dimanche 12 juillet 2026

Quel renversement des rôles !

(En introduction du culte) Quel renversement des rôles !

Ces mots sont du prophète Esaïe, dans un chapitre que nous lirons tout à l’heure. Ils portent déjà des questions qui sont encore et toujours les nôtre.

Les manipulations – les magouilles – et l’arrogance des puissants rentreront-elles impunies ? Suffit-il d’être haut-placé pour échapper à la justice des hommes ? Et qu’en pense le Très-Haut placé ?

Le créé peut-il prendre la place du créateur ? Qui est sage aux yeux de Dieu ? Qui est intelligent au point de le connaître vraiment ?

Qui inversera les rôles pour rétablir le droit, la justice, la vérité ?

Qui inversera les ténèbres pour la lumière, la haine pour l’amour, l’orgueil pour l’humilité ?

James Matthew Barrie, écrivain et dramaturge écossais, célèbre pour avoir créé le personnage de Peter Pan, a écrit : « La vie est une longue leçon d’humilité »

L’apprendrons-nous à nos dépends ou en pleine conscience ? Un peu des deux sans doute.

Prédication offerte à l'assemblée paroissiale de St-Saphorin. les texte du jour: Esaïe 29; Romains 8 et Matthieu 11, 25 à 30.


Quel renversement des rôles !

Ce sont les mots d’Esaïe que nous avons lus à l’instant. Pour lui, ce renversement douteux est celui de la créature discutant de la qualité de l’œuvre du Créateur : « Le vase dira-t-il au potier : Il n’y comprend rien ! » D’où cette exclamation, équivalente à un « On n’a jamais vus ça : quelle drôle d’idée ! »

Pour Jésus, ce renversement est autre, il est celui de nous inviter à son école d’humilité et de douceur pour y trouver le repos de notre âme.

Une tout autre école, un tout autre « On n’a jamais vu ça ! », offert par un Maître « doux et humble de cœur », un tout autre enseignement qui n’écrase ni ne tourmente ses élèves, mais les rends libres et féconds.

Jésus fait table rase de l’épuisant catalogue des obligations et sanctions qui pouvaient accabler les être et la pensée des juifs fidèles de cette époque.

L’école de Jésus nous inviter à l’accueillir, lui, au cœur de notre être… comme un ami qui aime sans complaisance, mais qui aime inconditionnellement. Le livre des Proverbes l’écrit : « L'ami aime en tout temps, Et dans le malheur il se montre un frère. » (Proverbes 17,17) et j'ajouterais: un frère et non un juge !

Jésus ne souhaite pas nous dégager de toute obligation morale. Le fameux sermon sur la montagne – qui a précédé – le laisse entendre clairement,  Mais l’exigence ne menace plus, elle n’étouffe plus l’évidence de notre être : elle accueille notre âme dans son moment au nom de la miséricorde et non des sacrifices !

En réalité, l’intelligence spirituelle qui reconnaît le Christ porte un autre nom : celui de miséricorde. Je l’ai dit ailleurs, la miséricorde, c’est la corde dans la misère. La compassion est une sagesse envers autrui pour le relever et non l’abaisser à cause de ses erreurs, une intelligence qui patiente envers autrui pour lui accorder le temps de la grâce du Christ

Quel renversement des rôles !

Dans cet hymne dit « de jubilation », en Matthieu, Jésus renverse encore la prétention des sages et les intelligents. Mais qui sont-ils ? Faut-il être sans aucune intelligence pour entrer dans le Royaume des Cieux ?

Ces sages et intelligents que Dieu écarte dans sa révélation et que Jésus dénonce ici, sont des tyrans d’une élite qui prétendrait avoir la main mise sur la bonne manière d’honorer Dieu : « si tu connais les règles, tu connais Dieu. »

Une élite, vraiment ? Faudrait-il ajouter « corrompue » par sa vanité ou son aveuglement ? On a pu entendre cette intelligence dévoyée dans les mots d’Esaïe, lorsqu’elle travaille à mettre la bienveillance de Dieu dans l’ombre, à enfermer la sagesse du Créateur dans les limites de ce qu’il y a de pire dans notre humanité.

Mais que ce soit en Esaïe comme en Matthieu : à la manipulation de sa bonté, le Seigneur répond par une transformation : « Vous voulez surprendre et bien, vous allez être surpris ! » : En ce jour-là, les sourds entendront la lecture du livre et, sortant de l'obscurité et des ténèbres, les yeux des aveugles verront. De plus en plus, les humbles se réjouiront dans le SEIGNEUR, et les pauvres gens exulteront à cause du Saint d'Israël (Es 29,18-19)

Ainsi de même en Matthieu : le Fils accompli la volonté du Père en transformant les nocivités de la religion : désormais, nous vivrons la loi de Dieu sans peur, sans épuiser notre âme. Nous pourrons laisser parler l’intelligence de notre cœur, laisser libre cours à la bienveillance que le Père éveille en nous. Nous allons vivre une foi, un évangile, une loi, aussi généreuse et vraie, qu’un « paidion » (un enfant de moins de 7 ans) pourra le comprendre, l’accueillir et le vivre !

Comme Paul après lui dans la lettre aux Corinthiens, Jésus reconnaît la sagesse et l’autorité du Père qui renverses la sagesse des sages pour la confier aux tout-petits, voire même aux « insensés » : Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j'anéantirai l'intelligence des intelligents. Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? Où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas rendue folle la sagesse du monde ? (1 Co 1,19-20),

Oui aux pauvres, au méprisés, aux laissés-pour-compte, ainsi qu’ils sont considérés par l’autorité des puissants, des religieux qui épuisent le cœur humain au lieu de l’apaiser !

Quel renversement des rôles !

Et pourquoi autant de grâce, tant de liberté, tant de compassion, tant de faiblesse aux yeux des forts ? Pourquoi cette autorité qui libère au lieu d’enchaîner ?

Dans la lettre aux Romains que nous avons lue, l’apôtre Paul jubile à sa manière en annonçant la libération par l’Esprit Saint !

S’il faut admettre que nous n’avons que les prémices de l’Esprit, n’avons pas déjà « tout avec le Christ » comme il le dira quelques lignes plus loin dans ce même chapitre ?

Et il y a plus encore, « en attendant »… Nous ne vivrons plus jamais une religion d’esclaves apeurés, de penseurs égarés, de dominateurs aigris. La lettre aux Galates nous ouvre à notre réelle identité : Fils, vous l'êtes bien : Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie : Abba — Père ! Tu n'es donc plus esclave, mais fils et filles ; et, comme tels, tu hérites de tout ce qui est du Père: c'est l'oeuvre de Dieu. (Galates 4,6-7)

C’est parce que nous sommes des fils et des filles de « notre Père qui est dans les Cieux » que nous pratiquons une religion de grâce et de compassion qui est « l’œuvre de Dieu ».


La Vie, de Marc Chagall



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