jeudi 29 janvier 2026

"Lueurs au creux de l'ombre" : Le Notre Père du prisonnier (4 - ... que ton règne vienne)

Dans le sillage de la récente parution de mon livre : "Lueurs au creux de l'ombre" qui revient sur mon expérience d'aumônier dans les prisons à Genève, pendant dix ans, je republie ici  les courtes prédications, sur chacune des paroles du Notre Père, dans l’Évangile selon Matthieu (6, 9-13) et que j'ai partagées avec les détenus des prisons à Genève.

Pour ceux qui l’ignorerait, les conditions de l'organisation des célébrations dans les prisons limitent la durée de leur déroulement. Et je n'ai que 5 minutes (avec sa traduction anglaise) pour partager une prédication avec les détenus.

Le titre de ces articles me vient d'une prière du Frère Dominicain Philippe Maillard: Le Notre Père du prisonnier (ou la prière des sans voix). Aujourd'hui décédé, il fut très engagé auprès des personnes en situation de précarité.

Il a laissé une magnifique paraphrase du Notre Père que j'ai également publié dans un article précédent. 

Mais pour le moment...   

"Notre Père ... , que ton Règne vienne." (10)

Jésus disait : « Il en est du Règne de Dieu comme d’un homme qui jette la semence en terre : qu’il dorme ou qu’il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, on y met la faucille, car c’est le temps de la moisson. » (Mc 4,26.29) 

 

Vous avez sans doute reconnu la parabole de la semence qui pousse d’elle-même ? Elle souligne la force naturelle de cette semence qui se développe et produit son épi jusqu’à la moisson. Comme l’on dit : « Rien ne sert de tirer sur la plante pour la faire pousser ! » Elle donnera son fruit en sa saison. Ainsi en est-il du Règne de Dieu ! 

 

Jésus a utilisé ces récits que l’on nomme paraboles. Son intention : nous aider à saisir la valeur de ce Règne de Dieu parmi nous. Et qu’il n’est pas là par hasard ! 

 

Que ton Règne vienne. Ces quatre mots du Notre Père, Jésus les a déjà prononcés, un peu plus haut dans cet Évangile, lorsqu’il annonce : « Le Règne de Dieu s’est approché » (3,2). 

 

Que ce Règne vienne… que ce Règne se soit approché… qu’est-ce que cela veut dire ? Ce Règne est-il déjà arrivé ou faut-il l’attendre encore ? Et s’il s’est approché, pourquoi demander qu’il vienne ? Où le voir ? Comment le reconnaître ? 

 

Des théologiens ont résumé la particularité de ce Règne à l’aide de deux mots : déjà – et pas encore. En ce sens que ce Règne existe déjà dans le monde, mais pas encore reconnu par tous. 

 

Le Règne de Dieu c’est tout d’abord, dans le Premier Testament, l’affirmation qu’il appartient au Seigneur depuis toujours. Dans le Psaume 103, par exemple : « Le Seigneur a établi son trône dans les cieux et sa royauté domine tout » 

 

Mais le Christ lui a donné une dimension nouvelle : il est désormais présent comme jamais auparavant. Le Christ lui a donné un corps, une parole. Il a montré des gestes qui disent son importance et sa valeur. Le Christ à fait venir le Règne de Dieu à la rencontre des humains, et plus qu’un pouvoir, il leur offre une relation à Dieu, Notre Père, plus libre, plus authentique, plus proche. 

 

Ainsi, « Que ton Règne vienne », demande à Notre Père que ce qu’il a commencé en Jésus, soit bientôt pleinement achevé en Dieu ! On le comprend un peu mieux : le temps – quand ce Règne sera-t-il accompli? Et le lieu – où ce Règne se trouvera-t-il ? ont trouvé leur réponse dans une personne… Jésus, le Christ ! 

 

Pratiquement, le Règne de Dieu ne se réalise pas comme un tour de grande illusion : on ne voit rien… et puis d’un coup, il est là ! Avant de le voir, nous sommes invités à l’accueillir… Nous pouvons même dire que nous sommes appelés à le laisser s’épanouir en nous… car certaines paroles de Jésus laissent entendre que ce Règne est là… au cœur de notre être ! 

 

Ce Règne nous pourrions le nommer « inspiration, autorité, valeurs »… Mais il a un signe visible, sensible : l’amour. L’amour de Dieu et de son prochain. Et nous le savons de Jésus lui-même : le prochain, c’est celui qui aime… au-delà des apparences faciles, mais inutiles ! 

 

« Cherchez premièrement le Royaume des cieux et sa justice » nous dit encore Jésus dans cet Évangile (6,33). Avec la promesse de recevoir tout ce dont nous aurons besoin pour le vivre. 

Ainsi, la présence de ce Règne de Dieu s’accomplit dans la confiance !



jeudi 22 janvier 2026

"Lueurs au creux de l'ombre" : Le Notre Père du prisonnier (3 - ... que ton nom soit sanctifié)

Dans le sillage de la récente parution de mon livre : "Lueurs au creux de l'ombre" qui revient sur mon expérience d'aumônier dans les prisons à Genève, pendant dix ans, je republie ici  les courtes prédications, sur chacune des paroles du Notre Père, dans l’Évangile selon Matthieu (6, 9-13) et que j'ai partagées avec les détenus des prisons à Genève.

Pour ceux qui l’ignorerait, les conditions de l'organisation des célébrations dans les prisons limitent la durée de leur déroulement. Et je n'ai que 5 minutes (avec sa traduction anglaise) pour partager une prédication avec les détenus.

Le titre de ces articles me vient d'une prière du Frère Dominicain Philippe Maillard: Le Notre Père du prisonnier (ou la prière des sans voix). Aujourd'hui décédé, il fut très engagé auprès des personnes en situation de précarité.

Il a laissé une magnifique paraphrase du Notre Père que j'ai également publié dans un article précédent. 

Mais pour le moment...   

"Notre Père ... , que ton Nom soit sanctifié." (9)

"Le dieu inconnu" était une divinité vénérée par les grecs anciens. En plus des dieux principaux de l’Olympe, ils reconnaissaient l’existence d’innombrables divinités mineures. Pour ne pas risquer d’en ignorer une, ils ont choisi de confesser leur ignorance en inscrivant sur un Autel d’Athènes cette dédicace : "A un dieu inconnu."


Le livre des Actes rapportent la tentative de l’apôtre Paul d’attribuer cette dédicace au Dieu créateur qu’il venait annoncer aux athéniens. La chose ne se passait pas trop mal, jusqu’au moment où Paul parla de la résurrection à venir… avec l’échec ou la demi-réussite que l’on sait.

 

"A un dieu inconnu" ? La Bible nous présente un dieu qui se fait connaître, en particulier à Moïse, dans le livre de l’Exode.  À sa demande, Moïse reçoit même son Nom, que l’on peut traduire : "Je suis qui je suis (ou qui je serai)." Ainsi, quelle que soit la particularité de la traduction, ce nom dit clairement L'ÊTRE de Dieu…

 

Et quand Jésus, dans cette prière le nomme "PÈRE", il nous invite à entrer dans une relation authentique et confiante avec une personne qui EST. Sa prière est plus qu’un texte à répéter : elle est une inspiration, elle insuffle en nous la liberté de s’adresser à Dieu "Notre Père", sans peur, sans honte, sans feinte.

 

« Notre Père qui est aux cieux, que ton NOM soit SANCTIFIE »

 

Dans la littérature biblique, le Nom désigne respectueusement la personne de Dieu. Mais avec quel autre mot pourrait-on nommer notre respect pour le Nom de Dieu ? (Échanges avec les détenu.e.s) :  « sanctifier », « honorer », « respecter », « célébrer » ... Ces mots, que nous avons choisis ensemble, disent ce que nous désirons vivre en présence de Notre Père. La sainteté de Dieu est appréciée à sa juste valeur lorsque nous expérimentons ces bienfaits dans notre vie.

 

"Saint" signifie qui appartient à Dieu seul ! "Saint" est une manière de dire que Dieu existe par lui-même, il n’est dépendant de rien ni personne. On ne peut ajouter quoi que ce soit à la personne de Dieu, à l’existence de Dieu. Dieu n’est donc pas notre propriété.  Sanctifier Dieu, c’est accepter que ce que je sais de lui est limité. D’autres, différents de moi, peuvent aussi sanctifier Dieu.

 

Une petit anecdote à ce sujet : un moine chrétien (Christian de Chergé), qui pratiquait un dialogue intense avec des croyants musulmans, utilisait une image pour en parler. Il disait : "Nous construisons ensemble notre puits" (sous-entendu, nous sommes en quête de Dieu ensemble, avec nos différences). 

 

Un jour, en plaisantant, il dit à son interlocuteur : "A ton avis, au fond de notre puits, qu’allons-nous trouver ? De l’eau musulmane ou de l’eau chrétienne ?" Son ami lui répondit alors : "Je pense que, au fond de ce puits, nous trouverons tout simplement de l’eau de Dieu !"

 

Je crois que la foi en Dieu est une quête constante de la connaissance de Dieu, dans la relation avec autrui. Un philosophe a écrit: "Si Dieu est quelques part, c'est dans le visage de l'autre."  

 

Ainsi, lorsque de la violence est commise au nom de Dieu, il n’est pas sanctifié c’est certain ! Faire mourir quelqu’un parce qu’il ne croit pas comme moi, c’est prendre le risque de mettre à mort une expression de la sainteté de Dieu !

Et nous, accepterons-nous de sanctifier le Nom de Dieu ? Accepterons-nous de vivre avec confiance et authenticité auprès de "Notre Père" ? Consentirons-nous à notre fragilité pour découvrir notre sainteté ?  

Lorsque nous prions "... que ton nom soit sanctifié" :

 

… nous disons que Dieu est saint, qu’il est aussi unique et différent que tout ce qui existe dans cette création.

 

… nous disons que Dieu est proche dans l’histoire du monde comme dans notre vie quotidienne et que nous attendons avec confiance que son œuvre arrive à son but.

 

… nous disons que nous reconnaissons en Dieu notre Père et que nous souhaitons l'honorer et le respecter.

 

… nous disons enfin que nous avons confiance que ce que nous entreprenons pour lui et avec lui n’est pas vain, malgré nos limites et nos imperfections.

 

Le pasteur Philippe Zeissig notait, avec autant de clarté que de finesse : "Sanctifier le nom de Dieu, c’est l’accueillir dans notre vie comme le Soleil est accueilli dans le Ciel. C’est laisser ce Nom irradier notre être intérieur ; c’est en tirer notre inspiration et notre paix."

"Ainsi soit-il" pour nous , ensemble, aujourd'hui et toujours.




jeudi 15 janvier 2026

Humble et libre... écouter !

"Humble et libre"... Des mots qui résonnent si particulièrement dans ces prisons, que l'on imaginent volontiers ne servir qu'à punir...

Car, si notre accompagnement a ses règles (et dans le monde carcéral, ce mot a un poids très particulier!), notre écoute se veut libre, comme une "oreille nue" (selon l'expression de Maurice Bellet1). 

Mais si elle est sans jugement ou volonté excessive, notre écoute n'en est pas moins sans intention : elle est "vivante et sensible"... 

Et si la confiance qui nous lie à la personne détenue n'est pas "aveugle" (je n'aime guère l'expression d'ailleurs...), elle rejoint ce que je vis dans la foi: une confiance qui ne repose pas sur des preuves uniquement perceptibles à la vue, mais sur un discernement, une perception spirituelle - et parfois instinctive - qui nous ouvre à un lien authentique avec l'existence d'autrui pour en découvrir le meilleur.

Ainsi, l’ignorance que j'ai sur les raisons qui ont conduit une personne détenue en ces murs n'est pas un handicap... au contraire, elle est le gage d'une écoute première, humble et spontanée, aussi économe en moyens qu'elle sera fructueuse en effets.

A une personne détenue s’interrogeant sur ce qu’elle pouvait me dire au cours de nos entretiens, je résumais : 

« Vous pouvez tout me dire, mais je n’ai pas besoin de tout savoir pour vous accompagner ici... »

J'écrivais, dans un article, paru dans l'ouvrage réalisé pour les 40 ans de la prison de Champ-Dollon, à Genève:  

"C'est un aspect important de mon activité d'aumônier que celui de l'écoute. Simple et complexe à la fois, l'écoute, c'est n'avoir ni volontarisme ni jugement. Il y a en amont de la disponibilité de l'écoutant, un travail important d'allègement, un émondage, pour parvenir à une écoute réelle. Il s'agit d'abandonner un certain nombre de savoirs et de vouloirs pour être là, à l'écoute. A l'écoute de la vie, de la mort, de la peur, de la colère et autant de réalités humaines présentes en prison, et que je rencontre avec beaucoup d'humilité. Car j'ai appris qu'une écoute qui sais n'entend plus."

L’essentiel de l’écoute n’est pas d'abord dans la sécurité des mots ni des savoirs techniques.

Et la confiance mutuelle ne se négocie pas comme un achat …


Icône de Jean posant sa tête sur Jésus lors du dernier repas de Jésus à la Pâques (Inspiré du texte de l'Evangile selon Jean)

mardi 13 janvier 2026

"Lueurs au creux de l'ombre" : Le Notre Père du prisonnier (2 - Notre Père qui est aux cieux...)

Dans le sillage de la récente parution de mon livre : "Lueurs au creux de l'ombre" qui revient sur mon expérience d'aumônier dans les prisons à Genève, pendant dix ans, je republie ici  les courtes prédications, sur chacune des paroles du Notre Père, dans l’Évangile selon Matthieu (6, 9-13) et que j'ai partagées avec les détenus des prisons à Genève.

Pour ceux qui l’ignorerait encore, les conditions de l'organisation des célébrations dans les prisons limitent la durée de leur déroulement. Et je n'ai que 5 minutes (avec sa traduction anglaise) pour partager une prédication avec les détenus.

Le titre de ces articles me vient d'une prière du Frère Dominicain Philippe Maillard: Le Notre Père du prisonnier (ou la prière des sans voix). Aujourd'hui décédé, il fut très engagé auprès des personnes en situation de précarité.

Il a laissé une magnifique paraphrase du Notre Père que j'ai également publié dans un article précédent. 

Mais pour le moment..

"Notre Père qui es aux cieux." (9)

Le 21 juillet 1969, à 3 heures de la nuit européenne, il y a un peu plus de cinquante ans, le commandant Neil Armstrong est le premier homme à poser le pied sur la lune ! Il a cette parole, devenue historique : « C’est un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité » !

J’allais avoir 8 ans, et mes parents avaient accepté de me réveiller pour regarder, avec 600 millions de téléspectateurs, cet événement inouï : l’astre que je voyais si lointain était là, à portée de regard, et un homme était en train d’y marcher ! Fascinant ! Le rêve de marcher sur la lune, que notre humanité faisait depuis des siècles… était réalisé !

Si loin et pourtant si proche… Inaccessible et pourtant rejoint, touché, habité ! Cet événement a fait écho en moi, alors que je méditais les premiers mots de la prière de Jésus : « Notre Père qui est aux cieux ».

Autant le mot "père" peut nous paraître proche… autant le mot "cieux" peut sembler lointain. Que signifie ce "aux cieux" ? Dieu se tient-il dans les nuages ou parmi les étoiles ?

L’astronaute Yuri Gagarine aurait dit après son vol spatial : "j’ai volé dans l’espace, mais je n’ai pas vu Dieu" ? Mais savait-il que, dans l’espace qu’il avait traversé, il était encore dans la création de Dieu !

Savait-il que notre Père céleste est l’auteur des cieux, comme il l’est de toute la création, aussi loin que notre univers existe ! Savait-il que "aux cieux" n’est pas un lieu que l’on pourrait voir de nos yeux ? Notre père céleste, créateur du ciel et de la terre est esprit et vie et non matière que l’on pourrait toucher du doigt.

Le vitrail de Marc Chagall qui illustre cet article et qui s’intitule « La création du monde » le démontre : l’artiste n’est pas physiquement dans cette œuvre, et pourtant chaque trait et couleur qui a été posé pour créer cette œuvre est de lui.

Marc Chagall n’est pas visible dans cette œuvre, mais ses formes et ses couleurs, qu’il a créés nous parlent de sa personne, de son talent, etc. Et de même pour Dieu lorsqu’il est dit créateur du ciel et de la terre !

Mais intéressons-nous à l’expression "Notre Père". Jésus, s’il ne l’invente pas, ne l’emploie pas par hasard : elle est utilisée dans le judaïsme de son époque. Dans les religions de l’Antiquité aussi, en particulier lorsque l’on fait appel à son Dieu, en situation de détresse !

Mais le mot père pourrait rappeler des souvenirs pénibles… Comme ce jeune, à qui l’on parlait de Dieu comme un père, et qui s’écria : "si ton Dieu est comme mon père… tu peux te le garder !"

Cependant, Jésus ne parle pas d'abord de notre lien avec nos parents, il nous conduit à accueillir la valeur intime d'une relation avec Notre Père. Cette valeur est contenue dans un mot très simple, dans le vocabulaire du Nouveau Testament : Abba

Abba est à l’origine, le balbutiement de l’enfant en bas âge. Il dit aussi le respect que l’on doit à une personne plus âgée. Abba, Père, est la plus simple expression de notre être, nous disons ainsi la confiance de l’enfant envers son parent ! Et le respect envers une personne importante !

Jésus a prononcé ces mots lors de la nuit qui a précédé sa mort sur la croix, pour dire à son Père sa détresse. L’apôtre Paul l’emploie pour affirmer notre filiation avec Dieu que l’Esprit Saint crie en nous comme la bonne nouvelle d’une libération ! "Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père !" (Ga 4,6)

Si nous disons à Dieu "Papa" (ou "maman", le genre n’est pas si important), c’est pour vivre libres et authentiques dans notre foi en Dieu, Notre Père, pour entreprendre avec créativité, pour persévérer avec audace. Vivre avec patience et confiance les temps difficiles de notre existence !

Tout à l’heure, nous dirons la prière de Jésus. Nous ne dirons pas "MON Père", mais "NOTRE Père"… La tendresse et la fidélité que Dieu nous offre dans ce mot, nous les vivons en amitié avec toutes celles et ceux qui font notre communauté de croyants, par le monde entier.

C’est sa force et peut-être sa faiblesse. Si elle reste uniquement la prière liturgique que nous vivrons tout à l’heure… habituelle, machinale, nous en perdons le sens et la valeur !

Aussi, je vous invite à tenter une petite expérience lorsque vous serez rentés chez vous, dites cette prière en laissant au moins 3 secondes entre chaque verset… Vous pourriez découvrir ainsi encore bien d’autres richesses spirituelles que celles que je viens de partager avec vous !


 Marc Chagall: La création du monde

samedi 10 janvier 2026

« On a pas signé pour ça ! ... »

A Lutry, nous traversons une semaine très éprouvante (veillées, permanences, services funèbres). Nous nous tenons auprès de familles ayant perdus un être si précieux ou qui sont très éprouvées pas la santé d’un proche.

Dans ma peine, je me suis rappelé les mots du chef des pompiers de Crans-Montana, si bouleversé par ce qu’il avait vécu pendant l’intervention de secours. Il rapportait les mots de désarroi de ses sapeurs-pompiers volontaires : « On a pas signé pour ça ! ... »

Et j’ai pensé : « Je le comprends si bien mais, en réalité, qui a signé pour ça ? »

Perdre son enfant dans des circonstances si violentes et subites… qui a signé pour ça ?

Perdre son frère, sa sœur, son proche, son meilleur ami, sa super copine en quelques minutes… qui a signé pour ça ?

Endurer pendant des mois des soins médicaux et devoir ensuite apprivoiser une apparence qui ne sera plus celle que l’on avait auparavant… qui a signé pour ça ?

 « On a pas signé pour ça », mais il faudra bien la signer cette page de notre vie. La signer pour admettre que oui, cela a bien eu lieu, cela nous est arrivé.

Et pour que notre main ne tremble pas en déposant ce « oui », il faudra du temps. Pas seulement une durée qui attriste et qui blesse, mais un vécu qui peu à peu apaise, guérit, relève, parce qu’il aura été traverser sans fard ni censure, émotionnellement vrai et patient.

« Le deuil est si large qu’on ne peut pas le contourner, il est si haut qu’on ne peut pas passer par-dessus, il est si profond qu’on ne peut pas passer en dessous. C’est pourquoi il ne reste qu’une solution, c’est d’en ouvrir la porte et de le traverser » (anonyme)


Photo: Eric Imseng



Jacob au Yabboq, une bénédiction (2)

Je continue cette série d'articles, inspirés d'un travail de recherche en théologie pratique (lors de ma formation continue) sur le ...