« Béni
soit le SEIGNEUR qui a donné un lieu de repos à Israël, son peuple,
tout comme il l'avait dit…
Dans les mots de la prière de
Salomon, nous venons de lire la gratitude pour la réalisation de la promesse. Du
repos ? Comment ne pas y penser en cette période : les vacances… Nos
vacances ! Et des vacances sans désillusion à cause de fausses
promesses ! Peut-être en avez-vous encore le souvenir : ces vacances
gâchées par de beaux discours qui cachaient une réalité décevante ?
Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de St-Saphorin en Lavaux. Textes du jour: 1 Rois 8; Romains 12; Evangile selon Matthieu, chapitre 16, les versets 13 à 20.
Le repos que Dieu promet, ce ne
sont pas des paroles en l’air : la Parole du Seigneur ne reste pas sans
effet. Elle est plus qu’un dépliant de publicité pour un lieu de rêve. Bien
qu’elle puisse se heurter à la liberté humaine, la Parole de Dieu agît quoi
qu’il en soit, comme dans les mots, devenus fameux, d’Esaïe : comme
la pluie arrose la terre et la rend fertile, comme la terre donne le grain qui
nourrira qui a faim, « Eh bien, il en est de même pour la parole qui sort
de ma bouche, dit le Seigneur : elle ne revient pas à moi sans avoir
produit d'effet, sans avoir réalisé ce que je veux, sans avoir atteint le but
que je lui ai fixé (55,11 –NFC)
Dans un passage du livre du Deutéronome, ce lieu du
repos est encore à venir, mais le prophète précise : « Vous allez passer
le Jourdain et vous installer dans le pays qu’il vous donne… » (Dt 12,10 - TOB)
Si le Seigneur promet le repos,
pas d’embrouille : même s’il y a des obstacles, il y a toujours un passage
pour nous y conduire. Et pour nous aujourd’hui, quel passage faudra-t-il
chercher et accueillir pour entrer dans le repos ? Peut-être s’agira-t-il
de prendre le temps de bien regarder ?
Exemple : en 1805, deux
explorateurs américains, Lewis et Clark cherchaient un passage fluvial à
travers les montagnes Rocheuses pour atteindre l’Océan. Mais ils étaient
arrêtés par une barrière de roches imposantes. Pour eux, le passage était
impossible. Regardant le sol, la tête baissée, ils cherchaient une rivière ou
un fleuve et ne trouvaient rien. C’est une femme amérindienne qui les
accompagnait qui soudain leva les yeux et découvrit un col qui leur permettra
de passer. Le passage était là, ouvert, mais leurs regards cherchaient au
mauvais endroit.
Ce passage pour nous, témoins
du Christ, lui aussi est d’En-Haut… Paul, dans les Colossiens, ne dira pas
autre chose : « Chercher les choses qui
sont au ciel où le Christ siège à la droite de Dieu. Préoccupez-vous de ce qui
est là-haut et pas seulement de ce qui est sur la terre. » (Col 3,2)
Mais la méthode sera
autre pour « le Haut. » Il ne se cherchera pas dans un lieu
physique, mais à l’intérieur d’un être fécondé par l’Esprit de Dieu. Faut-il
rappeler l’excellent ouvrage de Christiane Singer : « Où
cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? »
La
parole de Dieu mous offre elle aussi un passage vers ce que nous ne saurions
connaître par nous-même. En ce sens, elle est une révélation. Et de révélation,
l’Evangile de Matthieu, que nous lisons ce matin, nous en offre une… et de
quelle importance !
Nous sommes à Césarée de Philippe. Pour quelles
raisons : des vacances ? Pas tant que ça… la région est
géographiquement « un chaos de rochers, difficile d’accès » Pour un
temps de repos loin de la Judée et des conflits religieux suscités par la
prédication de Jésus ; loin de la Galilée et ses agitations nationalistes
qui tente de capter Jésus à leur cause ? Sans doute !
Mais il pourrait y avoir encore, selon moi, le fait
que la ville est bâtie près des sources du Jourdain… tiens, tiens ? Une
fois encore, une source, un passage, pour entrer dans le repos malgré un lieu
inhospitalier ? Alors, Césarée de Philippe, un lieu rêvé pour apprendre
quelque chose d’essentiel à propos du Messie d’Israël ? Absolument.
« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Les
mots de Pierre sont salués par Jésus comme ne venant pas de lui-même , mais de
son Père qui est dans les Cieux ! Et que dire des autres réponses ?
Jean le Baptiste ? Elie ? Jérémie – ou l’un des prophètes (la liste reste
ouverte). Cependant, tous ne sont-ils pas des « revenants » ?
Les dires des hommes ne voyaient dans le Messie que « le retour
de… » Qui pouvait alors penser que le Messie, c’était « la VENUE
de… » Aucun des nommés ne pouvait prétendre à la précision
que nous rapporte Matthieu – et la précision de la confession de Pierre est significative :
le Fils du Dieu
Vivant !
Pas seulement le Messie… Il y en a eu avant, et il y
en aura d’autres après. Pas seulement le Fils de David, dont Jésus descend et
avec qui il partage la promesse d’un trône messianique. Pas seulement, enfin, un
Fils de Dieu, comme les disciples, prosternés devant le miracle de leur Maître
marchant sur les eaux, le proclameront : « Vraiment, tu es Fils de
Dieu. » (14,33)
Le Dieu vivant ! Le Dieu qui n’est pas seulement en vie, mais
la source de toute vie (Ps 36,10) ; une vie qui embrasse tous les temps,
depuis le passé le plus reculé jusqu’à l’avenir le plus lointain, le Dieu
vivant « aux siècles des siècles », « le Dieu vivant qui règne
éternellement. ». Le Dieu vivant, au-delà du vivant.
Vivant, oui ! Un
seul mot qui remplit la création toute entière et notre être tout entier d’une
vie qui ne cessera pas ! Un Dieu vivant, et non un dieu mort qui
s’éteindrait avec nous. Un Dieu vivant qui nous attend, au-delà de la mort,
au-delà du tombeau vide laissé par le Christ ! Rendons-lui grace et
célébrons son nom béni et trois fois saint !
Cette louange, cette gratitude, nous amène à notre « culte
spirituel » auquel Paul nous invite dans le passage des Romains que
nous lisons ce matin : 1Je vous exhorte donc, frères et sœurs,
au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant,
saint et agréable à Dieu.
Offrir notre vie à Dieu, non pas comme
« sacrifiés, sans vie… » mais bien vivante, généreuse, féconde !
Offrir notre vie à Dieu – et pas seulement le dimanche matin. Car, les
vacances, ce n’est pas tous les jours, mais le culte spirituel, oui !
S’offrir vivant au Fils du Dieu vivant, qui
nous accueille dans sa grâce tels que nous sommes, là où nous en sommes.
Car spirituel ne veut pas dire infaillible. Un peu
plus haut dans sa lettre, Paul décrit ses mots comme « humains,
adaptés à votre (notre) faiblesse (6,19) » Un rappel
important pour celles et ceux qui pensent lire ces mots « à la
lettre » et une invitation à nous souvenir de notre « faiblesse »
qui demande au quotidien à ce que Dieu nous fasse « miséricorde »
Notre culte spirituel ne saurait se passer de la
grâce de Dieu, et la grâce dont nous vivons ne saurait se passer de la
miséricorde du Père.
Dans le Premier Testament, lorsque l’Eternel
accueilli la demande de Moïse de lui permettre de voir la gloire de
Dieu, il lui annonça qu’il passera devant lui avec toute sa bonté, en
proclamant le nom de l’Eternel. Et dans ce nom, il y aura deux mots : grâce et miséricorde - Ex 33,19 :
« je fais grâce à qui je fais grâce, et miséricorde à qui je fais
miséricorde. ».
Des mots dont l’ambivalence laisserait à penser que
Dieu l’accorde comme il veut… mais qui affirme en réalité que la gloire de
Dieu est de nous accorder et l’une et l’autre comme l’expression profonde de
sa personne tout entière. Il ne peut et ne veut donner moins que ce qu’il
est !
C’est cette assurance et cette joie qui anime notre
culte spirituel, cette reconnaissance qui soutien et apaise notre être tout
entier. On la retrouve dans les mots de Jean, dans sa deuxième lettre : « avec nous
seront grâce, miséricorde, paix, qui nous viennent de Dieu le Père, et de Jésus
Christ, le Fils du Père, dans la vérité et l'amour. » (2 Jn
1,3)
Je pense que tout est dit. Amen.
Jésus
interrogeant ses disciples, par la peintre Berna







