une voix qui témoigne dans le ciel… De l’annonce de la colère de Dieu, notre évangile nous fait entendre une annonce de l’amour de Dieu qui établit Jésus, baptisé et priant, comme le Fils bien aimé du Père.
Malgré l’humble reconnaissance de Jean pour Celui qui vient après lui, il n’en demeure pas moins une tension entre la prédication de Jean et celle de Jésus. Ainsi, les doutes qu’il exprimera : « Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Et la réponse de Jésus est bouleversante : « …les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (11,2-5)
Le baptême d’Esprit Saint et de feu annoncé par Jean est désormais présent dans le monde, et son feu ne vient pas détruire, mais consumé ce qui nous tient éloigné du Dieu vivant et miséricordieux.
Le Christ, n’ignore pas le péché des hommes : ne s’est-il pas présenté comme celui qui est venu appeler « non pas les justes, mais les pécheurs » ? N’affirme-t-il pas aussi que ce ne sont pas « les biens portants qui ont besoin de médecin, mais les malades » ? (9,12-13) et il demandera enfin aux chefs religieux, que cette bienveillance dérange, d’aller « apprendre ce que signifie cette parole de Dieu : c’est la miséricorde que je veux. » (Mt 9,12-13)
Ainsi, Jésus est un médecin et non un bourreau ! Son baptême porte le sceau de la miséricorde de Dieu : il est venu pour nous sauver, pas pour nous exécuter !
Dans un langage plus contemporain, on parle des « faucons », pour désigner ceux qui veulent la guerre » et des « colombes », pour parler de ceux qui veulent la paix. Et tel est le signe de l’Esprit Saint qui accompagne le baptême de Jésus, « sous une apparence corporelle, comme une colombe », précise Luc.
Les interprétations sont nombreuses à son sujet : la colombe de l’arche de Noé ; l’amour de Dieu venant sur la terre ; l’esprit de Dieu planant au-dessus des eaux à la création ; etc. Et pourquoi choisir ? Toutes ont leur intérêt.
Mais si je ne pense pas utile de trancher à propos de ce que représente cette colombe, je suis certain de son message – que la lettre de Paul à Tite nous rappelle : « Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, … cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur... » (Tt 2 – 3)
Le baptême du Christ nous plonge dans plus de grâce que de condamnation !
Un homme avait deux fils (15,11)
Le sujet est encore d’actualité. Il y a quelques mois (24 janvier 2025), le
film « Jouer avec le feu » abordait la relation d'un père avec
ses deux fils. Son scénario : le père se retrouve confronté à la dérive de
l'un d’eux. A l’inverse de la parabole, c’est le cadet qui réussit, alors que
l’aîné prend un mauvais chemin. Ce film traite ainsi des tensions qui peuvent
naître au sein d'une famille face à des choix de vie opposés. Et n’est-ce pas
ici notre parabole ?
Mais
la parabole de Jésus parle encore et d’abord d’un accueil qui fâche. Nous
l’avons lu tout à l’heure : « Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » (15,2) Avec les deux qui la
précèdent, cette parabole « illustre l’amour de Dieu pour des gens ni
aimés, ni aimables », les pécheurs et les perdus, c’est-à-dire :
« tous les séparés de Dieu pour cause d’impureté ou de morale
déficiente. »
Et
l’on pourrait se poser la question : où sont-ils nos pécheurs,
nos séparés de Dieu, aujourd’hui ? Peut-être plus proches qu’on
ne le pense, ou le souhaiterait. Pour moi, ce fut assez « simple »…
Je les ai rencontrés dans les prisons où j’ai exercé mon ministère d’écoute et
d’accompagnement spirituel. Ce qui m’a valu, parfois, d’essuyer ce même
reproche de faire « bon accueil aux pécheurs. »
En nous racontant l’histoire de ce père et de ses deux fils, il y a un mot qu’il faut entendre dans ce récit de Jésus, il s’agit du « LIEN » et les verbes qui peuvent l’accompagner : « être en lien », « nourrir le lien », ou « rester en lien ».
Dans
un passage de l’Evangile selon Matthieu, à ce même reproche de « faire
bon accueil aux pécheurs », Jésus répond: « Ce ne
sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. (…) Car
je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. » (Mt
9,12-13)
Pour le Christ médecin, il n’y a pas de guérison s’il ignore ses patients ; pour le Christ Sauveur, il n’y a pas de conversion s’il ignore les pécheurs. Que pourrait-il se passer de bon si nous les privons de tout ce qui peut les relier à nous ? Au-delà des apparences et de la faute commise, être et rester en lien. Sur ce point, le père de cette parabole en est, je pense, un admirable exemple ! Ainsi, la parabole du père admirable… nous parle d’un lien qui ne dit pas oui à tout, mais ne dit pas non à la rencontre.
Alors, être et rester en lien, oui, mais jusqu’où aller
quand le lien est
malmené, voir méprisé ? C’est le moment de parler de la fête somptueuse. Jésus,
volontairement, dresse le portrait d’un pécheur dont l’exemple scandalise et
dont scribes et Pharisiens se détourneront avec colère et dégout. Mais leur
réprobation n’est-elle pas aussi la nôtre ? Jusqu’où serons-nous
capables d’aller pour rester en lien avec celle ou celui qui a fauté ?
Jusqu’où imiterons-nous ces religieux ? Jusqu’où serons-nous capables de
séparer la faute de la personne ?
Avant
de répondre, rappelons qu’il peut y avoir une limite au lien que la lettre aux
Romains nous précise : S'il est possible, pour autant que cela dépend de vous, vivez en paix
avec tous les hommes. Mais si elle nous offre une limite,
une porte de sortie contre un lien nocif, elle nous appelle aussi à une
patience et une éthique, toutes deux exigeantes : Mais si ton ennemi a
faim, donne-lui à manger, s'il a soif, donne-lui à boire (…) Ne te laisse pas
vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. (Rm 12,20-21)
Et la question demeure : jusqu’où… ? C’est le moment de parler du coup de théâtre de cette parabole ! c’est le moment de parler du lien qui, bien que distant, ne s’est pas rompu. La mise en scène est organisée, le texte est prêt… Le fils cadet sait qu’il est déchu de son honneur de fils et qu’il ne peut espérer rentrer chez lui qu’en qualité d’ouvrier, peut-être…
Vient
alors le premier geste de compassion du Père : il écoute à peine les mots
de repentir de son enfant, il accourt et le couvre de baisers ! Et il
enchaîne avec le second qui est encore plus inattendu : celui de la
réhabilitation de son fils. Cette robe, cet anneau, ces chaussures, ces
baisers, sont autant de signes du refus du père à faire de ce fils qui revient
à lui un esclave !
Ces
gestes ont choqué, et peut-être nous choquent-ils aussi ? En réalité, ce père est libre, libre de sa
bonté, libre de son choix d’être vainqueur du mal par le bien, libre de
surmonter la faute par le pardon.
Et
sa capacité m’a fait penser aux mots d’Esaïe : Ils rebâtiront les
dévastations du passé, les désolations infligées aux ancêtres, ils les
relèveront, ils rénoveront les villes saccagées, les désolations traînant de
génération en génération. (Es 61,4)
Autant de mots qui pourraient s’appliquer aussi à nos liens « perdus » pour qu’ils soient « retrouvés ».
C’est donc un happy end ? Pas
encore, le récit de Jésus nous offre une
dernière scène : c’est le moment de parler de la fête scandaleuse. Elle
a son importance, car elle permet à qui entend cette parabole, ici, les
Pharisiens et les scribes, mais sans doute à nous-mêmes aussi, elle permet de
dire les sentiments douloureux que nous ressentons face à la miséricorde de
Dieu envers les méchants : que ce soit la jalousie, la frustration ou la colère
devant le pardon de l’offense, du mal commis.
Faut-il
vraiment parler de la « faiblesse du Père » envers le péché de
son fils ? Nous l’avons entendu dans sa réponse à ce que je pense être son
« autre fils perdu » ! Oui : perdu, perdu dans un lien avec
son père qui n’est qu’obligation sans affection, un lien qui n’est qu’ignorance
de la générosité de son père, que frustration de ses désirs et de ses joies.
En
méditant l’attitude de ces deux fils avec l’héritage de leur père, je me suis
dit : « Pauvre papa… aucun de ses fils pour faire quelques choses de bon
avec son bien : le cadet le gaspille et l’aîné n’en fait rien !
On
peut dire qu’à sa manière, ce père admirable, reprend ses deux fils, chacun
pour sa part et son péché.
Car
l’accueil du père pour le cadet ne dit-il pas la sagesse (ou la folie) de
l’amour de Dieu ? Son accueil pour l’aîné ne dit-il pas la patience de Dieu
pour notre incompréhension de sa bonté ?
Et
si le père a choisi de rester en lien avec le fils cadet, et de se réjouir de
son retour, il n’en était pas moins conscient de sa situation, car cet enfant,
ce frère
« que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est
retrouvé. » (32)
Comme
pour le fils cadet, le père est resté en lien avec son fils aîné, mais la fin
du récit n’est pas connue : participera-t-il à la fête ? La finale de
la parabole reste volontairement ouverte. L’aîné rejoindra-t-il la joie de son
père ?
Et
à nous, cette finale ouverte, ne nous pose-t-elle pas aussi la question :
la bonté de Dieu restera-t-elle pour nous une blessure ou une guérison ?
Amen.
Dans le sillage de la récente parution de mon livre : "Lueurs au creux de l'ombre" qui revient sur mon expérience d'aumôni...